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Crise au Venezuela : un jour d’élection meurtrier

Le Venezuela compte plus de 120 morts depuis le début des manifestations, il y a quatre mois. | © AFP PHOTO / Federico PARRA

Politique

Le Venezuela a connu une nouvelle vague de violences ce dimanche en marge de l’élection d’une Assemblée constituante voulue par le président Nicolas Maduro et contestée par l’opposition qui appelle à manifester ce lundi.

La violence meurtrière a fait irruption dimanche au Venezuela, le jour de l’élection de l’Assemblée constituante rejetée par les adversaires du président Nicolas Maduro. Un nouveau bilan du Parquet fait état de 10 personnes tuées en marge des manifestations contre l’élection des 545 membres de cette assemblée, qui aura pour mission de réécrire la Constitution mais dont le mode de désignation est considéré par l’opposition comme inéquitable. Le leader de l’opposition Henrique Capriles parle quant à lui de 15 morts.

Dès dimanche soir, les adversaires du régime chaviste ont appelé à manifester à nouveau lundi et mercredi, jour de la mise en place de l’Assemblée. « Nous ne reconnaissons pas ce processus frauduleux, pour nous il est nul, il n’existe pas », a déclaré Henrique Capriles, en dénonçant un « massacre » et une « fraude ».  « C’est un jour noir, à cause des ambitions folles d’un seul homme », a-t-il commenté. Les violences du week-end portent en tout cas à plus de 120 morts le bilan de quatre mois de mobilisation pour réclamer le départ de M. Maduro, accusé de vouloir se cramponner au pouvoir.

AFP PHOTO / ALEJANDRO PAGNI

Un candidat de l’Assemblée de 39 ans a été tué à son domicile, ainsi qu’un dirigeant de l’opposition vénézuélienne. Le parquet a aussi confirmé la mort d’un militaire et de deux mineurs d’âge. Il s’agirait de deux jeunes garçons de 13 et 17 ans qui ont été tués à Tachira, dans l’ouest du pays d’Amérique latine, à la frontière avec la Colombie. C’est aussi dans cette région qu’un soldat a perdu la vie, selon le ministère public.

Après l’annonce par la Colombie que le résultat du scrutin ne serait pas reconnu, les USA, l’UE, l’Argentine, le Brésil, le Mexique et le Pérou ont aussi déclaré l’élection nulle. L’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley a averti dimanche que le Venezuela avait fait un « pas vers la dictature » avec l’élection très contestée de l’Assemblée constituante. « Le simulacre d’élection de Maduro est un autre pas vers la dictature. Nous n’accepterons aucun gouvernement illégitime. Le peuple vénézuélien et la démocratie prévaudront », a déclaré Nikki Haley dans un tweet.

Les États-Unis condamnent

Les militaires sont intervenus avec des véhicules blindés et des gaz lacrymogènes à Caracas, à Maracaibo (ouest) et à Puerto Ordaz (sud-est), pourchassant les manifestants qui bloquaient les rues avec des barricades. Si le pouvoir vénézuélien parle d’élections sereines, les États-Unis ont promis dimanche de prendre des « mesures fortes et rapides » à l’encontre de son gouvernement, face à un scrutin critiqué sur la scène internationale. « Les États-Unis condamnent » cette élection « qui met en péril le droit du peuple vénézuélien à s’autodéterminer », a déclaré dans un communiqué Heather Nauert, le porte-parole du Département d’État, qui a assuré que son pays « continuera à prendre des mesures fortes et rapides » contre le Venezuela.

Un taux de participation « extraordinaire »

Les Vénézuéliens ont été 8,1 millions à se rendre aux bureaux de vote, ce qui représente 41,53% des électeurs, ont indiqué les autorités en charge du scrutin. « Le taux de participation est extraordinaire », a annoncé Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral (CNE). Le président Maduro s’est félicité du fort taux de participation à ce scrutin. « Le moment d’une nouvelle histoire est arrivé », a-t-il salué.

L’opposition a quant à elle déclaré que seuls 2,48 millions de personnes avaient participé au vote, sur les 19,4 millions d’électeurs potentiels, dénonçant « la plus grande fraude électorale de l’histoire ».

Embarras pour Maduro

Le président vénézuélien s’est retrouvé, quant à lui, dans une position inconfortable dimanche, lorsque sa carte d’électeur a été rejetée alors qu’il se présentait pour voter lors de l’élection controversée pour l’Assemblée constituante appelée de ses vœux. La situation était particulièrement embarrassante pour le chef d’État qui était suivi par des caméras de télévision diffusant en direct son vote sur la chaîne officielle.

Un scanner de vérification électronique a refusé son identifiant d’électeur, ce « carnet de la Patria », carte dotée d’un QR code qui permet à la fois de voter et de bénéficier des programmes sociaux. Le lecteur a alors indiqué le message « la personne n’existe pas ou son carnet a été annulé ». Le leader votait dans une banlieue populaire à l’est de la capitale Caracas, en compagnie de son épouse. La vidéo de ce moment a été partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Les commentaires associés ironisaient sur la nature non démocratique du scrutin contesté par l’opposition, et non reconnu par les USA, l’UE et de nombreuses nations d’Amérique latine. Les caméras ont rapidement cessé de filmer cet instant d’embarras pour Maduro, plus que jamais contesté dans son pays au bord de la guerre civile. Une douzaine de personnes sont décédées lors de faits de violence qui ont éclaté dans diverses régions du pays en marge du scrutin décrié.

(Avec Belga)

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