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Alexia Bertrand : « Les dépenses de l’État sont trop élevées »

Alexia Bertrand sans flou : « Nos dépenses sont trop élevées. Cela ne concerne pas seulement les mesures touchant à l’énergie, mais celles touchant à la sécurité sociale, aux pensions, aux allocations. » | © Photo by Didier Lebrun / Photonews

Politique

La secrétaire d’État au budget et à la Protection des consommateurs Alexia Bertrand fait beaucoup parler d’elle. Comme les finances de l’État.


Par Martin Buxant

Martin Buxant. Il fait froid. Les gens doivent augmenter leur chauffage et ils n’ont toujours pas reçu le chèque énergie qu’on leur avait promis, les fameux 200 euros par mois que chaque ménage doit toucher. Il n’y a plus d’argent dans la tirelire de l’État ?
Alexia Bertrand. Bien sûr que si ! Ces chèques ont été budgétisés, donc ils vont arriver si ce n’est pas encore le cas. Le gouvernement a opté pour une large protection des citoyens, tout comme des entreprises en crise. Tout cela a été prévu.

Via son député Sander Loones, la N-VA accuse le gouvernement fédéral, ni plus ni moins, de maquiller les chiffres du budget. Que lui répondez-vous ? Ce sont des accusations graves.
Je veux être très claire à ce sujet : les comptes sont conformes aux attentes européennes et la Cour des comptes a également validé notre approche.

Il n’y a donc pas de maquillage des chiffres du budget belge ? Vous démontez cette affirmation ?
Notre déficit est important, trop important. Les chiffres sont mauvais, c’est un fait, pour des tas de raisons. Mais, tout comme la façon dont ils ont été présentés dans le budget, ils sont corrects.

À côté du déficit, il y a la dette publique belge, qui est énorme. Où en est-on aujourd’hui ?
Nous sommes actuellement à 108 % ou 109 % du PIB. Oui, c’est aussi beaucoup trop, notamment au regard des règles européennes.

Comment en est-on arrivé là ?
Nos dépenses sont trop élevées. Cela ne concerne pas seulement les mesures touchant à l’énergie, mais surtout celles structurelles, en matière de vieillissement de la population. Donc les dépenses qui touchent à la sécurité sociale, aux pensions, aux allocations. La Commission européenne nous a prévenus : « Vous devez réformer. Cela ne suffit pas de faire un effort sur les dépenses primaires, de faire de “petites économies”. Il va falloir entreprendre des réformes beaucoup plus larges en matière de marché du travail. » L’Europe vise les pièges à l’emploi, entre autres, et en particulier en matière de pensions. Nous devons rendre soutenable notre système de sécurité sociale.

 

À Martin Buxant : « Les chiffres sont mauvais, c’est un fait, pour des tas de raisons. Mais les chiffres et la façon dont ils ont été présentés dans le budget sont corrects. » ©DR

Là, il ne l’est plus ?
Si on ne fait rien, le déficit va structurellement continuer à s’accroître d’année en année. Or la charge des pensions va dans ce sens : elle sera encore plus lourde à l’avenir.

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On va vers la faillite de l’État belge ?
Je ne vais pas parler de faillite aujourd’hui, mais il y a un risque théorique d’être mis en procédure de déficit excessif par la Commission. Ça veut dire théoriquement des amendes, mais la Commission va plutôt revoir la manière dont elle examine les choses et regarder l’accroissement des dépenses. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de travailler sur ce volet.

« Nous devons trouver un moyen de réduire les dépenses »

Sander Loones nous disait qu’une autre manière de s’en sortir est de vendre des actifs qui appartiennent à l’État belge. Par exemple, les participations dans Proximus, Belfius, BNP Paribas. Pensez-vous qu’on peut chercher là de l’argent pour se désendetter ?
Ce sont ce qu’on appelle des « one-shots » : vous rentrez de l’argent, mais cela n’a pas d’impact structurel dans le budget. Si vous agissez de la sorte, vous allez peut-être effectivement réduire un problème temporaire qui vous permettra de payer des dépenses elles-mêmes temporaires. Moi, j’aimerais qu’on ait des solutions sur le long terme. Il va falloir trouver un moyen de réduire les dépenses.

En supprimant certaines missions de service public ?
Non. Il y a certainement moyen d’être plus efficace, et l’étude de la Banque nationale dit d’ailleurs que c’est possible tout en rendant même de meilleurs services. On doit s’atteler au marché du travail. Si on avait un taux d’emploi de 80 %, l’argent rentrerait plus facilement. Aujourd’hui, le taux d’emploi est trop bas.

Vu qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, y a-t-il encore de la place pour une réforme fiscale ?
Le ministre des Finances va nous présenter un projet fiscal dans les semaines à venir. Avant tout, nous devons savoir comment cette réforme va être financée.

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Vous êtes passée du MR à l’Open Vld pour reprendre le poste de secrétaire d’État laissé vacant par la démission d’Eva De Bleeker. Aujourd’hui, quelle est donc votre étiquette ?
Je fais partie de la grande famille libérale. Dans ma commune de Woluwe-Saint-Pierre, j’ai d’ailleurs toujours constitué une liste avec les deux partis : elle portait le nom d’« Open MR ». Aujourd’hui je suis au gouvernement, désignée par l’Open Vld. J’ai reçu de son président une proposition de mission à remplir et je l’ai acceptée.

Vous étiez en désaccord avec votre président Georges-Louis Bouchez ?
Sur le fond, on se retrouve sur beaucoup de choses.

Le 12 septembre dernier, sur son Facebook, avec Valérie De Bue, Frédérique Ries, Valérie Glatigny et Hadja Lahbib lors de la journée des familles du MR. « La culture macho est moins présente », dit-elle à propos du sexisme en politique. ©DR

Le 27 octobre, vous écriviez sur Facebook : « Le gouvernement bruxellois propose depuis trop d’années de l’amateurisme, à l’image de Good Move qui paralyse bon nombre de Bruxellois, que ce soit en termes de formation, emploi, rénovation, bâti, accès au logement, etc. Bruxelles manque d’un cap et d’une véritable ambition. » Vous confirmez et signez ?
Complètement. Bruxelles manque d’une vision. Aujourd’hui, je ne sais pas quelle est l’identité bruxelloise et je ne suis pas toujours sûre que les différentes administrations le savent. Et quand elles se retrouvent dans des missions économiques, on n’a pas l’impression d’une cohérence. De quoi Bruxelles est-elle la championne aujourd’hui ? Vers quoi veut-on aller demain ? Quel est l’écosystème dans lequel on excelle ? Il y a tellement de talents dans la Région, tellement d’entreprises qui ont envie de se lancer et pourtant, beaucoup la quittent. Or avoir des entreprises de talent va de pair avec l’idée d’attirer une classe moyenne qui pourrait augmenter les recettes. C’est tout le contraire qui se passe, en raison du coût du logement, de la qualité de vie proposée, parce que Bruxelles n’est pas propre. Sans compter la sécurité et la mobilité. Ce sont des nécessités. De nos jours, les Bruxellois paient pour des services qui ne sont pas là. Encore une chose : regardez la gare du Midi. Quand on arrive à Bruxelles, la vision est affreuse ! C’est juste inimaginable pour la capitale de l’Europe.

Le 12 septembre dernier, on vous voyait entourée de Valérie De Bue, Frédérique Ries, Valérie Glatigny et Hadja Lahbib. Sacrées personnalités ! Croyez-vous que la femme politique, en 2022, ait encore plus à prouver que vos collègues masculins ?
Les choses changent progressivement. Les citoyens ont compris l’importance d’avoir une diversité et une complémentarité. Maintenant, dans les faits, au sommet, très souvent, cela reste encore masculin. Si l’on regarde les présidents de parti et les vice-Premiers ministres, il est clair que les femmes ne sont pas là. Mais sur un plan plus général, la culture macho est moins présente.

Petra De Sutter nous disait la semaine dernière que le sexisme existe toujours en politique.
Il existe encore partout et, en politique, il est sans doute davantage présent par le simple fait que la politique est conflictuelle et induit des rapports de force.

La carte blanche #MeTooPolitique peut aider ?
Il faut toujours dénoncer ce qui n’est pas acceptable.

Vous êtes maman de trois enfants (une fille et des jumeaux). Comment concilier une vie aussi intense que la vôtre avec votre rôle de maman ? Le papa est donc un homme formidable ?
Ça, c’est vrai (rires) ! Ce n’est pas facile tous les jours, mais on en parle. Mes enfants savent ce que je fais. Ils sont ados, ils comprennent et me soutiennent. Je leur avais posé la question il y a quelques mois : « Pensez-vous que je doive arrêter la politique ? » Ils m’avaient répondu : « Maman, tu n’as pas fait tout ça pour rien ! On préfère avoir une maman épanouie dans son métier. » J’ai trouvé ça très touchant. Je pense qu’ils sont heureux parce qu’on arrive à trouver du temps de qualité à partager. Mais il est sûr que cela reste un défi.

Quelles sont les images fortes que vous retenez de votre enfance ?
Je retiens celle d’une maman qui était à la maison, qui venait me chercher à l’école, avec qui je pouvais raconter mes journées à l’heure du goûter. Et celle d’un papa qui rentrait tard parce qu’il travaillait beaucoup. Je lui dois mes valeurs de travail. Pour le reste, mon enfance a été très heureuse, bercée par des vacances en famille, et mon adolescence partagée entre les mouvements de jeunesse et le sport. J’ai noué de fortes amitiés à la Vierge Fidèle, une école un peu traditionnelle mais qui m’a offert beaucoup d’opportunités. C’est là, par exemple, que j’ai pu faire le Parlement européen des jeunes. Cela m’a ouvert l’esprit et m’a donné envie de faire de la politique. Puis il y a eu l’université, avec des études qui m’ont passionnée (juriste de formation, diplômée en 2002 de l’Université catholique de Louvain, Alexia Bertrand a décroché un master en droit à Harvard, NDLR). Sans compter un voyage sac à dos au Pérou, et la découverte de Machu Picchu.

Vous ne craignez pas l’avenir ?
Avant tout, je veux rester fidèle à qui je suis, pouvoir me regarder dans la glace et me dire que j’ai fait du mieux que je pouvais.
Alexia Bertrand sans flou : « Nos dépenses sont trop élevées. Cela ne concerne pas seulement les mesures touchant à l’énergie, mais celles touchant à la sécurité sociale, aux pensions, aux allocations. »

 

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