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Elio Di Rupo face à ses détracteurs : « ceux qui veulent me voir partir vont être déçus »

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Au coeur de la tourmente, Elio Di Rupo ne faiblit pas. Alors que d’aucuns voient un testament dans son dernier livre, Nouvelles Conquêtes, il affirme sa volonté de rester à la tête du PS jusqu’à la fin de son mandat en 2019. Pour Paris Match Belgique, il a accepté d’ouvrir les portes de son domicile montois et de se laisser cuisiner devant un plat de pâtes préparé par ses soins. Rencontre al dente. 

En mars dernier, un sondage proclamait Elio Di Rupo « personnalité politique préférée en Wallonie ». Mi-août 2017, le vent a tourné : selon Sudpresse, un électeur PS sur trois ne ferait plus confiance au président du parti. Un verdict qui tombe comme un couperet, alors que le Parti socialiste vient d’enchaîner des mois difficiles, marqués par les scandales à répétition. Certaines têtes sont tombées, mais la vindicte populaire voudrait que le président du parti paie également. Et si ce dernier affirme se sentir bien, il ne peut s’empêcher de faire preuve d’amertume quand le sujet de la tourmente médiatique dans laquelle il est pris est évoquée.

De la baie vitrée qui donne sur le jardin à la verrière qui éclaire le salon, la lumière est partout chez Elio Di Rupo. Comme pour oublier l’enfance dans les baraques ? « Je n’y avais jamais pensé, mais c’est vrai que c’est la luminosité qui m’a directement plu ici » – photo Lara Herbinia

« Je ne cède pas »

Des scandales, Elio Di Rupo en a vu d’autres. En  1996, une cabale est montée contre lui. Alors vice-Premier ministre, il se retrouve accusé de faits de pédophilie. Malgré les lacunes dans le dossier d’accusation, l’enquête se poursuit durant deux ans, une période qu’Elio Di Rupo désigne comme « le chemin douloureux » dans Nouvelles Conquêtes. « Les rumeurs et les amalgames pullulent comme escargots après la pluie. De tous côtés, des pressions plus qu’insistantes s’exercent sur ma personne. Je ne cède pas ». Autres temps, autres pressions, mais aujourd’hui encore Elio Di Rupo fait le dos rond. « Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre. Je fais vendre les médias, alors ils ont l’obsession de s’acharner sur moi, et cela m’indiffère totalement. Je ne peux pas faire autre chose que d’en rire ». Jusqu’à un certain point, tout de même : face à l’intensité de l’acharnement, Elio Di Rupo affirme aujourd’hui se sentir menacé.

Originaire des Abruzzes, le président du PS aime s’y ressourcer, et en profite pour visiter sa ville de coeur, Rome, toute proche de la région natale de ses parents. Les villes favorites de ce voyageur avide de découvertes et de rencontres ? « Rome, Paris, New-York et Jérusalem ! » – photo Lara Herbinia

Mis en danger

« Il faut que les gens qui s’acharnent et qui veulent ma tête à tout prix se rendent compte qu’ils me mettent physiquement en danger, souligne Elio Di Rupo. Cela fait 25 ans que j’habite ici, et pour la première fois, ma maison a été taguée. Quelqu’un est venu inscrire ‘salaud’ sur ma façade. Il est devenu tellement accepté de m’attaquer, que certains en viennent à se dire « Di Rupo, il faut qu’on le liquide ». Pour moi, ce n’est pas un hasard si le PS est sous attaque, fondamentalement, la société des commentateurs est de droite« . Considérations idéologiques mises à part, le président du PS est prêt à prendre ses responsabilités.

Mais certainement pas à écraser pour autant. Alors que le parti qu’il dirige est mis à mal par des mois de scandales, de Publifin au Samusocial, Elio Di Rupo sort un livre, à la croisée de l’autobiographie et du manifeste politique. Son enfance marquée par la précarité financière, les raisons de son engagement, mais aussi et surtout, une série de mesures essentielles pour lui, qu’il n’a pas hésité à mettre en avant dans un tweet que d’aucuns ont perçu comme suprêmement arrogant. « Quand je parlais du « monde », cela va sans dire que je parlais en réalité de la Belgique francophone. Bien sûr que je ne prétends pas avoir de contrôle sur le monde, un jour peut-être, qui sait… » souligne, rieur, Elio Di Rupo. Qui semble ne plus parvenir à trouver grâce aux yeux d’une partie de l’opinion publique : alors qu’on lui a fortement reproché son silence durant les scandales qui ont secoué le PS, aujourd’hui, on lui reproche de s’exprimer.

Sur le manteau de la cheminée, les papiers de ses parents côtoient un portrait de sa maman ainsi que d’une de ses marraines politiques – photo Lara Herbinia

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« On m’a beaucoup reproché de ne pas m’être expliqué au sujet des scandales, et je peux le comprendre, j’accepte ces reproches. Mais d’un autre côté : pourquoi me serais-je exprimé si je n’avais pas de levier me permettant d’agir sur le champ ? Je ne me suis jamais exprimé pour le plaisir de parler, il faut pouvoir offrir des perspectives. Je n’ai pas parlé en public, parce qu’il y avait des décisions internes au PS en cours. J’espère que le parti ne connaîtra plus de difficultés de ce genre, mais si cela devait arriver à nouveau, je ne commettrais plus la même erreur ».

Amateur de bonne chère, Elio Di Rupo confie une préférence pour la cuisine italienne… avec modération : soucieux de garder la forme, il pratique le sport trois fois par semaine et se nourrit principalement de quinoa et de poisson blanc -photo Lara Herbinia

« Ceux qui veulent me voir partir vont être déçus »

Et s’il concède avoir mal ajusté sa communication suite aux scandales qui ont ébranlé le PS, Elio Di Rupo en a assez de faire l’objet de ce qu’il perçoit comme des attaques aveugles. « Quand j’ai la chance de pouvoir parler avec mes critiques, je leur dis toujours : ‘il y a eu les affaires, ok. Des décisions ont été prises, des gens ont été forcés de démissionner, aucun autre parti n’a fait ça. Alors que me reprochez-vous, au fond ?’. Et là, souvent, ils bottent en touche ». Elio Di Rupo, l’homme à abattre ? « C’est le moins qu’on puisse dire ! Mais ceux qui veulent me voir partir vont être déçus. Je n’ai pas bougé au pire moment de ma vie, quand on a monté des manipulations contre moi en 1996. Tout le monde disait que j’étais fini, mais j’ai résisté, et j’ai été blanchi. Le soulèvement n’a évidemment pas la même ampleur aujourd’hui, mais ma réaction reste la même. Je resterai jusqu’à la fin de mon mandat, et entre temps, ils peuvent dire ce qu’ils veulent ».

Pas de rivalité avec Paul Magnette

D’autant qu’Elio Di Rupo affirme bénéficier d’un soutien infaillible au sein du Parti socialiste. « Quand je vois des sondages qui prétendent recueillir l’avis d’électeurs du PS, dont 1/3 ne me fait plus confiance, j’aimerais bien les rencontrer ces électeurs en question ! La vérité, c’est que si demain, on venait à sonder les militants et les élus du PS, plus de 3/4 d’entre eux diraient qu’ils veulent que je reste » affirme Elio Di Rupo. Qui concède toutefois avoir des adversaires, « même en interne ». Paul Magnette, par exemple ? « Il a son caractère, mais je ne pense pas qu’il avait de mauvaises intentions quand il a dit qu’il serait candidat à ma succession. Ma prétendue rivalité avec Paul Magnette n’existe pas, je n’ai aucun mauvais sentiment envers lui, ni envers personne ».

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La retraite ? « Je me donne encore dix ans. D’ici là, je veux continuer à être actif en politique, mais je prépare déjà une liste des classiques de la littérature que je n’ai pas eu le temps de lire pour quand j’aurai plus de temps libre » –  photo Lara Herbinia

Pas de mauvais sentiment, ni de ressentiment ? « Que voulez-vous que je fasse ? Je n’étais pas au courant de l’affaire Publifin, je l’ai apprise dans la presse, et j’ai exigé que les montants soient remboursés. C’est comme ce qui s’est passé il y a une dizaine d’années à Charleroi, ce sont des difficultés que nous sommes obligés d’acter. Je ne suis pas derrière Yvan Mayeur ou Stéphane Moreau. Bien sûr, que je me serais bien passé de tous ces scandales ! Je ne suis pas heureux de ce qui s’est passé ces derniers mois, mais je ne peux rien faire d’autre qu’avaler la couleuvre. Je ne vais quand même pas guillotiner ceux qui ont fauté, même si certains aimeraient bien, et tant qu’à faire, me guillotiner aussi avec ».

Décennie crépusculaire

La tête sur les épaules, l’enfant de mineur devenu docteur en sciences avant d’atteindre les plus hautes sphères du gouvernement prépare le crépuscule de sa carrière. Qu’il ne voit pas prendre fin de si tôt, même s’il a déjà atteint l’âge légal de la retraite. « Je n’ai pas encore du tout envie de raccrocher. Je me donne encore dix ans, au cours desquels je vais mener mon mandat de président du PS à terme, avant de me tourner vers une autre fonction politique. Mes adversaires aimeraient bien parvenir à m’énerver, mais ils vont devoir attendre encore dix ans. À ce moment-là, je sortirai un autre livre, et celui-là sera un véritable testament ».

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