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Macron/Le Pen, un entre-deux-tours à fronts renversés

présidentielles françaises

Marine Le Pen et Emmanuel Macron en campagne lors de l'entre-deux tours. | © Belga Images

Politique

Finie la campagne en surplomb, Emmanuel Macron a démarré pied au plancher sitôt les résultats du premier tour en s’immergeant au milieu des Français. En face, Marine Le Pen préfère enchaîner les conférences de presse en quête de présidentiabilité. Un duel de style et de positionnement inversé par rapport au match aller de 2017.

D’après un article Paris Match France de Bruno Jeudy

Cette fois, ni fête à la Rotonde, ni pause. La leçon de l’entre-deux-tours de 2017 a été retenue. Emmanuel Macron applique la stratégie inverse. Il y a cinq ans juste après ses 24% recueillis au premier tour, son conseiller Ismaël Emelien avait théorisé le principe de la campagne en surplomb (avec peu de déplacements et d’interventions dans les médias) afin de «présidentialiser» Emmanuel Macron. Une idée battue en brèche au bout de deux jours par les grognards François Bayrou et Gérard Collomb : «Tu peux perdre si tu ne fais pas campagne», l’avaient prévenu les deux grands élus. Le candidat avait fini par les écouter mais son adversaire Marine Le Pen s’était déjà déployée sur le terrain marquant les esprits et des points jusqu’à l’épisode Whirlpool à Amiens où les deux candidats se défieront successivement devant les portes de l’usine.

Cinq ans plus tard, le début de la campagne se déroule à fronts renversés. Cette fois, c’est le président-candidat qui s’est lancé le premier à corps perdu dans la campagne : à Denain lundi sur les terres de sa rivale, en Alsace mardi, au Havre ce jeudi, à Marseille samedi. Une campagne d’hyper-proximité qui lui permet de se mettre à hauteur d’homme, quitte à essuyer critiques et insultes en direct. «Cette fois, on prend la main sur une dynamique enclenchée avec le bon score de dimanche. Emmanuel Macron va au contact et corrige le défaut d’arrogance qu’on lui reproche», estime un des piliers de sa campagne. Le programme de cet entre-deux-tours a été anticipé depuis une dizaine de jours. Son équipe avait même envisagé initialement un premier déplacement, dès le dimanche soir, auprès des travailleurs de nuit. L’idée, qui avait reçu le feu vert du président-candidat, a finalement été abandonnée.

Campagne sur les trottoirs Vs Conférences de presse

Après la campagne a minima du premier tour (6 déplacements et un meeting), Emmanuel Macron avait programmé sa «grande quinzaine» sur les trottoirs de la France. La surprise est venue de Marine Le Pen. Immergée dans les petites villes (28 déplacements) avant le premier tour dans une campagne volontairement sous les radars c’est-à-dire sans relief et surtout clash, la candidate du Rassemblement national a donné l’impression d’improviser en début de semaine. Après deux déplacements «bricolés» chez un agriculteur en Bourgogne et à Vernon, elle a opté pour des conférences de presse : deux en deux jours dont une consacrée à la politique étrangère comme l’impression d’une quête de présidentiabilité et surtout zéro prise de risque. La fille de Jean-Marie Le Pen veut éviter les images de Français la prenant à partie et surjoue donc le calme voire le flegme de la candidate hyper-préparée.

Etonnante inversion des rôles qui pour l’instant semble profiter au sortant. L’écart entre les deux finalistes monte à 53/47 en faveur d’Emmanuel Macron. Le choix de stratégie du président avec cette campagne offensive rassure ses ministres dont très peu semblent en réalité inquiets. Seul bémol : son bouger sur les retraites (lundi) et sa sortie très critiquée en interne sur le voile (mardi). « Il faut faire gaffe à ne pas trop lâcher. On ne va pas perdre le vote Pécresse qui est venue sur nous dès dimanche au profit d’un hypothétique vote Mélenchon », râle un ancien ministre. Il y a cinq ans, c’est Marine Le Pen qui avait entamé l’entre-deux-tours en bousculant son programme en renonçant à la fin de l’euro. Cette fois, elle campe sur son projet refusant d’associer Eric Zemmour et Marion Maréchal à sa campagne.

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