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Le Président palestinien accuse Israël de commettre des holocaustes, l’Allemagne réagit vivement : « C’est intolérable »

Mahmoud Abbas ce 16 août 2022, lors de la Conférence de presse conjointe avec le Chancelier allemand Olaf Scholz. | © Wolfgang Kumm/dpa

Politique

La déclaration de Mahmoud Abbas, Président de l’État de Palestine, fait réagir de nombreux politiques à travers le monde. 

 

En visite en Allemagne pour son suivi médical, le Président palestinien Mahmoud Abbas a participé à une conférence de presse aux côtés du Chancelier allemand Olaf Scholz. Le duo a abordé des sujets relatifs au conflit israélo-palestinien, sans beaucoup de langue de bois. Le Président âgé de 87 ans fait depuis fortement parler la sphère politique internationale. En cause, l’utilisation en arabe d’un terme lourd de sens, le mot « holocauste ». Il a affirmé que « de 1947 à aujourd’hui, Israël a commis 50 massacres dans 50 villes palestiniennes (…) 50 massacres, 50 holocaustes et encore aujourd’hui il y a chaque jour des morts dus à l’armée israélienne » .

Une polémique politique

Alors qu’Amnesty International dresse pour 2021 un constat terrible sur les conditions de vie et les traitements infligés aux Palestiniens en territoires occupés et en Israël même, le conflit reste interminable. L’ONG a même précisé que les Palestiniens sont victimes d’Apartheid. « Ségrégation territoriale et restrictions de déplacement, saisies massives de biens fonciers et immobiliers, expulsions forcées, détentions arbitraires, tortures, homicides illégaux… Après un long travail de recherche, notre nouveau rapport démontre que les lois, politiques et pratiques mises en place par les autorités israéliennes ont progressivement créé un système d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien dans son ensemble » .

L’organisation non-gouvernementale Human Right Watch parle aussi de ces traitements jugés intolérables. « Les autorités israéliennes commettent les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution à l’encontre de millions de Palestiniens. Depuis plus de 54 ans, Israël occupe Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, en recourant régulièrement au déplacement forcé et à une force excessive » , explique-t-on sur le site de l’ONG. Face à ces réalités, le Président de l’état de Palestine a décidé de ne pas mâcher ses mots pour sa visite en Allemagne.

Credit Image: © Thaer Ganaim/APA Images via ZUMA Press Wire

Dans ses déclarations, il accuse Israël de perpétrer depuis 1947 ce que des millions de juifs (et d’autres groupes également) ont subi durant la seconde guerre mondiale par l’Allemagne nazi et ses alliés. Le terme est fort, et emprunt d’une colère explicite. Mais il est loins de faire l’unanimité. « Je suis dégouté par les remarques scandaleuses du président palestinien Mahmoud Abbas » , a tweeté Frank-Walter Steinmeier, le chef du gouvernement allemand mercredi. Il a ajouté que : « Pour nous Allemands en particulier, toute relativisation de l’holocauste est intolérable et inacceptable » .

L’agence de presse Belga précise que M. Scholz a été lui-même critiqué, essentiellement par l’opposition conservatrice et certains médias, pour ne pas avoir réagi immédiatement aux déclarations lors de la conférence de presse, qui s’est achevée directement après cette réponse. « Abbas relativise l’holocauste… et Scholz se tait » , titrait notamment le quotidien populaire Bild sur son site internet. Les dires de Mahmoud Abbas font polémique. Et pour cause, il établit un lien entre un génocide reconnu par l’ONU, et l’attitude d’Israël envers les Palestiniens depuis l’après guerre.

La comparaison est osée, et considérée par le Premier ministre israélien Yaïr Lapid comme un mensonge monstrueux. « Mahmoud Abbas qui accuse Israël d’avoir commis 50 holocaustes alors qu’il est sur le sol allemand n’est pas seulement une disgrâce morale mais un mensonge monstrueux (…) l’Histoire ne lui pardonnera jamais » .

Nous voulons la paix, nous voulons la sécurité, nous voulons la stabilité – Abbas

En concluant sa conférence de presse conjointe avec Olaf Scholz, Mahmoud Abbas a proposé un message plus positif. « Notre demande est la suivante : nous voulons la paix, nous voulons la sécurité, nous voulons la stabilité (…) il faut développer une confiance entre nous » . Après de telles déclarations, cette demande de paix et de stabilité semble être une bouteille jetée dans une mer toujours tellement agitée.

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