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Texas : La vraie vie des sans-papiers menacés par la loi contre les villes sanctuaires

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Au Texas, le politique fait la chasse aux forces de l’ordre qui refusent de dénoncer les sans-papiers. Le plaidoyer d’une petite fille donne un aperçu de la vie de ces illégaux.

 

Le pupitre est bien trop grand pour elle. C’est presque sur la pointe des pieds qu’elle se penche sur le micro pour prendre la parole. La fillette y plaide la cause de ses parents, sous le coup d’une arrestation liée, entre autres, à leur statut : celui d’illégaux. Pourtant, les États-Unis, ils y vivent depuis si longtemps que le pays est devenu le leur.

La médiatisation de cette défense tient au débat actuel autour des « villes sanctuaires », ces cités américaines qui refusent de dénoncer leurs sans-papiers. Dans l’État du Texas, si aucune ville ne s’est officiellement déclarée « sanctuaire », la coopération des forces de l’ordre n’est pas exactement au rendez-vous. En janvier dernier, le gouverneur du Texas Greg Abbott avait déjà bloqué 1,5 million de dollars au Comté de Travis (dont fait partie la grande ville d’Austin) pour sa politique de facto de sanctuaire. Ces fonds étaient destinés à divers programmes de thérapies contre la violence familiale, d’aides aux jeunes justiciables, ou pour encadrer l’usage des drogues. Il s’agissait alors de faire plier la shérif Sally Hernandez, opposées aux mesures imposées.

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Anti-migrants, anti-villes sanctuaires

Mais Greg Abbott est allé encore plus loin, avec la loi SB4, qui devrait entrer en application le 1er septembre. La « Senate Bill No.4 » sanctionnera les polices locales et les campus universitaires qui ne respectent pas la loi anti-immigration du Texas. Une façon pour l’État de forcer les officiers de police récalcitrants à appliquer ses mesures relativement radicales. Dans les faits, il s’agit de demander systématiquement  le statut légal d’une personne arrêtée ou en détention – qu’importe le délit commis, phare cassé compris. Si la personne incriminée vit aux États-Unis de manière illégale, il est ainsi impératif pour les policiers de la signaler aux autorités compétentes, les agents d’immigration fédéraux (ICE). Il s’agit ensuite de livrer l’individu arrêté en situation irrégulière, sous le coup du « Immigration Detainer Request » – un mandat d’arrêt spécifique aux sans-papiers.

AFP PHOTO / Mandel Ngan – Le gouverneur du Texas, Greg Abbott.

Les sanctions contre les shérifs et policiers locaux qui refusent de coopérer avec l’ICE peuvent être financières (1 000 dollars pour une première offense et 25 000 dollars pour des violations supplémentaires), professionnelles (perte de l’emploi) et pénales.

Une force de travail non-négligeable

Les associations de défense des libertés ont d’ores et déjà demandé la suppression de la loi SB4 auprès des tribunaux. Les autorités estiment à 1,5 million, le nombre d’immigrés en situation irrégulière, dont 80% sont nés au Mexique et 42% d’entre eux sont propriétaires de leurs maisons, soit relativement bien intégrées dans leur communauté. Selon CBS News, le grand boom économique des années 90 et 2000 de l’État (le « Texas miracle ») aurait été inconcevable sans l’apport de travailleurs mexicains entrés illégalement sur le territoire.

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Une loi d’autant plus étonnante qu’en 2001, avec le Texas Dream Act, le Texas était devenu le premier État à offrir des bourses universitaires, quel que soit le statut légal des étudiants.

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