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Face à l’élargissement de l’OTAN, la Turquie exige des contre-parties

Recep Tayyip Erdogan, Président turc, accueilli par Jens Stoltenberg, Secrétaire générale de l'OTAN, pour le sommet de Madrid 2022. | © Juan Carlos Rojas

Politique

La Suède et la Finlande ont déjà l’accord de vingt pays sur les trente membres de l’OTAN pour intégrer l’organisation. Mais la Turquie exige des contre-parties.

 

Il y a un peu plus d’un mois, les trente pays membres de l’OTAN ont lancé le processus de ratification pour les adhésions de la Suède et de la Finlande à l’organisation politico-militaire. La ratification est un passage obligé pour rendre effectif l’adhésion de ces deux pays nordiques. Il y a quelques semaines, la ministre de la Défense belge, Ludivine Dedonder et la nouvelle ministre des Affaires Etrangères Hadja Lahbib, ont officiellement signé l’accord d’adhésion au nom de la Belgique. Sur twitter, Ludivine Dedonder a partagé son enthousiasme face à un abandon de neutralité historique. « Des pays historiquement neutres qui partagent nos normes et valeurs, qui se sentent menacés et veulent assurer leur intégrité et la sécurité de leur population. Un signal fort qui renforce l’Alliance et le pilier européen ». 

Ce mardi 2 août, la France en a fait de même, portant à vingt le nombre de pays membres qui donnent leur accord pour que l’OTAN soit élargit. Catherine Colonna, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de France, a souligné un « tournant », dû au « bouleversement de nos repères géopolitiques » par l’invasion russe de Ukraine. Selon Belga, la ministre a aussi voulu insister sur le principe même de l’OTAN, une « défense collective » et « en aucun cas d’être offensif ».

Les pays leaders de l’Otan souhaitent […] affirmer leurs ambitions impérialistes. – Vladimir Poutine

Ce point de vue n’est pas partagé par tout le monde. A commencer par Vladimir Poutine, qui a déclaré lors d’une conférence de presse à Achkhabad, la capitale turkmèneque que « l’appel à l’Ukraine à poursuivre les combats et à refuser les négociations ne fait que confirmer notre hypothèse que l’Ukraine et le bien du peuple ukrainien, ce n’est pas l’objectif de l’Occident et de l’Otan, mais un moyen de défendre leurs propres intérêts. Les pays leaders de l’Otan souhaitent […] affirmer leur hégémonie, leurs ambitions impérialistes. » Pour le Président russe, l’OTAN souhaiterait réduire d’autres États sous sa dépendance politique et économique.

La Turquie veut des contre-parties

Pour débuter ce processus de ratification, il a fallut discuter, beaucoup. Ces débats ont eu lieu à Madrid, lors du sommet de l’OTAN des 29 et 30 juin 2022. Après deux jours à exprimer leurs points de vues, la Suède, la Finlande et la Turquie ont signé un mémorandum. Celui-ci matérialise la requête qu’Ankara adresse depuis plusieurs années à Stockholm concernant l’extradition de militants kurdes et de personnes proches du mouvement fondé par le prédicateur Fethullah Gülen. Ce dernier est accusé par les autorités turques d’avoir fomenté la tentative de coup d’État de juillet 2016 à l’encontre d’Erdogan.

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La Turquie n’a encore rien ratifié, et menace effectivement de « geler » le processus si les contre-parties demandées ne sont pas fournies. La Suède et la Finlande ont toutefois besoin d’une ratification des trente Etats membres de l’organisation pour bénéficier de la protection de l’article 5 de la Charte de l’Otan en cas d’attaque. Les revendications turcs sont donc très importantes pour l’avenir de l’OTAN et de ses (presque)membres.

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