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Marine Le Pen seule au Front

Le 25 septembre, Marine Le Pen lors de sa conférence de presse au Palais-Bourbon. | © AFP PHOTO / POOL / ERIC CABANIS

Politique

La présidente du FN va devoir refonder le mouvement lepéniste d’ici à 2020 et se réinventer elle-même. En sera-t-elle capable ?

Veste bleu roi, mine enjouée, petites lunettes cerclées de noir sur le nez, Marine Le Pen entame son bar de bon appétit. Il est un peu plus de 13 heures ce lundi 25 septembre. Tranquillement installée à une table du restaurant de l’Assemblée nationale avec son porte-parole Sébastien Chenu – député du Nord –, la « cheffe » du FN, qui, de son propre aveu, a vécu « difficilement », voire « douloureusement », le départ de Florian PhilippotQuel gâchis ! Pour lui comme pour nous ! »), envisage désormais l’avenir avec… sérénité.

En claquant la porte du mouvement, l’ex-vice-président, en charge de la communication et de la stratégie, n’aura finalement pas provoqué de grands remous. La base militante est restée « stable ». L’appareil également, malgré la défection prévisible de Sophie Montel et de quelques conseillers régionaux dont Marine Le Pen n’exclut pas qu’ils reviennent bientôt au bercail. Elle a d’ailleurs déjà enregistré avec « satisfaction » le revirement du maire de Brachay, Gérard Marchand.

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Lifting du parti

La patronne du mouvement frontiste ne croit en effet pas « une seconde » en l’avenir « Patriote » de son ex-bras droit. « Il va se rendre compte que la vie politique ne tourne pas autour de lui et se retrouver bien seul », veut-elle croire, toute à son programme de refondation interne du mouvement qui doit s’achever par le congrès en mars à Lille.

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Six mois décisifs au cours desquels la fille cadette de Jean-Marie Le Pen, désormais privée de celui qu’elle appelait son « double », va devoir s’atteler à un lifting en profondeur du parti d’extrême droite. Changement de siège, car le site de Nanterre ne convient plus. Lancées depuis plusieurs semaines, les recherches se concentrent sur les portes de Paris. Changement de nom (« le FN appartient à une époque révolue »). Nouvel organigramme (qui veut encore d’un « comité central » ?). Nouvelle ligne, même si elle s’en défend… Celle qui a entamé à Toulouse le week-end dernier une tournée des fédérations ne veut rien laisser au hasard dans la perspective de 2020.

Marine Le Pen refuse de se laisser enfermer dans l’échec

Toujours optimiste, Marine Le Pen refuse de se laisser enfermer dans l’échec. Le calamiteux débat de l’entre-deux-tours doit et peut être surmonté, affirme-t-elle. Les électeurs frontistes, ceux-là mêmes qui lui ont donné des scores historiques lors des élections intermédiaires de 2015 et 2016 puis lors de l’élection présidentielle de 2017 (33,90 %, 10,6 millions d’électeurs au second tour) sont toujours là. « Pas question de les laisser s’envoler ».

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En initiant cette vaste opération de reconquête électorale, Marine Le Pen, soutenue par les cadres historiques du mouvement, espère faire la démonstration qu’elle est encore en mesure de conduire les destinées du parti. Sans Florian Philippot, dont elle espère ne plus avoir à parler. Et sans son père, dont elle est toujours sans nouvelles et dont elle redoute l’affaiblissement (opéré à nouveau du cœur cet été, Jean-Marie Le Pen aura 90 ans en 2018). Mais avec une nouvelle génération d’élus qu’elle réunira les 30 septembre et 1er octobre à Poitiers. Histoire de démontrer que le Front peut encore séduire, notamment les jeunes. Ce n’est pas un hasard si elle vient de promouvoir Sébastien Chenu (44 ans), Julien Sanchez (33 ans), David Rachline (29 ans) et Jordan Bardella (22 ans).

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Reste à prouver sa crédibilité politique. Lancée dans une critique virulente contre le projet de loi sur la sécurité intérieure en cours de discussion à l’Assemblée nationale, elle va tenter de faire oublier son silence quasi absolu sur la réforme par ordonnances du Code du travail. Âgée de 49 ans, elle s’estime suffisamment jeune et déterminée pour envisager la prochaine échéance présidentielle. Et refuse de se laisser impressionner par l’ambition affirmée ou supposée de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, actuellement en congé du parti mais dont le jeune âge (27 ans) autorise tous les retours. Une perspective qu’elle balaie devant ses proches d’un revers de la main. « Ma succession n’est pas à l’ordre du jour, a-t-elle prévenu récemment lors d’une réunion interne. Il va falloir encore compter avec moi ! »

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