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Paul Magnette et la présidence du PS, entre évidence et incertitude

De protégé à successeur ? | © BELGA / LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

Murmurée au sein du parti depuis des semaines, lancée au grand jour hier dans la presse, la rumeur se propage : Paul Magnette prépare quelque chose. Une course à la présidence du PS ? S’il ne serait pas le premier à tuer ainsi son père de politique, l’héritage du poste d’Elio Di Rupo n’est pourtant pas garanti pour le golden boy du parti. 

Pascal Delwit connaît bien Paul Magnette. Il l’a connu étudiant, sur les bancs de l’ULB, alors que lui-même débutait sa carrière académique en tant qu’assistant. C’était il y a 24 ans, et depuis, leur formation en sciences politiques les a menés dans deux directions différentes, l’un, en tant que politologue renommé, spécialiste de la gauche en Belgique, l’autre, en tant que figure météorique de cette gauche qui s’entredéchire aujourd’hui. Non content de lui avoir donné quelques séminaires lors de son cursus, Pascal Delwit a également effectué des travaux de recherche avec Paul Magnette. Et compare le parcours politique de l’ancien protégé d’Elio Di Rupo à son parcours académique. « Selon moi, on observe dans le parcours politique de Paul Magnette les mêmes qualités et défauts que dans sa carrière de recherche. Son intelligence est indubitable, c’est un chercheur remarquable et intuitif, doublé d’un orateur très éloquent, et déjà à l’époque où il donnait cours, il impressionnait par son intelligence. Mais il y a une autre facette qui se retrouve également en politique : sa difficulté à être structurel. Bien sûr, une carrière politique dépend des événements, mais en dix ans en politique, il n’a jamais commencé et terminé un mandat pleinement, ni à l’exécutif ni au législatif ».  Un mouvement perpétuel, que l’actuel Ministre-Président de la Région Wallonne s’apprêterait à reprendre s’il faut en croire Le Vif. Mais quitter son poste pour aller où ?

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(Dés)alliances

Car la situation a bien changé depuis les débuts il y a dix ans de la carrière politique de Paul Magnette. Entré au PS sous l’aile d’Elio Di Rupo, qui lui a fait gravir les échelons à une vitesse étourdissante, il est passé en quelques semaines seulement du statut de professeur d’université à celui de ministre. Une incroyable ascension qui ne lui a pas valu que des amis au sein du parti. « Jusqu’à présent, Paul Magnette a connu trois périodes différentes au PS, analyse Pascal Delwit. Quand il est arrivé, il a immanquablement suscité des jalousies: le monde politique est un univers où les gens se projettent beaucoup et ne voient jamais l’arrivée d’un OVNI d’un bon oeil. Dans un deuxième temps, il a rapidement confirmé la confiance d’Elio Di Rupo en remportant un beau succès aux élections, prouvant qu’il avait également l’appui de la population. Même s’il y a toujours des nuances, il était plutôt apprécié au sein du PS à l’époque. Depuis 2013, par contre, les choses sont quelque peu différentes : le parti n’est pas au mieux de sa forme, la question de la présidence se pose… Dans cette optique, il a noué un certain nombre d’alliances, mais depuis 2014, les choses sont encore moins structurelles qu’à l’accoutumée pour Paul Magnette ». Qui a risqué de mettre ses alliances à mal en faisant une sortie remarquée sur le décumul, s’opposant à la détention de plus de deux mandats par les élus. De quoi aliéner bon nombre d’acteurs importants du parti, notamment les députés-bourgmestres et les députés-échevins, et achever d’isoler Paul Magnette parmi les cadres du PS.

Belga / BRUNO FAHY

Voie sans issue

Un isolement qui arrive au mauvais moment, après que la lune de miel ait pris fin avec Elio Di Rupo et que les alliances nouées à Liège aient été détruites par la tempête Publifin. « La situation est complexe, car si le PS est renvoyé dans l’opposition à la Région Wallonne, Paul Magnette va subitement se retrouver à nouveau bourgmestre de Charleroi. C’est une fonction exceptionnellement importante, Charleroi étant la plus grande ville de Wallonie, mais ce sera tout de même perçu comme une rétrogradation par rapport à Ministre-Président » note Pascal Delwit. Mais de quelles autres options dispose le golden boy de la gauche ? « Il peut décider de refermer pour un temps la parenthèse politique et revenir à sa carrière académique, mais cela semble peu probable. Même chose pour l’éventualité d’un départ du PS pour créer son propre mouvement politique : Paul Magnette est quelqu’un d’extrêmement intelligent, et il sait qu’il s’engagerait là sur une voie sans issue ». Reste une troisième voie, que d’aucuns imaginent déjà toute tracée : briguer la présidence du parti. Et prendre ainsi la place de celui à qui il doit son ascension météorique.

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Intérêt collectif

Une évidence ? Si le chemin semble tout tracé, il n’est toutefois pas certain que Paul Magnette choisisse de s’y engager, ni que les membres du parti l’y suivent. « Les réponses d’Elio Di Rupo ne sont pas à la hauteur de la situation actuelle, mais est-ce que Paul Magnette a de meilleures réponses pour autant ? Il ne faut pas oublier qu’il s’est positionné en loup solitaire sur le décumul, or un parti est un acteur collectif », rappelle Pascal Delwit. Avant de conclure sur une comparaison footballistique : « en politique comme au football, quand l’équipe tourne mal et que les résultats ne suivent pas, on a tendance à blâmer l’entraîneur. Si Elio Di Rupo ne montre pas rapidement qu’il prend les choses en main et qu’il oriente le parti dans une meilleure direction, il va continuer à être contesté, et la situation pourrait aller jusqu’à son départ de la présidence ». L’occasion pour Paul Magnette de saisir la balle au bond ? En attendant, le Ministre-Président wallon botte en touche.

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