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« Il n’y aura pas de vainqueur, on a tous perdu la guerre », nous dit Nina Bachkatov, spécialiste de la Russie

vladimir poutine

Moscou, 4 novembre 2022. Vladimir Poutine assiste à une cérémonie d'inauguration d'une exposition intitulée "Ukraine. Les tournants des époques" au Manège de Moscou, pour la "Journée de l'unité nationale de la Russie". | © Sergei Fadeichev / TASS / ABACA.

Politique

Menaces, perspectives, issues potentielles de cette guerre aux portes de l’Union européenne, profil de Poutine ? Nina Bachkatov (*), spécialiste de la Russie et de l’Eurasie, dissèque la situation géopolitique qui mobilise l’attention internationale et nous livre son analyse fouillée et nuancée sur l’homme de tous les fantasmes. Son livre Poutine, l’homme que l’Occident aime haïr (éd. Jourdan), paru en 2018 n’a pas pris une ride. C’est nuancé, mordant, sacrément bien écrit aussi.

Notre grand entretien est à découvrir dans Paris Match Belgique dès ce samedi 12 novembre.

Vus de Russie et d’ici, ses constats sont un pied-de-nez à quelques poncifs. Dont celui de « l’âme russe » et le prisme binaire avec lequel l’Occident perçoit le plus grand pays du monde et son leader obstiné. Une approche sociétale, philosophique, épidermique aussi de cette Russie que la politologue maîtrise et sillonne depuis des décennies.

 

Vous êtes l’auteur d’un livre palpitant sur Poutine. Le prisme occidental est-il tout aussi manichéen que celui proposé par le « grand maître du Kremlin » ?

Nina Bachkatov. Au fil du déroulement de la guerre en Ukraine, on a une vision de plus en plus monolithique du pouvoir à Moscou. En même temps, ce n’est pas par hasard si, dans les milieux diplomatiques notamment, on a commencé à parler de « la Russie de Poutine ». C’est intéressant…

Vous dites que ce concept est réducteur. Que Poutine en somme ne fait que s’inscrire dans une ligne : il relève ainsi d’un « libéralisme patriotique » ou étatique… C’est aussi un « internationaliste souverainiste ». Vous rappelez par ailleurs qu’il reste des valeurs étatiques dans le déploiement de la Russie après la guerre froide, qu’il y demeure, au-delà de la corruption sauvage, un sens de la solidarité. Des régions entières y sont encore dominées par de grandes entreprises. Celles-ci assurent une aide sociale – crèches, hôpital services de bus, culture etc. Percevez-vous la façon dont on synthétise toute l’action russe derrière la voix d’un seul homme comme hypocrite ?

Non, c’est une manière d’éviter d’avoir une attitude hostile vis-à-vis des Russes en général. Ça permet d’éviter demain une scission avec le pays quand un autre dirigeant prendra la relève.

Une manière néanmoins de gonfler artificiellement ou non l’ampleur de ses responsabilités ?

Il est, de fait, diplomatiquement plus intéressant et plus prudent de pointer les « méchants ». Si ce président sur lequel on a concentré tous les maux est loin d’être aussi isolé qu’on veut le présenter. La clique autour de lui – les oligarques, les amis – compte environ 900 personnes si l’on voit la liste des sanctionnés. Pour un type qu’on présente comme un grand solitaire, ça fait beaucoup quand même. (…)

Pourquoi Poutine s’est-il, comme on dit, accroché au pouvoir ? Pour l’argent, le pouvoir, pour marquer l’Histoire, pour faire profiter de ses réseaux un maximum de proches ?

Il n’aurait pas dû se représenter en 2012. Poutine fait partie de ceux qui croient que sans eux le pays ne peut pas être sauvé. Plus que la soif du pouvoir, c’est le sentiment d’être le sauveur de la Russie – c’est somme toute assez commun : tout le monde ne fait pas de la politique pour être oublié après…

Très tôt, expliquez-vous, il voue une sorte de culte à de Gaulle.

Il a le sentiment d’être l’incarnation de la nation. Il se sent investi d’une mission sacrée, un peu gaullienne, oui.

Cette posture a évolué au fil des ans…

Avec l’âge, il s’est crispé de façon extraordinaire. (…)

Quelles « victoires » imaginez-vous à terme, pour quel camp ?

Il n’y aura pas de vainqueur, on a tous perdu la guerre. (…)

Si Poutine devait être remplacé prochainement, il n’y a aucune garantie, selon vous, que son successeur arrête les frais de
cette guerre en Ukraine ?

Le successeur de Poutine peut être plus soft ou plus diplomatique, mais il ne faut pas imaginer que les intérêts russes ne resteront pas les mêmes. (…)

L’entretien avec Nina Bachkatov est à lire dans Paris Match Belgique, disponible dès ce samedi 12/11/22

 

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