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Frédéric Dabi (Ifop) : « 20h02 : la bataille des législatives commence »

Frédéric Dabi (Ifop) : « 20h02 : la bataille des législatives commence »

Emmanuel Macron. | © Christian Liewig / Abacapress

Politique

Le directeur général de l’Ifop Frédéric Dabi se projette pour Paris Match sur la suite du feuilleton politique et notamment les prochaines législatives.

 

D’après un article Paris Match Belgique de Yannick Vely

Paris Match. Quels enseignements tirer de la forte abstention?
Frédéric Dabi. C’est un élément déterminant pour comprendre ce qui s’est joué lors de ce second tour de l’élection présidentielle. Il s’agit d’une abstention historique, jamais vue depuis 1981. Ce qui est intéressant d’observer c’est que la principale motivation des abstentionnistes est liée à l’offre électorale. Ce n’est pas la simple « vanité du vote », comme on avait pu l’observer dans des élections précédentes mais l’expression d’un vrai mécontentement vis-à-vis d’Emmanuel Macron. On remarque d’ailleurs que l’électorat de Jean-Luc Mélenchon a suivi la consigne de ce dernier, avec 42% des électeurs qui ont voté pour le président-candidat, 45% qui se sont abstenus mais seulement 13% qui ont porté leurs voix sur Marine Le Pen. Dans les faits, Emmanuel Macron a réussi à capter une partie de l’électorat de gauche – 42% des électeurs de Mélenchon donc, mais aussi 64% des électeurs de Yannick Jadot au premier tour.

Les résultats avec l’Afp

Emmanuel Macron a déclaré « Je ne suis plus le candidat d’un camp mais le président de toutes et tous ». Mais ne fait-il pas face à une France fracturée ?
Même si la victoire est plus nette qu’attendue au soir du premier tour, le Rassemblement national fait le meilleur score au second tour de son histoire. Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont dans le fond les représentants de deux France. Nous l’observons bien dans notre sondage Jour de Vote. Vous avez d’un côté une France diplômée au-delà du baccalauréat qui vote à plus de 70 % pour le président sortant et une France qui n’a pas le bac qui vote à 56% pour Marine Le Pen. Le salariat vote encore pour Emmanuel Macron, à 53%, mais avec des différences entre le salariat public (51%) et le salariat privé (57%). Une France des agglomérations urbaines qui vote pour Emmanuel Macron et des communes rurales qui ont voté pour Marine Le Pen au second tour (52%).

Un effet de souffle pour le camp du vainqueur

Le président de la République peut-il redouter une cohabitation à l’issue des prochaines législatives ?
La présidentielle donne toujours un effet de souffle pour le camp du vainqueur. Mais aujourd’hui, 68% des sondés sont favorables à ce que les oppositions représentent la majorité des députés à l’Assemblée nationale et imposent une cohabitation à Emmanuel Macron. C’est considérable, beaucoup plus qu’en 2002 et 2017. D’ailleurs, ce soir, ce fut « 20h02, la bataille des législatives commence », avec comme protagoniste Jean-Luc Mélenchon qui se dit prêt à être Premier ministre, Marine Le Pen qui annonce continuer le combat politique et Eric Zemmour qui appelle à l’union des droites. La probabilité reste très forte d’une majorité absolue et relative en faveur du président de la République. On se rappelle qu’en 1981, la droite pensait prendre sa revanche sur la gauche après l’élection surprise de François Mitterrand. Généralement, on observe une mobilisation très forte de l’électorat du vainqueur et a contrario d’une démobilisation des déçus du premier tour. Mais ce sera une vraie bataille, un vrai match. Une mesure comme la réforme des retraites fixées à 65 ans pourrait être un élément de mobilisation très fort contre la majorité présidentielle.

Comment expliquer que la santé, thème privilégié des Français pour cette élection présidentielle, a été si peu abordée lors de la campagne ?
C’est un contresens que font beaucoup de politiques. Ils estiment souvent que la santé est liée au Covid. Pourtant, le thème était jugé majeur par les Français dès septembre 2019 et encore en 2020 et en 2021. C’est un enjeu réel qui a été totalement escamoté. Avec le vieillissement de la population, la fin de vie et le devenir de l’hôpital sont devenus des sujets majeurs pour les électeurs.

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