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Willy Borsus : « Nous voulons une limitation du chômage dans le temps »

« Le déficit est de l’ordre de 4 milliards, mais la courbe est décroissante. Les efforts structurels sont supérieurs à ceux que les experts de la dette nous avaient invités à réaliser. » | © Philip Reynaers / Photonews

Politique

Alors que le Parlement wallon est en pleine tourmente, le vice-président MR du gouvernement wallon et ministre de l’Économie évoque l’avenir et les réponses à la question cruciale : comment sauver les finances de la Wallonie ?


Par Martin Buxant

Martin Buxant. Un mot pour commencer sur l’affaire du Parlement wallon ?
Willy Borsus. J’ai un devoir de réserve. La seule chose que je peux vous dire, c’est évidemment que des réformes sont nécessaires afin que l’ensemble du Parlement wallon, comme d’autres institutions, soit vraiment irréprochable à l’avenir.

Vous qui œuvrez au redressement de la Wallonie, notamment au niveau de l’économie, ce genre d’événement doit plomber vos actions. Inévitablement, l’image de votre région en prend un coup. Une telle secousse n’est pas idéale.
C’est clair. L’image de la Wallonie est lourdement affectée et assez détestable, et fait passer au second plan un certain nombre de réformes et de décisions. C’est une situation particulièrement attristante pour toutes celles et ceux qui aimeraient voir notre Région se déployer et se redéployer, et qui soutiennent ces réformes et ces évolutions.

Vous dites que la Wallonie, ce n’est pas cela, qu’il vaut mieux parler de tout ce qui est fait pour la redresser économiquement. Alors, cette économie wallonne, elle se porte comment ?
Il faut la voir à travers deux séquences distinctes : d’une part, la tendance que nous avons observée ces derniers mois et, d’autre part, l’impact de la crise de l’énergie depuis le début de la guerre que la Russie livre en Ukraine. La séquence antérieure, c’est-à-dire post-Covid, est marquée par une relance, une reprise de l’économie, d’ailleurs plus forte que ce qui avait été annoncé et même escompté. Cette relance se traduit notamment par un chiffre record sur les six premiers mois de l’année 2022 : la Wallonie a exporté pour pas moins de 30,7 milliards d’euros. C’est beaucoup, un accroissement de 20,4 %, le meilleur résultat depuis 2010.

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La Wallonie vend quoi et à qui ?
Pour l’essentiel, elle vend aux pays de l’Union européenne, mais pas seulement. La moitié de ces 30 milliards sont dus à nos exportations en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. L’accroissement hors Union européenne est d’un peu plus de 7 %. Qu’exporte-t-on ? Principalement des produits chimiques, de la métallurgie au sens large, des plastiques et autres produits transformés. Les chiffres sont très bons, je dirais même remarquables. Évidemment, c’était avant l’impact de la crise énergétique. Le deuxième semestre sera lourdement affecté par celle-ci comme par les difficultés que rencontrent beaucoup de nos entreprises.

Le déficit et la dette wallonne vous inquiètent ?
Nous avons pris certaines mesures dans la foulée d’actions antérieures, venues répondre aux crises du Covid et des inondations afin d’aider nos concitoyens et les entreprises des régions sinistrées. Le déficit est de l’ordre de 4 milliards et le solde à financer d’un peu plus de 3,1 milliards pour cette année, mais la courbe est décroissante et les efforts structurels supérieurs à ceux que les experts de la dette nous avaient invités à réaliser. Notre but est évidemment d’assurer la soutenabilité de celle-ci, mais aussi de revenir pas à pas à un endettement plus faible de la Région wallonne.

 

Willy Borsus à Martin Buxant : « Le but n’est pas d’amener les gens vers la paupérisation et d’ajouter du malheur au malheur, mais de favoriser une mobilisation collective, positive, de comprendre qu’il faut se retrousser les manches. » ©DR

La fiscalité étant ce qu’elle est, on ne peut pas ponctionner davantage le portefeuille des Wallons. Comment alors va-t-on faire pour redonner un ballon d’oxygène à l’économie ? Que reste-t-il comme levier ?
Je confirme qu’il est hors de question de mettre en place de nouvelles mesures fiscales ou parafiscales. L’accord du gouvernement wallon est d’ailleurs très clair : aucune nouvelle taxe supplémentaire ne sera imposée. La réponse doit plutôt être trouvée dans l’activité économique wallonne. Le taux d’emploi en Wallonie est d’un peu plus de 65 %, mais il est 10 % en deçà du chiffre réalisé par la Flandre. La solution à nos problèmes est donc vraiment de créer de l’emploi, de diversifier celui-ci, notamment l’emploi privé. Cela améliorera le quotidien des citoyens et amènera des rentrées fiscales directes, qui peuvent servir à relancer d’autres secteurs et encourager les Wallons à investir.

Concernant le pourcentage de travailleurs, le débat fait à nouveau rage : faut-il limiter, oui ou non, les allocations de chômage dans le temps, par exemple à trois ans ? Votre avis en la matière ? Efficace ? Pas efficace ?
La réalité chiffrée en Région wallonne est la suivante : nous avons, au moment où nous parlons, 213 000 demandeurs d’emploi. La moitié sont au chômage depuis plus de deux ans et, dans le même temps, nous dénombrons 141 métiers soit en pénurie, soit sous forte tension. Il y a donc un écart considérable entre ces chiffres. Nous sommes partisans d’une limitation des allocations de chômage dans le temps, mais aussi d’un dispositif très net : lorsqu’on vous a proposé à deux reprises soit une formation en rapport avec vos capacités et vos spécificités, soit un emploi jugé convenable, certaines mesures doivent être prises si vous les refusez.

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Vous excluez alors la personne du chômage ?
Des sanctions sont imaginées. L’objectif est bien sûr d’accompagner, d’insérer, d’aider les gens mais, à un certain moment, chacun doit prendre ses responsabilités.

Que répondez-vous à ceux affirmant qu’avec ce type de raisonnement, on risque de basculer dans la paupérisation, voire de surcharger les CPAS ?
Le but n’est pas d’amener les gens vers la paupérisation et d’ajouter du malheur au malheur, mais de favoriser une mobilisation collective, positive, de comprendre qu’il faut se retrousser les manches, s’insérer et trouver un travail. C’est une mesure au bénéfice des gens.

Sur un plan plus général et plus technique, vous allez créer un nouvel outil en rassemblant tous vos atouts pour en faire un mammouth économique(*)…
Nous menons une série de réformes, de restructurations, de rationalisations. Jusqu’ici, la Wallonie a souffert de trop de structures. Nous avons donc décidé de fusionner des entités afin que les entreprises n’aient plus qu’un seul interlocuteur. Nous voulons mieux les accompagner dans leur croissance. Nous n’avons qu’une seule ligne de conduite : l’efficience et la transparence. Il s’agit d’un outil efficace qui répond à des besoins.

Encore un mot concernant la 5G. La Wallonie a assoupli les normes. Cette fois, ça y est, on va pouvoir développer le réseau ?
Oui. Le décret a été adopté par le Parlement wallon. Les normes sont comparables à celles de la Flandre. Nous lançons immédiatement des expériences pilotes destinées à mettre en évidence ce que la 5G peut apporter aux industriels, mais aussi en matière de santé ou de plus-value dans les régions rurales, tant pour l’activité que pour le service aux citoyens.

Aucun danger pour la santé des Wallons ?
Les normes que nous avons fixées sont vingt fois moins importantes que celles qu’on rencontre ailleurs. C’est une avancée significative et, en aucun cas, il ne serait question de mettre en danger la santé publique.

(*) Selon wallonie.be, la Wallonie a validé la fusion de ses trois outils économiques et financiers, à savoir la Sogepa, la Sowalfin et la SRIW. Il s’agit d’une rationalisation importante qui a pour objectif d’améliorer l’impact des interventions de la Région, notamment des entreprises et des indépendants. Les trois outils présentent ensemble un pied de bilan de 5,8 milliards d’euros et un montant d’investissements de l’ordre de 900 millions d’euros. La réforme répond à ses objectifs grâce à une prise en charge de l’ensemble des besoins de l’entreprise et de l’entrepreneur au travers d’un interlocuteur unique, l’identification et l’anticipation des besoins non exprimés ou reconnus pour permettre à l’entreprise de mieux se déployer, un service qualitatif organisé autour d’écosystèmes, une plus grande clarté et lisibilité de l’offre permettant de soutenir davantage d’entreprises et de répondre davantage à leurs besoins, une plus grande force de frappe de l’outil, une proactivité et une capacité de conseil accrue face à l’évolution des besoins de certaines chaînes de valeur. La fusion sera effective à partir du 1er janvier 2023.

 

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