Pourquoi Mark Zuckerberg va se présenter à la prochaine élection présidentielle américaine (et pourquoi il ne le fera pas)

Pourquoi Mark Zuckerberg va se présenter à la prochaine élection présidentielle américaine (et pourquoi il ne le fera pas)

Image d'illustration/Photomontage | © DR

Politique

En engageant un ancien conseiller politique, les rumeurs autour des possibles ambitions de Mark Zuckerberg à devenir président des États-Unis refont surface. Retour sur les indices semés par le patron de Facebook et sur son désintérêt officiel pour tout poste dans la fonction publique.

 

C’est le plus grand pays du monde : plus de deux milliards d’individus y portent le bleu en étendard et leur vie intime en bannière, tandis que 16 000 d’entre eux font partie de son administration, même s’ils se considèrent plutôt comme les membres de « la grande famille » de leur chef ; le tout-puissant Mark Zuckerberg. Sans autre titre que celui de CEO, le trentenaire serre les pinces des princes, des ministres et des présidents, exprime ses idées relativement progressistes et soutient les changements sociaux dans l’ère du temps. Mais comme si l’empire Facebook ne lui suffisait pas – ou comme la suite logique d’une ambition jusqu’ici porteuse -, le jeune milliardaire sème des indices qui laissent penser qu’il convoite désormais un autre siège : le trône de président des États-Unis.

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D’ici trois ans et la fin du premier mandat de Donald Trump, Mark Zuckerberg aura 35 ans. Pile l’âge requis pour se porter candidat à la présidence. Comme si les planètes voulaient s’aligner pour le golden boy malgré lui.

Le calcul, Zuckerberg l’a peut-être fait lui aussi, le 8 novembre où tout a changé en Amérique. Ce jour-là, il choisit son propre réseau social pour déclarer : « [Ma fille] Max dans les bras, j’ai pensé à tout le travail qu’il nous reste à accomplir pour créer le monde que nous voulons pour nos enfants ». Et puisque de toute façon, le message était un peu long pour un slogan de campagne, il ajoute : « Nous sommes bénis par la capacité de rendre le monde meilleur, et nous avons la responsabilité de le faire. Travaillons encore plus ».

Zuckerberg, président ? Cela se pourrait bien… à moins que le patron de Facebook ne se passe de la politique pour changer le monde. Mais qui peut bien nier son influence, alors que le téléphone vibre d’une énième notification ?

Il engage des experts politiques

Chez les Zuckerberg, la famille s’est agrandie une fois de plus et l’évènement relance les rumeurs. Priscilla Chan, l’épouse du CEO, n’est pas enceinte : c’est Joel Benenson qui a choisi de venir grossir les rangs de l’armée Facebook il y a quelques jours. Le stratégiste démocrate s’est fait connaitre en officiant aux côtés de Barack Obama en tant que conseiller et à ceux d’Hillary Clinton, comme consultant au cours de sa campagne.

©YouTube – Joel Benenson.

Officiellement, l’entreprise de stratégie de Benenson a été engagée par le couple pour conduire une recherche liée à ses projets caritatifs. Elle contribuera ainsi à poursuivre le but de la fondation des Zuckerberg : « promouvoir le potentiel humain et l’égalité ».

Mais ce qui frappe surtout, c’est que Benenson n’est pas le premier à rejoindre l’équipe. Plus tôt cette année, Chan et son époux avaient fait appel à Amy Dudley, ancienne conseillère en communication du sénateur démocrate Tim Kaine. En janvier 2017, c’est David Plouffe, le directeur de la campagne miraculeuse de Barack Obama en 2008, qui a rejoint l’entreprise. Un autre travailleur de l’ombre, celle de George W. Bush, a également sauté dans le navire, rappelle Politico.

Il se politise

Lorsqu’il a lancé Facebook il y a treize ans, Zuckerberg n’avait ni l’allure ni l’ambition d’un chef d’État. Son projet de vie se limitait alors à créer un site de rencontre entre étudiants et ses opinions politiques étaient alors inexistantes – ou du moins invisibles et peu pertinentes pour le commun des mortels. Aujourd’hui, Mark Zuckerberg se sert de son entreprise comme d’un porte-voix pour défendre sa vision du monde. Et une chose est certaine : il se fait entendre.

©EPA/PHILIPPE WOJAZER/POL MAXPPP OUT – Mark Zuckerberg en 2011, au Sommet du G8 auquel il était invité, aux côtés d’Angela Merkel.

Pas plus tard qu’en février 2016, le CEO envoyait à ses employés un message univoque : cessez de rayer le slogan « Black lives matter » (« Les vies des personnes noires comptent ») sur le « mur » physique de l’entreprise. La phrase y était quasi-systématiquement remplacé par « All lives matter » (« Toutes les vies comptent », souvent utilisé par les policiers). « ‘Black lives matter’ ne signifie pas que la vie des autres ne compte pas. Il s’agit simplement de demander que la communauté noire puisse aussi recevoir la justice qu’elle mérite », avait-il sermonné, en se positionnant clairement pour le mouvement contestataire afro-américain. Plus tard, l’entreprise a même placé un écriteau avec le slogan politique au sein de son QG de Menlo Park, raconte The Guardian. Et il ne s’agit que d’un exemple des nombreuses prises de position de la boite géante et de son créateur.

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Mais l’annonce qui a fait mouche et qui le place concrètement sur la ligne de départ d’une campagne date de Noël. Répondant personnellement à un commentaire, Mark Zuckerberg, jusque là publiquement athée, affirme que la religion est devenue une question « très importante » pour lui. « In God he trusts », désormais, lui aussi. Voilà de quoi rassurer les Américains qui, jusqu’ici, n’ont jamais élu un président qui ne portait pas haut sa foi.

©EPA/PETER DASILVA – Avec Barack Obama, à Palo Alto.

Il a tout de même préféré garder ses distances avec le dernier en date, Donald Trump : Mark Zuckerberg n’a pas assisté à la dernière réunion entre le président et les leaders de la Silicon Valley. À sa place, il a fait envoyer sa numéro deux, Sheryl Sandberg.

Il soigne sa communication

Adieu, les pulls à capuche, les cheveux en bataille et la dégaine d’adolescent. Mark Zuckerberg est passé en un tour de com’ de l’éternel ado si bien incarné par Jesse Eisenberg dans The Social Network au gendre idéal, bien peigné et engoncé dans son costume bleu marine. Et avec son image, c’est sa communication que le gamin milliardaire bichonne. Plus de photos prises sur le vif, mais des portraits de type reportage, capturés par des photographes professionnels – au cours d’un jogging à Pékin, façon Nicolas Sarkozy, par exemple. Sa vie est désormais soigneusement documentée et écrite par une armada de communicateurs, explique Bloomberg. Et chacun de ses posts récolte des centaines de milliers de pouces sur Facebook.

©EPA/PETER KLAUNZER – Il est désormais rare que Mark Zuckerberg apparaisse dans ce genre de tenue. Ici au Forum économique de Davos, en 2009.

Mieux qu’un communiqué de presse ou une publication pour échanger avec les journalistes et ses utilisateurs, Zuckerberg a commencé à tenir en 2014 des sessions de questions-réponses. De ses conseils sur la meilleure manière de monter une start up à sa garniture de pizza favorite, le daltonien disait tout.

Il visite le pays

À l’époque, les sessions-vérité se faisaient à l’occasion des voyages du CEO. Une démarche qui a probablement inspiré son dernier challenge annuel. C’est une tradition chez lui : Mark Zuckerberg se met régulièrement au défi d’accomplir quelque chose d’extraordinaire en une année. Il a ainsi appris le mandarin, lu 25 livres en douze mois, créé une intelligence artificielle pour sa maison et tué lui-même chaque animal qui l’a nourri, pendant un an.

Mais le dernier en date a quelque chose d’intimement moins personnel : le patron de Facebook veut visiter tous les États américains en 365 jours. En juin, il passe ainsi en Iowa – où a lieu le fameux caucus des primaires -, visite une usine Ford à Detroit et se fait un point d’honneur à saluer les habitants des régions critiques en période d’élections, comme l’Ohio, raconte Politico.

Publié par Mark Zuckerberg sur lundi 16 janvier 2017

Il prépare son empire

Il y a plus d’un an déjà, Mark Zuckerberg s’est assuré qu’aucune de ses ambitions ne serait contrecarrée par sa position au sein de Facebook, et vice-versa. Quoiqu’il arrive et qu’importe quelle part de leur fortune Priscilla Chan et lui donneront à leur fondation, le CEO restera le grand patron de son entreprise multi-milliardaire, grâce à un tour de passe-passe juridique et administratif parfaitement légal. C’est qu’aussi longtemps qu’il possédera au moins 30% des parts de Facebook, il a la possibilité de servir le gouvernement américain.

À l’inverse, il s’assure également de ne pas être ennuyé par les mêmes désagrément qu’a dû affronter Donald Trump durant sa campagne, en lien avec son propre empire personnel.

©EPA/CHRIS RATCLIFFE/POOL

Et Zuckerberg apprend décidément beaucoup du nouveau président : à la suite de son élection, les utilisateurs de Facebook ont pu répondre à une enquête. La plateforme est-elle « bonne pour le monde ? », demandait le sondage. Il s’agissait alors de tacler ce qui n’allait pas. C’est notamment depuis lors que Facebook s’engage contre les « fake news », le terme qui désigne des informations volontairement éronnées, que Donald Trump a si bien popularisé.

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Il « investit »

Fin 2015, l’entrepreneur et sa femme avaient pris une décision radicale, suite à la naissance de leur fille : ils entendaient se séparer de l’équivalent de 99% de leurs parts dans Facebook – soit 45 milliards de dollars – pour la bonne cause. C’est également à cette occasion que Zuckerberg avait fait réécrire la structure de sa société, de manière à garder la main-mise dessus même sans posséder la majorité de ses parts.

©BELGA PHOTO MAXIME ANCIAUX

En 2010 déjà, sur le plateau de la célèbre animatrice Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg avait annoncé investir 100 millions de dollars dans le système scolaire de Newark City (la plus grande ville de l’État du New Jersey). Mais l’apport en cash de Facebook n’avait alors pas généré les résultats attendus et le cadeau était devenu un vrai cas d’école de l’échec de bonnes intentions, d’après Politico.

Malgré la débâcle de son projet, la médiatisation impressionnante de tels dons octroye à Mark Zuckerberg une aura de plus en plus similaire à celle de Bill Gates, par exemple. Et nul doute que de telles manœuvres sociales sont particulièrement bien vues auprès des votants.

Il n’est pas si différent de Donald Trump

Il y a un an, un CEO sans expérience politique à la tête des États-Unis relevait de l’impensable pour bon nombre d’Américains. Mais depuis la victoire de Donald Trump, reflet d’un important changement des mentalités et des attentes d’une majorité de citoyens, la perspective de voir monter Mark Zuckerberg à la Maison blanche ne semble plus si irréaliste… Plus riche que Donald Trump et bénéficiant de soutiens dans les sphères économiques et politiques américaines, il pourrait certainement parvenir à financer sa campagne.

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Quant à son âge, il s’agit simplement d’un nouveau défi, après que Barack Obama ait été élu à 48 ans seulement, devenant le plus jeune président des États-Unis.

Il a déjà sa First lady

Évidemment, il n’est pas nécessaire d’être marié pour devenir président – James Buchanan et Grover Cleveland en sont les exemples historiques. Mais être accompagné de son partenaire et afficher sa vie de famille fait bien souvent partie de la stratégie de communication des candidats à la présidentielle.

Mark Zuckerberg a quant à lui épousé Priscilla Chan en 2012, après leur rencontre à Harvard au début des années 2000. Sa femme est ainsi diplômée en biologie et en pédiatrie.

©Facebook – Priscilla Chan et Mark Zuckerberg à leur mariage.

Fille de réfugiés chinois, elle forme avec Mark Zuckerberg un couple « mixte », toujours plus susceptible de s’attirer la sympathie de la communauté asiatique, par exemple, dans un pays qui recensait entre 4,8 et 5,6% d’Asiatiques d’origine en 2010.

Après la naissance de leur fille Maxima en 2015, le couple a annoncé en mars 2017 attendre un second enfant. Les posts calibrés du patron de Facebook montrent des parents très unis autour de leur fille et concernés par le monde qu’ils lui laisseront. La photo parfaite pour les vœux de Thanksgiving d’un président.

Mais il affirme ne pas vouloir se présenter…

Et pourtant, contre toutes les preuves qui s’accumulent en la faveur d’une future candidature, il y a la parole de Mark Zuckerberg lui-même. « Certains d’entre vous ont demandé si ce challenge signifiait que je me portais candidat en politique », écrivait-il en mai dernier sur Facebook, dans un post qui revenait sur ses intentions derrière son road trip visites à travers les États-Unis. « Ce n’est pas le cas », poursuivait-il ensuite, très clairement.

Et ses plus ou moins récents engagements vont dans le sens de ses propres intérêts. Défendre l’immigration, c’est défendre la circulation des travailleurs étrangers, très prisés dans le secteur de la tech, par exemple. Les droits des communautés LGBTQ, qu’il a défendus par le passé, sont historiquement soutenus par la Silicon Valley, implantée dans l’une des premières régions américaines à se battre pour faire accepter leur présence.

Au-delà de ces faits, il est aussi indispensable de s’interroger sur les répercussions de l’accès à un tel poste par le créateur d’une plateforme sur laquelle 44% des Américains vont chercher leurs informations. Si des barons des médias ont occupé son éventuelle place auparavant, on ignore les conséquences lorsqu’il s’agit du patron des médias sociaux.

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« Facebook devenait ‘The Facebook Digital Labor Party” (FDLP) et […] Larry Page annonça presque simultanément que Google devenait ‘The Google Democracy Engine’ (GDE), ils remportèrent à eux deux l’ensemble des élections dans plus de 70% des pays du globe en à peine moins de 10 ans. Élections qu’ils organisaient via leurs dispositifs d’acclamation sociale qui avaient remplacé les anciennes machines électroniques à voter », écrivait quant à lui il y a peu le chroniqueur français Olivier Ertzscheid. Qu’on se rassure, même si le récit ressemble de près à celui du livre The Circle – dont l’adaptation cinématographique sortira le 9 août – la course à la présidence de Facebook ou de Google relève aujourd’hui toujours de la fiction. Jusqu’au prochain post.

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