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Elio Di Rupo : « Malgré l’adversité, je suis optimiste »

Organisé ce dimanche, le congrès extraordinaire du PS "marque un tournant dans le paysage politique". | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Politique

Le PS organisait ce dimanche son congrès extraordinaire sur les nouvelles règles de bonne gouvernance. L’occasion de revenir sur différents sujets attendus comme la question du décumul.

Ce congrès « marque un tournant dans le paysage politique. Nous entrons dans une nouvelle ère ». Le ton est donné par Elio Di Rupo, qui remercie avant tout les militants qui se sont mobilisés « au lieu de capituler ». Ce congrès statutaire extraordinaire, organisé ce dimanche matin aux lacs de l’Eau d’Heure, était l’occasion pour le Parti Socialiste de se prononcer sur les nouvelles règles de « bonne gouvernance » et la forme que prendra le décumul, une nouvelle attendue depuis plusieurs semaines.

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Avant d’arriver dans le vif du sujet, le président du PS n’a pas pu s’empêcher de remettre les choses au clair concernant les différents scandales qui ont ébranlé le parti : « Notre grande famille socialiste, notre belle famille socialiste a été salie par le comportement de quelques-uns. (…) Je mesure la colère exprimée par de nombreux militants. Je la comprends et je la partage. Nos valeurs ne sont pas compatibles avec les écarts de comportement que nous avons dû malheureusement constater. Face au cataclysme que ces comportements ont créé, le Parti a réagi avec fermeté. (…) Plusieurs fautifs sont désormais exclus de notre Parti », explique Di Rupo qui affirme que le PS est « le seul parti du pays à avoir exclu ses membres condamnables » et « à tirer les leçons de ses infortunes ».

Sur la question du décumul

Ceci étant dit, la question que tout le monde attend peut être enfin abordée : le décumul. Le décumul intégral, soit ne plus cumuler plusieurs postes et plusieurs revenus, ou le décumul des rémunérations, soit cumuler des postes, mais avec un plafond de revenus à ne pas dépasser ? Les paris étaient ouverts. Le PS a tranché : « à partir d’aujourd’hui, tous les mandataires socialistes savent qu’au plus tard au renouvellement des conseils communaux, le décumul des revenus sera une réalité et dans certains cas ce sera également le décumul de fonctions. Ils savent aussi qu’une limite stricte des revenus sera imposée. Pour les mandataires socialistes, le plafond maximum sera fixé à la seule indemnité parlementaire. Il s’agit d’une avancée majeure ». En ce qui concerne le décumul des fonctions, il sera effectif dans les communes de plus de 50 000 habitants.

Le Congrès a également formellement adopté les propositions du rassemblement participatif du 3 juin dernier qui se traduiront par le dépôt de propositions de loi, de décrets ou d’ordonnances dans les différents parlements du pays : déclaration à la Cour des Comptes des mandats publics détenus par un élu ou un non élu, de nouvelles dispositions pour éviter les conflits d’intérêt entre mandats publics et privés, publication de listes de présence aux réunions ou encore la parité femmes/hommes dans les gouvernements et collèges provinciaux et communaux, la mise en place d’une Constituante populaire et de « Chambres citoyennes ». La transparence et le débat égalitaire sont de mise.

Di Rupo tacle Lutgen

Le président du PS s’était déjà exprimé sur son divorce avec le cdH, qualifiant l’acte de « trahison ». Ce dimanche, ses mots sont encore plus forts. « Pourquoi cette attitude guerrière du cdH ? Je vais être franc. Je n’exclus pas que M. Lutgen se demande si son parti a encore aujourd’hui une pertinence dans le paysage politique francophone. A-t-il voulu rappeler son existence ? A-t-il pensé qu’en agissant comme il l’a fait, il retrouverait une visibilité ? Je ne l’exclus pas ».

Ce ne sont pas les fautes de quelques-uns qui vont nous faire changer d’orientation. Ce n’est pas la hargne, voire la haine, de certains de nos adversaires qui va nous abattre. Quand je vois le déferlement d’insultes à l’égard des socialistes, mon énergie est décuplée.

Au lendemain d’un sondage qui annonçait une chute vertigineuse du PS si les Wallons devaient voter aujourd’hui, Elio Di Rupo reste optimiste, « malgré l’adversité », rappelant que le parti est solide et existe depuis 1885. « Le socialisme ne meurt jamais », affirme-t-il haut et fort.

Il a également souligné les risques de la situation actuelle : « Soyons clairs, sans le PS au gouvernement, les droits des travailleurs et les acquis sociaux dans tous les domaines seront progressivement détruits. On voit ce qu’il advient de la Sécurité sociale au niveau fédéral : le gouvernement MR N-VA s’emploie à la détricoter jour après jour. Nous devons, malgré l’adversité, continuer à être le rempart contre l’hégémonie néolibérale. Nous devons poursuivre nos combats, et singulièrement nos combats sociaux ».

« Chaque génération connaît des épreuves, et nous sommes en ce moment confrontés à une épreuve importante. Mais nous en sortirons tous ensemble et par le haut« .

Chantier des idées

Cet été, le PS finalisera son nouveau projet de société, le Chantier des idées. Le 23 août prochain, le Bureau du Parti « adressera aux 14 fédérations et à toutes les USC et sections locales un résumé du Chantier sous la forme de 100 mesures pour un monde plus juste« . Après ces débats au niveau local, les assemblées fédérales se réuniront le 23 septembre prochain, autre date clé dans l’avenir du PS. Cela aboutira à un véritable projet de société « progressiste, novateur et ambitieux« .

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