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En Suède, l’extrême-droite est désormais aux portes du pouvoir

Jimmie Akesson

Le chef des Démocrates suédois Jimmie Akesson, grand vainqueur des élections législatives. | © Jonathan NACKSTRAND / AFP.

Politique

La Suède a entame ce lundi une attente de trois jours pour désigner le camp vainqueur de ses élections législatives, avec la droite et l’extrême droite en position de conquérir ensemble le pouvoir.

Abonné à des crises politiques à répétition ces dernières années, le pays nordique se retrouve à nouveau dans une phase d’incertitudes pour former un gouvernement, avec une majorité qui s’annonce encore très étriquée. Au terme d’une soirée de résultats rocambolesque, l’autorité électorale du pays scandinave a prévenu que le verdict final du scrutin devrait attendre mercredi, tant les scores sont serrés.

Selon les résultats partiels portant sur près de 95% des bureaux de vote, le bloc mené par le leader du parti conservateur des Modérés Ulf Kristersson emporterait une majorité absolue de 175 à 176 sièges, contre 173 à 174 sièges pour le bloc de gauche de la Première ministre sortante sociale-démocrate Magdalena Andersson. Si ces scores se confirmaient, la gauche quitterait le pouvoir après huit ans aux manettes. Le grand vainqueur de la soirée est le parti nationaliste anti-immigration des Démocrates de Suède (SD) dirigé par Jimmie Akesson. Avec un score provisoire de 20,7%, il signe un nouveau record et devient le premier parti des droites mais aussi le deuxième parti de Suède.

« Ca sent bigrement bon », a lancé le chef de parti de 43 ans devant ses troupes en fusion à son QG de campagne. Alors que les sondages à la sortie des urnes et les premiers résultats préliminaires suggéraient une victoire de justesse de la gauche en début de soirée, les droites sont passées devant au fur et à mesure des dépouillements et semblent désormais en passe de l’emporter. Sur la base des voix dépouillées jusqu’au milieu de la nuit, le bloc de droite (SD, Modérés, chrétiens-démocrates et libéraux) obtiendrait 49,8% des suffrages. Le bloc de gauche (sociaux-démocrates, parti de Gauche, Verts et parti du Centre) réunirait 48,8%. Soit environ 60 000 voix seulement de retard, pour un corps électoral de 7,8 millions de personnes. Les voix des Suédois de l’étranger et certains votes faits par avance doivent encore être comptabilisés, mais les politologues jugent improbable une inversion du résultat. « Nous n’aurons pas un résultat final ce soir », a déclaré la Première ministre Magdalena Andersson, qui n’a pas jeté l’éponge avec un joli score pour son parti, au-delà des 30%.

Tournant majeur

« La démocratie suédoise doit suivre son cours, tous les votes doivent être comptés et nous attendrons le résultat », a affirmé la dirigeante sortante de 55 ans, qui espérait assurer un troisième mandat à la gauche dimanche soir. Ces élections marquent un tournant majeur : jamais jusqu’à ces législatives la droite traditionnelle suédoise n’avait envisagé de gouverner avec l’appui direct ou indirect des SD. Longtemps paria, le parti nationaliste et anti-immigration se retrouve aujourd’hui en position de force. « Cela en dit long sur le chemin parcouru, sur le petit parti dont tout le monde se moquait (…) aujourd’hui nous sommes le deuxième parti de Suède », a lancé M. Akesson devant ses partisans surchauffés. « Notre ambition est d’être au gouvernement », a-t-il réaffirmé, même s’il est plus probable que le parti se contente d’un rôle d’appui de la nouvelle majorité au Parlement. Entrés à la chambre pour la première fois en 2010, avec 5,7% des voix, les SD n’ont cessé de progresser depuis et dépassent désormais les 40% dans certaines communes, notamment dans le sud du pays. Immigration importante et règlements de compte meurtriers entre bandes criminelles dans les banlieues suédoises ont nourri le parti d’extrême droite ces dernières années. Ces thèmes, ainsi que la flambée des prix des carburants et de l’électricité, ont dominé la campagne.

Parmi ses grands dossiers internationaux, le prochain gouvernement suédois doit notamment finaliser la candidature historique du pays à l’Otan, menacée d’un veto turc. Et prendre la présidence tournante de l’Union européenne le 1er janvier. Un casse-tête de plus ? S’ils ont renoncé à demander la sortie de la Suède de l’UE, les SD n’en restent pas moins farouchement eurosceptiques.

Avec agences

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