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Mélenchon vide son sac (de courses) pour illustrer la polémique des APL françaises

Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale, le 26 juillet. | © JACQUES DEMARTHON / AFP

Politique

Suite à l’annonce de la baisse des aides au logement, les Insoumis ont offert à l’Assemblée française une illustration qui n’a pas plu à tout le monde.

Les Insoumis ont provoqué mercredi une bronca à l’Assemblée en brandissant symboliquement 5 euros de conserves et autres paquets de pâtes pour dénoncer la politique budgétaire de l’exécutif et en particulier la baisse des APL (les aides personnelles au logement françaises), le gouvernement dénonçant de la « démagogie ». « Depuis votre arrivée, le Smic [le salaire minimum légal] n’a pas été revalorisé, le gel du point d’indice des fonctionnaires a été maintenu, la CSG [la contribution sociale généralisée] va être augmentée avec pour conséquence que les retraités vont voir baisser leur pouvoir d’achat », a dénoncé le député Alexis Corbière. Il a fustigé « surtout » la décision du gouvernement de baisser de 5 euros à partir d’octobre le montant versé aux bénéficiaires des aides personnalisées au logement (APL), qui attaque « les plus pauvres ».

La déclaration fait suite à l’annonce de la baisse des APL « 5 euros par mois et par ménage à partir d’octobre suite à l’application d’une réforme d’économie budgétaire décidée sous le quinquennat précédent et pas encore appliquée », avait indiqué à l’AFP une responsable du ministère chargé notamment du logement. Les aides personnalisées au logement, qui bénéficient à 6,5 millions de ménages français, dont beaucoup d’étudiants (environ 800.000), coûtent 18 milliards d’euros par an au budget de l’État. Une baisse de 5 euros par mois et par ménage représenterait une économie mensuelle de 32,5 millons.

Et l’élu de Seine-Saint Denis de poursuivre : « 5 euros, c’est une somme qui permet de se nourrir pendant quelques jours pour beaucoup de personnes. J’ai fait les courses ce matin, elles sont là ». Les députés de son groupe ont alors brandi paquets de nouilles, de riz, boîtes de conserve et autres sachets de pain de mie. Le geste a suscité une bronca dans l’hémicycle, le chef de file des élus LR Christian Jacob criant notamment : « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

L’utilisation, notamment pendant les questions au gouvernement, à l’appui d’un propos, de graphiques, de pancartes, de documents, d’objets ou instruments divers est interdite par le règlement de l’Assemblée. En réponse, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin a défendu les économies programmées en citant diverses augmentations dont l’allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse ou encore la prime d’activité et lancé: « Personne n’a le monopole du coeur, mais certains semblent avoir le monopole de la démagogie », déclenchant des applaudissements de la majorité. « Et moi, dans ma commune à Tourcoing, je les vois tous les jours les gens qui font les courses », a ajouté Gérald Darmanin, encore maire de la ville du Nord, pour qui « le meilleur moyen de faire une politique sociale c’est retrouver du travail pour tout le monde ».

Cravates et paniers à provisions

Après une interruption de séance, le président du groupe Les Républicains Christian Jacob a fait un rappel au règlement sur « la tenue » des débats, déplorant une permissivité « sans limites » et se demandant si le président de l’Assemblée François de Rugy est « tétanisé » par les Insoumis ou s’il « ne se sent pas capable de présider, de tenir la police de notre assemblée ». « On est passé du sans cravates aux sans vestes. Maintenant, les paniers à provisions arrivent dans l’hémicycle. Jusqu’où va-t-on aller ? », s’est insurgé l’élu LR de Seine-et-Marne, ironisant sur de futures séances « en short et en tongs », ou avec « des cagettes de tomates » pour « se les échanger d’une tribune à l’autre ».

Un peu plus tard, Annie Genevard (LR) s’est aussi indignée du comportement des Insoumis après une mise en cause du « pantouflage » passé d’Emmanuel Macron par l’Insoumis François Ruffin. Exprimant sa « consternation », elle a déploré une entorse à « l’usage dans cette Assemblée qu’on ne mette pas en cause le président » de la République, affirmant que « les Français exigent de nous une certaine forme de tenue, qui passe par le respect des règles qui sont les nôtres ».

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