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Theo Francken : Pourquoi les polémiques du « Trump flamand » profitent autant au gouvernement

Sa communication provocante profite à lui-même, à la NV-A mais aussi au gouvernement fédéral. | © BELGA PHOTO JEAN-LUC FLEMAL

Politique

Communication provocante, propos jugés racistes, Twitter addict… Sous ses airs de mini-Donald Trump flamand, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken, au cœur d’une énième polémique, continue de provoquer pour attirer l’attention sur lui, au profit du gouvernement fédéral qui le soutient.

Theo Francken n’a pas fini de nous surprendre. Après le sondage et le gif racistes, la rencontre avec un ancien collaborateur en 2014, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a une nouvelle fois fait les gros titres pour ses propos et sa politique. Six jours après avoir déclaré qu’un « nettoyage » était en cours au Parc Maximilien, la polémique ne s’était pas encore atténuée que De Morgen révélait le 19 septembre sa collaboration avec l’État soudanais, à propos de l’identification des migrants en vue de leur éventuel rapatriement. Cette nouvelle révélation lui a d’ailleurs valu une caricature en soldat nazi, signée par les jeunes écologistes, pour laquelle Theo Francken a exigé des excuses au parti vert, qu’il ne recevra pas. C’est dans cette atmosphère électrique que s’est déroulée jeudi 21 septembre la rentrée parlementaire à la Chambre. En guise de soutien pour leur confrère en déplacement à New York, notamment avec le premier Ministre Charles Michel, tous les députés NV-A se sont levés et ont quitté la salle, alors que Benoit Hellings (Ecolo) s’apprêtait à prendre la parole, souligne La Libre.

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Mais Theo Francken n’est pas le premier politicien à avoir été l’objet d’une comparaison avec la Seconde Guerre Mondiale. Plus d’une fois, le président américain Donald Trump a été associé à Adolf Hitler. Pendant sa campagne en 2016, un Allemand vivant aux États-Unis a lancé un appel aux Américains sur Twitter, les mettant en garde à propos d’un vote en faveur du « gars avec la grosse voix qui déteste les minorités, menace d’emprisonner tous ses opposants et affirme qu’il peut régler les problèmes à lui tout seul. Qu’est-ce qui pourrait bien aller de travers ? Bonne chance. Signé : le peuple allemand ». Après les événements de Charlottesville, le célèbre magazine allemand Stern a décidé fin août de mettre en une un Donald Trump, bras levé dans la posture du salut nazi. « Néo-nazis, Ku-Klux-Klan, racisme : comment Donald Trump attise la haine aux États-Unis », peut-on y lire.

Des caricatures simplistes et dangereuses qui prouvent bien une chose : leurs opposants tombent à chaque fois dans le panneau, en se réduisant à un tel niveau, alors que, face à eux, se trouvent deux personnalités beaucoup plus complexes et stratégiques.

Une comm’ qui choque

À la base de ces comparaisons ? Des propos jugés racistes, de préférence résumés en 140 signes, l’outil communicationnel préféré des deux hommes. « Theo Francken est très présent sur les réseaux sociaux. Il tweete au moins une ou deux fois par jour, sinon plus. C’est un homme politique inscrit dans les réseaux sociaux, surtout Twitter, et qui n’a pas peur », observe Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles.

Si je dois résumer la communication de la NV-A, c’est deux pas en avant, un pas en arrière.

Une communication « occasionnellement dure et provocatrice » qui n’a pas attendu 2017 pour se montrer au grand jour. En 2011 déjà, Francken écrivait sur Facebook : « je peux me figurer la valeur ajoutée des diasporas juive, chinoise et indienne mais moins celle des diasporas marocaine, congolaise ou algérienne ». Des propos qui refont surface et choquent, trois ans plus tard, lorsqu’il devient secrétaire d’État à l’Asile et la Migration. Mais à l’inverse du président américain, qui « n’a pas de problèmes majeurs à tweeter des choses un jour et, trois mois plus tard, tweeter exactement l’inverse » analyse Pascal Delwit, Theo Francken est revenu sur ses propos. « Il n’a pas dit ‘je n’ai jamais dit ça’, mais bien ‘je n’aurais pas dû dire ça’ », rappelle le professeur. « Theo Francken est, au contraire, plutôt cohérent ».

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Un jeu dangereux

Provoquer pour attirer l’attention sur soi et susciter la polémique. Voilà la stratégie politique et communicationnelle du secrétaire d’État qui est également celle de son parti, la NV-A. « Theo Francken est au cœur de cette stratégie fixée sur la provocation, mais Jan Jambon (Ministre de l’Intérieur) et Bart de Wever (président du parti) aussi ». Répondre à ces polémiques, avec des caricatures nazies par exemple, reviendrait à y participer. Mais ne pas réagir ne serait pas bon non plus.

« Ne rien dire c’est contribuer à faire bouger les lignes. Si je dois résumer la communication de la NV-A, c’est deux pas en avant, un pas en arrière. Au bout d’un certain temps, vous êtes beaucoup plus loin qu’initialement. Donc si vous ne réagissez pas au début, cette stratégie ira encore plus rapidement, analyse le professeur de l’ULB. Mais en même temps, systématiquement réagir, c’est aussi entretenir l’attention médiatique et politique sur la NV-A, sur sa politique et sur sa manière de voir les choses. C’est donc un jeu complexe », qui ressemble à s’y méprendre au piège tendu par Donald Trump et à la situation aux États-Unis.

Theo Francken photographiant le premier Ministre Charles Michel, le 14 mai dernier. © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Tout le monde est gagnant

Un jeu dangereux qui profite à Theo Francken, à la NV-A mais aussi au gouvernement fédéral. « Même pour le gouvernement, et en dehors de la NV-A, il a une certaine utilité parce que sa communication a ce grand avantage qu’elle se fixe fort sur lui et sur les thématiques », explique Pascal Delwit, qui s’étonne du nombre d’invitations ou d’évocations de Theo Francken dans la presse francophone, audiovisuelle comme écrite. « Il est au cœur de l’actualité, de la communication et puis, il ne faut pas l’oublier, il est au cœur de l’agenda ».

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Grâce à cette exposition, Theo Francken attire les regards sur lui et ses thématiques, et les détourne en même temps d’autres problématiques. Ce qui ne déplaît pas au gouvernement. « Par définition, si l’agenda politique et médiatique sont fixés sur ses thématiques, il l’est moins sur d’autres. Il y a aussi cet intérêt, pour la NV-A ou pour le gouvernement, d’entretenir un regard politique, citoyen, médiatique sur ses thématiques qui sont sécuritaires et qui ne sont pas, par exemple, la protection de l’environnement, le budget, la sécurité sociale… » Devrait-on y voir un rapport avec les récentes déclarations de Jan Jambon, rapportées par Le Soir, concernant la polémique autour de son secrétaire d’État : « le gouvernement fédéral, comme un seul homme, continue à soutenir la politique de Theo Francken dans cette affaire » ?

Ce jeu ne profite tout de même pas à tout le monde. Les seuls grands perdants de cette stratégie étant les deux autres partis néerlandophones : l’Open Vld et le CD&V.

Lassés ou engagés

Au début du gouvernement, la NV-A a confié à Theo Francken une mission : « incarner une position relativement dure et forte ». En 2014, le parti néerlandophone a siphonné l’électorat du Vlaams Belang. Trois ans plus tard, la difficulté est aujourd’hui de le conserver. Et qui de mieux pour endosser ce costume que Theo Francken ? Cela attire même au-delà des électeurs néerlandophones. La preuve : il est l’une des personnalités les plus populaires en Wallonie et à Bruxelles. « Un certain nombre de citoyens estime qu’il faut avoir une politique plus dure envers les réfugiés et les demandeurs d’asile. Il n’y a pas spécialement un accord avec ses propos tel qu’il les exprime, mais il y a bien un accord avec une prise de position plutôt dure », explique Pascal Delwit.

Face à ces partisans, d’autres citoyens sont au contraire lassés par les multiples polémiques suscitées par Theo Francken, ou lassés en général par la politique actuelle. « On ne se préoccupe plus tellement des propos de n’importe quel secrétaire d’État, de n’importe quel ministre ou de n’importe quel président de parti ».

« Essaie de nettoyer ça »

Mais Theo Francken arrive tout de même encore à en surprendre et à en énerver certains. La preuve : le tag inscrit dorénavant sur le mur en face de son bureau, rue de la loi. On peut y lire : « Theo kuist dit op », que l’on pourrai traduire par « Theo, essaie de nettoyer ceci ». Petite précision, à ne surtout pas négliger : le mur en question se trouve être celui de l’appartement du Premier Ministre Charles Michel. Un petit clin d’œil à l’approbation, directe ou indirecte, du gouvernement fédéral.

BELGA PHOTO DIRK WAEM

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