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Chypre, la Turquie et l’ONU : 43 ans de « Je t’aime moi non plus »

La mission de l'ONU restera finalement sur l'ile | © Belga / AFP PHOTO / Iakovos Hatzistavrou

Politique

Après un nouvel échec des négociations au début du mois, les Nations Unies avaient menacé de réévaluer leur présence à Chypre. Pour finalement annoncer ce lundi qu’ils n’abandonneraient pas l’île.

La Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) a été créée en 1964, et est chargée depuis 1974 de surveiller les lignes de cessez-le-feu et la zone tampon.Plus de quarante ans de mission, tandis que ni les Turcs ni les Grecs ne se prononcent en faveur de la réunification de l’île.

Opération Attila

Chypre est devenue une république indépendante en 1960, le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce étant désignés en tant qu’États garants de l’équilibre constitutionnel sur l’île. Parmi leurs privilèges, un droit d’intervention militaire sous certaines conditions, pour rétablir l’ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifié. À l’été 1974, tout s’emballe : la garde nationale lance une tentative de coup d’Etat contre le président chypriote, avec l’appui d’officiers grecs. Ni une ni deux, la Turquie intervient militairement, évoquant les intérêts de la communauté turque de l’île. Après un premier cessez-le-feu infructueux, la Turquie lance l’opération Attila II, lui donnant le contrôle sur 38%de l’île. Depuis, c’est le status-quo entre la Grèce et la Turquie, qui refusent la réunification au sein d’une même République chypriote unie.

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« Un échec collectif »

Le 7 juillet dernier, les négociations en faveur de la réunification de l’île ont à nouveau échoué, poussant les Nations Unies à réévaluer le bien fondé du maintien de la mission. Le Conseil de Sécurité a accepté de prolonger le mandat de la mission de l’UNFICYP pour six mois à dater du 1er août. Mais au-delà, c’est l’inconnue : ainsi que l’a souligné Elizabeth Spehar, cheffe de la mission UNFICYP, « nous devons admettre que l’absence d’accord était un échec collectif ».

 

Derrière les paysages de carte postale, un conflit bien ancré – Flickr @ Lefteris Katsouromallis

Garants de la sécurité

Obstacle principal à l’obtention d’un accord : l’insistance de la Turquie pour conserver ses 35 000 soldats postés du côté turc de l’île depuis plus de 15 ans. La partie grecque, de son côté, insiste qu’un pays européen n’a pas besoin de troupes étrangères comme garantie de sécurité.

Rafraîchissement des négociations

Lundi, Espen Barth Eide, l’envoyé spécial de l’ONU à Nicosie, était de retour sur l’île pour ses premiers entretiens avec les dirigeants chypriotes turc et grec depuis l’échec du sommet de Crans Montana en Suisse le 7 juillet. « Je n’abandonne pas, l’ONU n’abandonne pas mais en même temps, je ne veux pas créer d’illusions », a-t-il souligné. Il a estimé, après une rencontre avec le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci, que le processus de négociations, lancé en 2015, était « dans une phase de rafraîchissement ». Avant d’ajouter toutefois qu’il n’a « rien entendu qui suggère que quelque chose va se passer dans un futur proche ».

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