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Aurore Bergé, députée française, macroniste et féministe : « #Balancetonporc : j’aurais pu multiplier les anecdotes ! »

Aurore Bergé

Palais de l'Elysée, 17 octobre dernier. Aurore Bergé est députée de la République en Marche de la 10e circonscription des Yvelines, porte-parole du groupe LREM à l'Assemblée nationale et membre de la commission des Affaires cultures et de l'éducation | © AFP PHOTO / LUDOVIC MARIN

Politique

Il y a quelques jours, Aurore Bergé livrait son témoignage dans le cadre du fameux hashtag #Balancetonporc sur la question du harcèlement sexuel qui prend des proportions proprement universelles.

C’est une figure montante de la nouvelle génération politique française : Députée et porte-parole de La République en marche à l’Assemblée, Aurore Bergé défend les couleurs féministes et s’attaque depuis l’adolescence aux idées frontistes.

Elle a accordé à Paris Match Belgique, en exclusivité, un long entretien. Dans un langage concis, plutôt formaté, elle y parle notamment sexisme et féminisme, thèmes brûlants s’il en est.
Avant de rejoindre Emmanuel Macron durant les présidentielles, elle a dirigé la campagne digitale d’Alain Juppé pour les primaires. Elle combat Marine Le Pen depuis qu’elle a 16 ans. Elle faisait partie, jeudi 19 octobre sur France 2, du panel d’intervenants au débat qui suivit la prestation de la présidente du Front national. Le lendemain, elle participait au café politique sur les femmes et le pouvoir, organisé à Bruxelles par Assita Kanko, femme politique et auteur, féministe convaincue et convaincante. En amont de ce happening bruxellois, Aurore Bergé a répondu à nos questions : elle parle de politique, de société, de sexisme, de harcèlement et de figures emblématiques du féminisme.

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Son background familial est artistique. Ses parents, comédiens, ont milité en mai 68. Son père, Alain Bergé (Alain Dorval) a doublé Sylvester Stallone dans la diffusion de ses films en France et sa mère, Dominique Dumont, est la voix française de Katherine Kelly Lang, un personnage de la série de Amour, Gloire et Beauté. Durant sa jeunesse versaillaise, Aurore Bergé s’engage à l’UMP et milite dès l’âge de 16 ans contre le Front National.

L’affaire Weinstein a fait couler beaucoup d’encre et provoqué des flux de messages publics de femmes qui ont raconté le harcèlement sexuel dont elles ont fait l’objet. Cela a commencé par le monde de l’entertainment. Jusqu’où ce phénomène d’outing ira-t-il selon vous ?

Aurore Bergé : C’est un système qui a duré très longtemps et connaît aujourd’hui un retentissement puissant. C’est tant mieux mais il faut noter qu’il y a eu un temps très long durant lequel personne n’a été en capacité de dénoncer les choses. Ceux qui savaient ont laissé faire et prospérer ce système. Maintenant, la parole se libère. Le Président a entamé une procédure pour retirer la Légion d’honneur à Harvey Weinstein, ce qui n’arrive pratiquement jamais. Cela dépasse largement le simple secteur cinématographique.

Vous avez vous-même témoigné dans le cadre de la campagne « #BalanceTonPorc ». Etes-vous totalement convaincue par l’intitulé et le mode opératoire de la récolte de témoignages ?

Cette affaire a déclenché une libération de la parole. On peut contester l’intitulé et la méthode, je comprends que ça puisse être perçu comme une maladresse. Mais à travers les milliers de témoignages qui ont afflué, on voit que les femmes de tous les âges et de tous les milieux souffrent ou ont souffert de ce harcèlement. Cela a le mérite de montrer l’enjeu culturel, montrer que chacun doit être partie prenante pour changer les relations entre les femmes et les hommes.

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Certains ont évoqué une chasse aux sorcières, une délation généralisée et facilitée bien sûr par le web où la parole de haine se libère fréquemment.

Non car les femmes n’ont pas donné de noms. Ce qui est gênant dans ce type d’affaires, c’est que lorsque les femmes se plaignent d’avoir été harcelées, touchées contre leur gré ou violées, cela se retourne contre elles. Il faut arrêter d’interroger le pourquoi maintenant, pourquoi les réseaux sociaux etc. Il faut plutôt se demander pourquoi ces femmes n’ont pas été entendues plus tôt et comment on change la législation et les comportements. Le non de la femme est souverain et absolu. Il doit être respecté.

Votre témoignage sous ce fameux hashtag évoque le comportement d’un de vos patrons 

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de ma vie professionnelle, j’aurais pu multiplier les anecdotes. Je fais allusion à d’anciens patrons qui changeaient donc les billets d’avion pour se retrouver près de moi, mieux me toucher, me frôler. Ce n’est jamais allé trop loin mais c’était insidieux, répétitif, voire permanent. Et cela à un âge de la vie où on est un peu désarmé alors que les hommes agissent en toute impunité. Tous les milieux professionnels et personnels sont concernés. Il faut arrêter de mettre un voile pudique sur ces faits.

Emmanuel Macron a, dans son grand entretien télévisé dimanche 15 octobre, évoqué les mesures fermes qui seraient prises à l’encontre du harcèlement sexuel. Il a notamment insisté sur les transports publics. Le métro parisien est souvent pointé du doigt. Est-ce pire qu’ailleurs selon vous ?

C’est difficile de comparer. Une campagne utile avait été menée par l’ancien gouvernement sur le harcèlement dans les transports. Le harcèlement de rue, on n’en est pas conscient quand on n’est pas concerné, il est important de le matérialiser. Sans tomber dans la caricature qui voudrait que chaque homme soit potentiellement un danger. Mais on a toléré trop longtemps des comportements de harcèlement.

Avant l’affaire Weinstein, aviez-vous suivi de près les affaires de mœurs médiatiques comme les affaires Polanski, Woody Allen ou David Hamilton ?

J’ai suivi la plus récente, l’affaire David Hamilton. Flavie Flament a fait preuve d’un grand courage et, comme souvent dans ce type de cas, cela se retourne contre elle. On l’a soupçonnée de vouloir stimuler sa carrière. Alors qu’elle a parlé tard simplement parce que la parole est lourde à libérer. Les femmes ne parlent pas car elles voient à quel point c’est difficile. Avec la campagne « Balance ton porc », on a vu des hommes réagir. Quand on vit un vrai traumatisme, des agressions répétées, il faut surmonter ce traumatisme pour parler. Et ensuite on vous ajoute à ce traumatisme celui du questionnement de la parole, de la véracité, de la légitimité, de l’authenticité. Tout cela décourage les femmes.

Aurore Bergé : « Je suis très mal à l’aise par rapport à ces questions de sugardating »

Avez-vous eu vent de la polémique liée à une publicité pour le sugardating sur un campus universitaire à Bruxelles ?

C’est une très bonne décision d’avoir fait retirer cette pub. Elle était dégradante pour les femmes comme pour les hommes. Car ça donne l’image aussi d’un homme qui doit passer par des manœuvres financières pour obtenir de l’amour.

Quelle est votre position par rapport à l’existence de ces sites, et sur les agences d’escorting en général ?

Cela revient à vendre son corps. Je suis très mal à l’aise par rapport à ces questions de sugardating. Où s’arrête la liberté des femmes et où commence l’atteinte à la dignité ? Les femmes recourent à ces méthodes souvent car elles sont dans des situations extrêmement contraignantes, elles en dépendent pour financer des études. Il n’est pas garanti qu’elles le fassent de manière libre, en prenant leurs responsabilités.

Quid de la prostitution classique ?

Ça contrevient à la dignité humaine. Celles qui se prostituent librement, sans contraintes, par choix de vie sont, je pense, extraordinairement minoritaires.

Vous n’êtes pas favorable à une légalisation ?

C’est le rôle d’un État de prendre ce type de décision. La législation française aujourd’hui pénalise les clients. Ils sont verbalisés. Il faut par ailleurs continuer à travailler auprès des femmes prostituées pour qu’elles ne prennent pas trop de risques. Il faut que les lois soient applicables et ne fassent pas de tort aux femmes. Il faut une législation qui sanctionne et un accompagnement médical, social pour ne pas que les prostituées doivent se cacher et prendre de plus grands risques en termes de sécurité et de santé. J’aimerais vivre dans un pays où aucun femme ne doit vendre ses services sexuels.

Vous avez soutenu dans le passé Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé. Vous avez quitté François Fillon pour sa politique conservatrice, notamment en termes de lois éthiques. Qui, entre Sarkozy et Juppé, est le plus progressiste d’une part, le plus respectueux du statut de la femme d’autre part ?

Alain Juppé clairement. J’ai passé deux ans à ses côtés, j’ai fait toute sa campagne. Il n’y a pas eu une réunion dans laquelle il n’était pas question des droits des femmes. C’est un homme qui  est totalement indifférent au genre. Qu vous soyez une femme ou un homme, il ne fait jamais de différenciation. C’est très rare.

La République en Marche est un mouvement qui, grâce au couple d’apparence égalitaire que forment Emmanuel et Brigitte Macron, dégage une image favorable à l’image de la femme. Brigitte Macron a joué un rôle dans cette image. Quel impact concret a-t-elle et que dire du statut de Première dame, y êtes-vous favorable ?

Il y a une volonté de rendre transparent son agenda, cela n’a jamais été fait par le passé. Elle se rend utile en occupant le rôle que souhaitent lui accorder les Français. Jamais une Première dame n’a reçu autant de courrier dans la 5e république. Cela montre que les Français ont une curiosité bienveillante à son égard et veulent la mobiliser sur les droits des femmes. Elle est aussi très mobilisée sur les questions de pauvreté et de handicap.

Vous luttez depuis longtemps contre le Front national. Vous avez dit, lors du récent débat suivant son intervention sur France 2, que Marine Le Pen n’était pas un porte-voix légitime des femmes. Avez-vous du respect néanmoins pour la femme qu’elle est ?

Je n’ai pas à juger la femme mais les idées, que je ne respecte pas. Je fais de la politique, donc clairement, je la combats car elle incarne les idées d’extrême droite.

La nomination de la Française Audrey Azoulay à la tête de l’Unesco peut-elle influer sur la condition de la femme, directement ou indirectement ?

Tout le monde disait que c’était impossible… Cela montre que la voix de la France est respectée à l’international, et sur des sujets essentiels. Dans ce domaine, les droits des femmes doivent être prioritaires.

Christine Lagarde, qui dirige le Fonds monétaire international est à première vue moins appelée à gérer des questions de société. Joue-t-elle un rôle aussi pour la cause des femmes ?

(…) La suite de l’entretien est à lire dans l’édition papier de Paris Match Belgique de ce jeudi 26/10/17

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