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Quand le débat sur l’indépendance en Catalogne ravive les tensions communautaires en Belgique

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Flandre, Catalogne, même combat ? | © BELGA PHOTO DRIES LUYTEN

Politique

En Espagne, l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne attise les tensions entre la région autonome et le pouvoir central. Un face-à-face qui n’est pas sans rappeler les tensions communautaires qui agitent la Belgique. Et face au débat catalan, les réactions en Flandre et en Wallonie divergent grandement. 

Ce dimanche, 7.5 millions de Catalans sont appelés aux urnes pour se prononcer sur l’indépendance de leur région. Un vote aux allures de victoire, pour cette enclave autonome de l’Est de l’Espagne qui n’a eu de cesse de réclamer son autonomie ces dernières années. Mais aussi, à l’horizon, une des pires crises politiques que l’Espagne ait jamais connue en quarante ans de démocratie. Car selon le pouvoir central espagnol, le référendum de ce dimanche est illégal, et Madrid multiplie les pressions pour empêcher sa tenue. Quitte à bloquer l’accès aux bureaux de vote, 10 000 policiers ayant été envoyés en renfort dans la région en prévision de dimanche. De quoi pousser les indépendantistes à multiplier les manifestations, n’hésitant pas pour l’occasion à comparer le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy à la république franquiste.

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Et si l’ensemble de l’Europe suit avec appréhension l’escalade en Espagne, les tensions entre la Catalogne et le pouvoir central espagnol ont un goût amer pour la Belgique. Difficile d’oublier les tensions communautaires exacerbées de 2008, avec la revendication par une partie de la classe politique flamande de l’indépendance de la région. Et même si le séparatisme semble être en perte de vitesse aujourd’hui au Nord du pays, son ombre plane toujours sur la vie politique belge. La sécession de la Flandre a beau n’être plus officiellement d’actualité, les séparations entre les régions restent nettement marquées dès qu’il s’agit de prendre des décisions politiques. Ou simplement d’émettre un avis : le referendum catalan n’est en effet pas perçu de la même manière du tout du côté wallon ou flamand.

Une épée dans les reins

Du côté de la Flandre, on affiche clairement son soutien. C’est en effet d’un enthousiaste « Avui som tots Catalans ! » (« aujourd’hui, nous sommes tous Catalans ») que Jan Peumans, président du parlement flamand, a accueilli sa consoeur du parlement catalan Carme Forcadell i Lluis ce mercredi. « Le pouvoir central à Madrid ferait mieux de traiter de manière démocratique les aspirations légitimes de la Catalogne et d’écouter la voix du peuple, a ajouté Jan Peumans. Lorsque les résultats du referendum seront connus, tout le monde devra s’y plier, y compris l’Union européenne. Les forces conservatrices, et parmi elles un ancien président du Conseil européen issu de ce pays, ont proclamé dans le passé qu’un pays qui se sépare de la mère patrie quitte automatiquement l’Union européenne. Une telle menace peut uniquement être interprétée comme une épée dans les reins, soufflée par des hommes de pouvoir réactionnaires ». Et l’élu N-VA d’affirmer reconnaître ses idéaux dans le combat catalan. Un enthousiasme nettement rafraîchi au Sud du pays.

Renouer le dialogue

Au cabinet d’Elio di Rupo, on invite ainsi à l’apaisement. « La Belgique a une solide expérience des tensions communautaires. Nous avons toujours réussi à les réduire par le compromis et le dialogue. Le PS invite les Catalans et le gouvernement espagnol à faire rapidement retomber la pression et à retrouver la voie du dialogue ». Un dialogue que l’on souhaite aussi voir renoué au MR, le parti rappelant également le caractère anti-constitutionnel du référendum. « En ce qui concerne la Catalogne, nous nous alignons sur la position du ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders. La Constitution espagnole ne permet pas l’organisation unilatérale de référendums sur l’indépendance de régions. Le 7 septembre, le Parlement catalan a adopté unilatéralement la loi relative au référendum et, le lendemain, les règles juridiques transitoires. La Cour constitutionnelle d’Espagne a annulé les deux lois et l’a fait savoir au gouvernement catalan, au parlement et aux bourgmestres. Ces derniers ne sont dès lors pas autorisés à collaborer à l’organisation du référendum. L’Espagne concentre ses efforts sur des mesures visant à rendre le référendum matériellement impossible. Pour ce faire, le pays fait saisir du matériel et a procédé à l’arrestation de certains collaborateurs du gouvernement catalan. Nous désirons que ce problème interne soit résolu dans le respect des règles de l’État de droit et nous suivrons l’évolution de la situation avec attention ».

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Et en Belgique, une telle démarche de la part des séparatistes serait-elle possible ? La réponse est non : la Constitution prévoit la possibilité d’organiser des consultations populaires à l’échelon régional, certes, mais contrairement à un référendum, celles-ci n’ont pas de caractère contraignant. Il est également précisé que seules les questions relevant des compétences des régions peuvent faire l’objet d’une consultation populaire régionale. Si le spectre des tensions communautaires n’est jamais bien loin, un référendum sur l’indépendance flamande est par contre inaccessible.

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