Paris Match Belgique

Fin du DACA : Qui sont ces 800 000 Dreamers qui risquent d’être expulsés des États-Unis ?

Des manifestants à Los Angeles le 1er septembre 2017. | © BELGA/AFP PHOTO/FREDERIC J. BROWN

Politique

Depuis quelques jours, on entend beaucoup parler de ces « Dreamers » qui risquent d’être reconduits à la frontière si Donald Trump décide de supprimer le programme DACA. Une suppression qui vient d’être officiellement confirmée ce mardi. Mais qu’est-ce que le DACA au juste et qui sont ces 800 000 « rêveurs » ?

 

Le DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) est une politique d’immigration américaine fondée par le gouvernement de Barack Obama en juin 2012 et mise en application depuis août de la même année. Sous certaines conditions, le DACA permet ainsi à certains immigrants illégaux étant entrés dans le pays en tant que mineurs, de bénéficier d’un moratoire de deux ans de l’expulsion et l’éligibilité à un permis de travail. Pour y être éligibles, les « demandeurs de ce statut doivent être arrivés sur le territoire américain avant l’âge de 16 ans, être âgés de moins de 31 ans au 15 juin 2012, présents continuellement aux États-Unis depuis 2007, et ne pas avoir eu de condamnation grave ». Ils doivent « également posséder un diplôme d’un niveau équivalent du baccalauréat, ou à défaut avoir été engagé dans l’armée ».

Lire aussi > L’ultime lettre de Barack Obama à Donald Trump

Au total, ce sont 787 580 personnes qui ont pu bénéficier du programme DACA depuis 2012. Une loi qui protège donc les mineurs, leur garantit la non-expulsion et leur permet de s’intégrer aux États-Unis. Chaque trimestre, depuis le printemps 2016, les demandes de renouvellement ne cessent d’augmenter : mi-2017, plus de 200 000 immigrants ont renouvelé leurs avantages (permis de travail, de conduire etc.).

 © BELGA/AFP PHOTO/FREDERIC J. BROWN

Ces jeunes sans-papiers autorisés à rentrer illégalement avec leurs parents aux États-Unis, on les appelle les « Dreamers ». Un nom que l’on doit au projet DREAM (Development, Relief and Education for Alien Minors) que le Congrès américain n’avait pas réussi à faire adopter, une loi qui aurait permis à ces enfants clandestins de pouvoir résider légalement et de façon permanente sur le territoire américain. Le DACA s’était alors imposé comme un compromis par l’administration Obama. La plupart de ces Dreamers,-qui représentent une fraction des 11 millions d’immigrants illégaux estimés aux États-Unis- sont originaires d’Amérique latine. Plus de 200 000 vivent en Californie, et 100 000 au Texas.

Et leur sort était encore aujourd’hui plus qu’incertain. Car le DACA divise, surtout quand on connaît la politique migratoire de Donald Trump, lui qui promettait durant sa campagne présidentielle d’expulser tous les bénéficiaires de ce programme venant du Mexique et d’Amérique Latine.

Si le programme est éliminé, « vous perdez votre vie ».

Nous sommes plus de 800 000, nous avons été amenés dans ce pays sans notre consentement. Nous avons juste suivi nos parents, vous savez, ils voulaient nous donner un meilleur avenir dans ce pays, quelque chose qu’ils ne pouvaient pas nous offrir au Mexique », a déclaré José Martinez à Euronews, lors d’une manifestation à Los Angeles devant la demeure de Jared Kushner et d’Ivanka Trump, qui s’était prononcée, à l’inverse de son père, en faveur de la prolongation du programme.

Lire aussi > « Pas d’asile ici » : Les États-Unis rejettent illégalement des demandes d’asile à la frontière

Le DACA signifie beaucoup pour moi, car il me permet de continuer à aller à l‘école pour devenir quelqu’un à l’avenir (…). Il nous donne un permis de travail, nous permet d’aller à l‘école, car c’est coûteux, et nous avons besoin de ce soutien, et il est vraiment important pour nous d’avoir l’aide de notre président et de notre pays », ajoutait Juliana Nascimento. Tomas Pendola, professeur de Chimie à Miami confiait à TVA Nouvelles : « DACA m’a permis d’avoir une nouvelle vie (…) Il y a des gens pour qui retourner dans leur pays est une sentence de mort. (…) Si le programme est éliminé, « vous perdez votre vie » ».

La Silicon Valley s’engage pour le DACA

Depuis plusieurs semaines, les grands groupes de la Silicon Valley dont Apple, Facebook, Amazon, Google, Uber, Twitter ou encore IKEA, ont invité Trump à ne pas révoquer le DACA dans une lettre ouverte. Pour eux, les « dreamers » sont une véritable “une chance” pour l’économie américaine, et annuler le programme engendrerait une perte de 460,3 milliards de dollars au PIB américain : « Avec eux [les dreamers, ndlr], nous développons et créons des emplois. Ils font partie de la raison pour laquelle nous continuerons à avoir un avantage concurrentiel mondial ».

800 000 Dreamers, 800 000 expulsés ?

Après la santé avec l’Obamacare, Trump s’est donc attaqué à une autre loi de Barack Obama : le DACA. Après avoir annoncé il y a quelques mois : « nous ne voulons pas faire du mal à ces enfants » et il y a quelques jours encore : « nous adorons les Dreamers, nous adorons tout le monde. Nous pensons que les Dreamers sont formidables », le 45ème président des États-Unis a déclaré ce mardi 5 septembre mettre officiellement fin au programme d’immigration, tout en accordant cependant un délai de six mois au Congrès afin que celui-ci tente de trouver une solution alternative pour les “Dreamers”, parce qu’on ne peut tout de même pas renvoyer dans leur pays d’origine 800 000 personnes du jour au lendemain…

Un délai qui inquiète forcément les jeunes concernés qui risquent à tout moment d’être expulsés des États-Unis ou même incarcérés pour certans. « À compter de ce jour, aucune nouvelle demande ne sera examinée« , a indiqué le ministre de la Justice, Jeff Sessions. En ajoutant : « Nous ne pouvons pas accepter tous ceux qui aimeraient venir ici, c’est aussi simple que cela ». Le sort de ceux qui bénéficient déjà de ce statut ne sera pas affecté jusqu’au 5 mars 2018. Une décision du gouvernement Trump qui a fait sortir Barack Obama du silence.

CIM Internet