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5 ans après le décès de Michel Daerden, sa fille peine à parler de lui au passé

Une complicité bâtie autour de leur amour de la créativité | © BELGA PHOTO ERIC VIDAL

Politique

Il y a cinq ans, les Ansois perdaient leur « Papa » politique, un bourgmestre déchu à la popularité inébranlée. Frédéric, Aurore et Elena perdaient eux un père à la personnalité complexe, dont sa fille aînée a du mal à parler au passé. 

« Papa est un homme multifacettes » sourit Aurore Daerden. Avant de se reprendre : « enfin, était… ». Cinq ans après le décès de Michel Daerden, sa fille aînée confie « avoir encore du mal à parler de lui au passé ». Avec émotion, elle raconte celui qui « avait un côté très drôle, mais mélancolique aussi. Sous ses grandes phrases et ses éloges pleines d’énergie, on sentait une tristesse qu’il essayait de cacher comme il pouvait. C’était quelqu’un d’extrêmement intelligent, qui avait parfois besoin de rester seul avec ses idées ». Quitte à s’isoler momentanément de ses enfants.

Un grand timide

« Quand j’étais petite, mon père était plus proche de mon frère que moi, un peu à l’ancienne : « les garçons avec les garçons, et les filles avec les filles ». Contrairement à ce que sa personnalité publique pouvait laisser penser, ce n’était pas un papa très démonstratif. Plutôt que des démonstrations physiques, il disait « je suis content de te voir contente », c’était une phrase entre lui et moi qui nous faisait sourire. Il avait un côté timide que j’ai aussi, et qu’on a tous les deux essayé de masquer à outrance. On se retrouvait pas mal là-dedans tous les deux ». Unis dans la timidité, et dans l’amour de la créativité.

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L’amour de l’art

« Quand je suis partie à Paris et que ça a commencé à marcher pour moi dans le domaine de la mode et de la musique, ça nous a beaucoup rapprochés. Mon père n’avait pas un côté artistique très développé, mais il adorait ça, et une vraie complicité s’est créée entre nous. J’ai enfin eu l’impression d’avoir mon papa ». Même si, « Papa » oblige, il fallait toujours le partager.

Difficile de trouver sa place

« Comme mon frère a suivi la même voix que mon père, il a eu tendance à plus subir son ombre. Moi, je suis partie à l’étranger, et j’étais à l’écart de tout ça. Ce qui a pu le plus me peser, c’est de devoir toujours le partager avec d’autres gens, alors qu’on ne se voyait pas souvent. Il avait une voix qui portait fort, qui était reconnaissable entre mille, alors c’était difficile d’avoir des moments rien qu’avec lui. Vers la fin, on savait qu’il était affaibli, et on aurait voulu l’avoir rien qu’à nous. J’avais un peu l’impression que ses admirateurs prenaient notre place ».

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Difficile pour Aurore d’accepter le décès de son père – BELGA PHOTO POOL VIRGINIE LEFOUR

Rire pour ne pas pleurer

Et cinq ans après son décès, rien n’a changé. « Je suis extrêmement touchée de voir que les gens pensent encore à lui. Quand je rentre de Paris et que je prends le taxi, ça arrive souvent que les conducteurs me reconnaissent, me disent qu’ils adoraient mon papa. Les Ansois me disent qu’il leur manque… Bien sûr, ça fait chaud au coeur ». De quoi faire l’impasse sur les moqueries. « C’est comme tout, à petites doses, les blagues sur mon père sont justifiables et marrantes. Mais à la longue, ça finit par peser très lourdement. Le pire, ce sont ceux qui essaient d’imiter sa manière de parler... ». Des blagues de mauvais goût, qu’Aurore préfère ignorer.

Une personnalité attachante

Même si, comme elle le souligne, « les blagues lui ont permis de donner un coup de fouet à sa carrière politique, il avait un côté très populaire qui plaisait beaucoup aux gens, qui ne pouvaient que l’aimer ». D’ailleurs, Aurore l’affirme : « papa n’est pas mort dans la tête des gens. Il restera à jamais une figure emblématique de la politique belge ». Une politique mouvementée, qui n’aurait pas laissé Michel Daerden indifférent selon sa fille. « Si son fantôme pouvait parler, il me murmurerait sans doute « regarde ma fille ce que peut produire la toxicité d’un entourage destructeur ». Il était allergique aux cons ».

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