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« L’illusion nationale » : roman-photo dans les bastions du FN

Valérie Igounet et Vincent Jarousseau ont voulu montrer les "invisibles" | © Pierre Hybre

Politique

Vincent Jarousseau, photographe-documentaliste, et Valérie Igounet, historienne spécialiste de l’extrême-droite, ont suivi pendant deux ans trois villes dirigées par le Front national. Une immersion à découvrir dans un roman-photo interpellant, « L’illusion nationale ». 

 

Ils s’appellent Nicolas, Steeve ou Virginie; ils sont maire, au chômage ou encore sosie d’Eddy Mitchell et ils habitent Hayange, Beaucaire ou Hénin-Beaumont. Déçus par les partis traditionnels, emportés par la « vague bleu Marine », ils sont ceux que la fille de Jean-Marie Le Pen qualifie « d’invisibles ».
Valérie Igounet et Vincent Jarousseau sont allés à leur rencontre pendant deux ans, dans ces villes où le FN est au pouvoir, et en ont tiré un roman-photo empathique mais sans pathos.

Un vide politique

Un format (d)étonnant, qui permet une immersion dans le quotidien de ces bastions du FN, en évitant de tomber dans le jugement.

Chaque propos est retranscrit à la virgule près, et les photos saisissent des scènes quotidiennes : des échanges entre une mère et sa fille, une élue et son chien, un maire et son conseiller… Avec un constat sans appel : si le FN a pu monter au pouvoir, c’est parce qu’il s’est engouffré dans un vide politique.

Stratégie de proximité

On découvre ainsi les griefs de Virginie, venue s’installer à Beaucaire par amour, et peinant à trouver du travail face à des travailleuses roumaines « beaucoup moins chères« . A Hayange, le lecteur rencontre Nicolas, longtemps anti-FN, mais qui a décidé de voter pour Marine « parce qu’ils font du bon boulot ici« .
Car c’est là la force du FN : à mille lieues d’élites totalement déconnectées de leurs électeurs, ils jouent la stratégie du terrain et de la disponibilité – pas besoin de patienter des semaines pour obtenir un rendez-vous avec un élu à la mairie.

« Une trahison »

Dans un entretien accordé à Grazia, Valérie Igounet confiait ainsi que « quand on voit un ancien électeur de gauche qui signe la charte des migrants, un vrai document frontiste, on se dit que le FN a réussi à faire passer ses idées par l’intermédiaire des bacs à fleurs. Ils disent ce que les habitants ont envie d’entendre, et de comprendre. À gauche, même Mélenchon a un discours inaudible pour la classe populaire. La leçon principale, c’est la délégitimation du politique. Le mot qui revenait tout le temps, c’est « trahison ».
De là à faire accéder Marine Le Pen à l’Élysée ? « Marine Le Pen est aimée, mais celle qui fait l’unanimité, c’est Marion Maréchal-Le Pen ».

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