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Washington-Kaboul, quand Donald Trump relance les tensions en Afghanistan

Le président a exclu le retrait total des troupes | © Flickr @ DVIDSHUB

Politique

Donald Trump a ouvert lundi la porte à l’envoi de soldats américains supplémentaires en Afghanistan tout en accentuant la pression sur le Pakistan, accusé d’être un repaire pour « des agents du chaos » et évoquant un possible dialogue entre Kaboul et les talibans.

Dans un discours à la tonalité solennelle d’une vingtaine de minutes, le président américain n’a donné aucun chiffre ou aucune échéance dans le temps, jugeant que c’était « contre-productif », mais a toutefois martelé sa conviction qu’un retrait précipité d’Afghanistan créerait un vide qui profiterait aux « terroristes », venus d’Al-Qaïda comme du groupe Etat islamique.

Démocratie précaire

Seize ans après les attentats du 11 septembre qui avaient poussé les Etats-Unis à lancer une vaste offensive pour déloger le régime taliban au pouvoir à Kaboul, le fragile édifice démocratique afghan est menacé par une insurrection déstabilisatrice. « Mon instinct initial était de se retirer (…) mais les décisions sont très différentes lorsque vous êtes dans le Bureau ovale », a d’entrée souligné le président américain dans une allocution très attendue depuis la base de Fort Myer, au sud-ouest de Washington. Un haut responsable américain a souligné que M. Trump avait donné son feu vert au Pentagone pour le déploiement de jusqu’à 3.900 soldats supplémentaires.

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Si la hausse n’est pas spectaculaire (les Etats-Unis comptaient 100.000 soldats sur place il y a sept ans), elle marque cependant une inversion de tendance par rapport aux dernières années. Le secrétaire américain de la Défense Jim Mattis a de son côté immédiatement annoncé qu’il consulterait le secrétaire général de l’Otan et les alliés, soulignant que plusieurs d’entre eux s’étaient également engagés à augmenter le nombre de soldats déployés. Quelque 8.400 soldats américains sont actuellement déployés en Afghanistan au sein d’une force internationale qui en compte au total 13 500.

« Un nouveau cimetière »

Et du côté des insurgés afghans, la réponse ne s’est pas faite attendre. L’Afghanistan risque de devenir un « nouveau cimetière » pour les Etats-Unis s’ils ne retirent pas bientôt leurs troupes, ont déclaré mardi les talibans en réaction au discours du président Donald Trump ouvrant la voie à l’envoi de soldats supplémentaires. « Si les Etats-Unis ne retirent pas leurs troupes d’Afghanistan, (le pays) deviendra bientôt un nouveau cimetière pour cette super-puissance au 21è siècle. Les dirigeants américains devraient savoir cela », indiquent-ils dans un communiqué.

Stratégie périmée

Les talibans ont également qualifié de périmée et vague la stratégie américaine pour l’Afghanistan présentée par le président Donald Trump. « Pour le moment je peux vous dire qu’il n’y avait rien de nouveau dans son discours et qu’il n’était pas du tout clair », a réagi un porte-parole des insurgés, Zabiullah Mujahid, interrogé par l’AFP.

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