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Quel rôle a joué Bart De Wever le lendemain des attentats de Bruxelles ?

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Que faisait Bart De Wever, le leader du parti nationaliste flamand et bourgmestre d’Anvers, à la réunion de crise qui s’est tenue le 23 mars 2016 au cabinet de l’Intérieur, soit au lendemain des attentats de Bruxelles ?

 

Jan Jambon, ministre de l’Intérieur ; Catherine De Bolle, Commissaire générale de la Police fédérale ; Claude Fontaine, Directeur général de la police judiciaire (DGJ) ; Eddy Greif, patron (à l’époque) de la section responsable de la lutte antiterroriste au sein de la Direction Générale de la Police Judiciaire ; Peter De Buysscher, Directeur de la coopération policière internationale (CGI) ; Bart De Wever, président de la N-VA. Cherchez l’intrus !

Selon les sources de Paris Match, cette rencontre avait pour cadre les ratés dans la transmission des informations entre la Turquie et la Belgique, relativement à l’arrestation en juin 2015 d’Ibrahim El Bakraoui, le futur kamikaze de l’aéroport de Zaventem, à Gaziantep, ville voisine de la frontière syrienne. On sait qu’à la suite d’un cafouillage vraisemblablement causé par des problèmes de communication et d’organisation entre les autorités turques, la police et la justice belges, l’aîné des frères El Bakraoui avait pu rentrer en Belgique sans être inquiété, pour ensuite intégrer le commando terroriste qui allait semer la mort à Zaventem et dans le métro Maelbeek huit mois plus tard.

On se souvient qu’après avoir présenté sa démission au Premier ministre qui l’a refusée, Jan Jambon avait finalement mis en cause personnellement et publiquement l’officier de liaison de la police fédérale à Istanbul, Sébastien Joris, laissant entendre qu’il avait failli à sa mission d’informer sa hiérarchie en temps et en heure. Cette dénonciation inédite s’est faite devant le Parlement, le 25 mars, soit deux jours après la fameuse réunion de crise tenue chez le ministre de l’Intérieur. Depuis, il est ressorti des auditions de Sébastien Joris et de ses supérieurs (notamment Peter De Buysscher) devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes, que ce dernier n’a commis aucune faute et que le raté aux conséquences tragiques dans la transmission des informations entre Ankara et Bruxelles ne peut lui être imputé. Par conséquent, Jan Jambon va devoir expliquer ce lundi aux parlementaires de la commission les raisons qui ont motivé l’accusation lancée à l’encontre de l’officier de liaison.

Dans ce contexte, la présence étonnante de Bart De Wever à une réunion présidée par le ministre de l’Intérieur (N-VA), à laquelle assistaient les hauts responsables de la police et où il était question de la remontée d’informations depuis la Turquie jusqu’au sommet de l’antiterrorisme à la police judiciaire fédérale, intrigue pour le moins. D’autant que la séquence des événements a en définitive conduit le ministre de tutelle a désigner à la vindicte, 48 heures plus tard, l’officier en poste à Istanbul.

Paris Match a questionné Jan Jambon à ce sujet. Par la voix de sa porte-parole, le ministre a confirmé la présence de son président dans les murs de son cabinet le 23 mars. Il l’explique, de même que la participation du leader nationaliste à la fameuse réunion de crise, par une succession de circonstances un peu exceptionnelles survenues dans la foulée immédiate des attentats. En effet, il rapporte qu’une réunion de travail des ministres fédéraux N-VA, dirigée par leur président, se tenait ce mercredi-là à son cabinet. « C’est le cas chaque semaine, d’un cabinet à un autre, cette fois-là c’était le tour de l’Intérieur », précise la porte-parole. Est alors tombée l’annonce fracassante du président turc Erdogan, faisant étant de ce que son pays avait communiqué en temps voulu, à la Belgique, toutes les informations nécessaires au sujet d’El Bakraoui. Les patrons de la police fédérale ont dès lors été convoqués pour examiner la situation et les allégations d’Ankara. Les explications qui viennent ensuite sont plus confuses et difficiles à clarifier : en substance, on nous dit que sentant que sa responsabilité politique était engagée et qu’il pouvait être amené à démissionner, le ministre aurait cru bon de faire participer Bart De Wever à la discussion, « bien que ce soit inhabituel », observe-t-on du côté du cabinet.

Résumons : 24 h après les attentats les plus terribles qu’a connus la Belgique, le ministre le plus directement concerné par les faits a le temps d’organiser une réunion de parti dans ses locaux. Ensuite, il fait participer son président à des discussions qui ne regardent en principe que ses services et les dirigeants de la police fédérale. Enfin, ce conciliabule au plus haut niveau donne lieu à la mise en cause d’un officier de liaison, qu’aujourd’hui encore les nationalistes flamands continuent d’incriminer en dépit des éléments qui le disculpent.

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