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Ecolo, entre « mains propres » et mains dans le sac

Mais le temps, c'est de l'argent... | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Politique

Quand le scandale Publifin a éclaté, les Verts on vu rouge, prompts à assurer que ce n’est pas chez eux que ce type de comportements se produirait. Avant que Bénédicte Heindrichs, chef de file à Liège, ne soit accusée d’avoir elle aussi touché de l’argent sans présence aux réunions. 

Et pourtant, en avril dernier, elle l’affirmait : « chez Ecolo, nous avons les mains propres ». Des mains qui lui ont permis d’empocher 23 000 euros pour 7 réunions sur 19 seulement à la Cile, la Compagnie Intercommunale Liégeoise des Eaux. De quoi rouvrir les vannes dans une Cité ardente qui se remet à peine du brasier Publifin. Mais aussi remettre en question la position d’Ecolo en tant que chevalier blanc de l’échiquier politique.

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Car ces derniers mois, si les affaires se sont succédées au PS, les commentaires venus du camp des Verts n’étaient pas en reste. Le conseiller provincial Ecolo Marc Hody, membre du CA de Publifin, n’affirmait-il pas ainsi en janvier dernier à nos confrères de La Libre être « hanté par l’idée d’être passé à côté de quelque chose » ? Et les co-présidents du parti ne soulignaient ils pas encore en juin que les scandales « illustrent de façon dramatique la nécessité d’un assainissement en profondeur des pratiques politiques et d’une refondation de la démocratie » ?

Baisse de régime

Bénédicte Heindrichs elle-même l’affirmait à La Meuse, « nous avons les mains propres et nous sommes reconnus pour le boulot que nous menons. Cela nous donne des ailes pour travailler encore plus ». Travailler encore plus, quitte à négliger certains engagements ? Prise la main dans le sac après la révélation des rémunérations qu’elle a perçues à la Cile, l’élue Ecolo avance l’argument d’une vie professionnelle prenante. Ainsi qu’elle l’a confié à Gaspard Grosjean, sa nomination à la tête de l’Institut Scientifique de Service Public en mai 2015 a entraîné chez elle « une baisse de régime en 2016 liée à ma nouvelle profession, ce qui n’excuse rien ».

Bénédicte Heindrichs au coeur de la tourmente – BELGA PHOTO AMEL BUZIARSIST

Sommes indûment perçues

Plutôt que des excuses, Bénédicte Heindrichs choisit de suivre la voix tracée par les politiques tombés en disgrâce avant elle, et de s’engager à rembourser.

Ce qui est certain pour ma part, c’est que je rembourserai l’ensemble des sommes indûment perçues durant ce laps de temps où je ne peux pas justifier mes absences.

Des absences qui correspondent à près des deux tiers des réunions ayant été organisées, et dont les révélations arrivent à un moment inopportun, alors même que le baromètre politique de La Libre annonçait il y a une semaine à peine une vague verte sur la Wallonie, le climat politique affairiste de ces derniers mois ayant poussé les électeurs à se tourner vers Ecolo et sa politique d’éthique dure.

Légitimité contestée

Une éthique pourtant malmenée, bien que les affaires aient été quelque peu étouffée par le bruit assourdissant des « scandales PS ». En octobre dernier, déjà, la Cile avait fait des vagues en envoyant à ses frais quatre représentants en Australie pour une dizaine de jours. Parmi eux, Bénédicte Heindrichs, venue au rang d’observatrice. Une présence dont la légitimité avait été justifiée, mais dont l’intéressée s’était défendue :

Il faut que la Cile noue des contacts internationaux afin de faire valoir son expertise. Il est normal que les dirigeants soient présents. Par ailleurs, l’invitation de W Smart m’intéressait particulièrement car elle concernait la gestion des risques, sujet de mon mémoire de fin d’études consacré à la Cile. J’avais tout à fait ma place dans cette mission en Australie. J’ai par ailleurs rédigé deux rapports suite à ce déplacement.

Avant d’être aujourd’hui elle-même mise au rapport.

L’illusion de la pureté totale

Pour le politologue Jean-Benoît Pilet, président du Département de Science Politique de l’ULB, « cette affaire confirme que contrairement à ce que certains pourraient laisser penser, un parti n’est pas capable de contrôler les agissements de l’entièreté de ses mandataires. Ce qu’il peut faire, c’est instaurer une série de principes à respecter et réagir durement quand ils ne le sont pas, mais c’est impossible de mettre un surveillant derrière chaque mandataire. La pureté totale est une illusion ». Mais gare toutefois à ne pas tomber dans l’illusion inverse du « tous pourris ».

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais » au sein des Verts ? – Facebook Ecolo Liège

Ainsi que le souligne Jean-Benoît Pilet, « il est important de pouvoir différencier des comportements très différents. Ici, on parle de quelqu’un qui a touché une rémunération sans être présente à toutes les réunions, ce qui n’a rien à voir avec Publifin, où on était carrément dans la création d’un système pour rémunérer certaines personnes ». Une différenciation nécessaire, mais loin d’être certaine, car l’humain n’aime en effet rien tant que de salir ses chevaliers blancs. Surtout quand ces derniers ont fait étalage de leur vertu.

Salir le chevalier blanc

« Les gens vont être ravis de pouvoir se ruer sur le cas particulier d’une élue Ecolo, estime Jean-Beîtno Pilet. D’une part, parce qu’il y a un climat général induit par certains comportements très dérivants de certaines personnes. Mais aussi parce que la posture d’Ecolo sur les questions éthiques a pu énerver, et les gens seront ravis de se jeter sur le chevalier blanc ». Et au-delà du cirque médiatique, la dichotomie entre image vertueuse et pratiques discutables risque d’être dommageable, ainsi que l’explique le politologue Pascal Delwit.

Pour Ecolo, c’est une mauvaise nouvelle. Dans le contexte qu’on connait depuis plusieurs mois, le parti avait pu « bénéficier » des pratiques, en y opposant son éthique stricte. En politique belge, il s’agit probablement du parti le moins affecté par les affaires dans son histoire, or ici, on parle de la chef de groupe de la deuxième ville de Région wallonne, ce n’est pas rien. Ecolo s’est positionné comme l’acteur clé de la bonne gouvernance et de la transparence, et ces révélations vont le déforcer dans le débat.

Un pronostic d’autant plus préoccupant pour le parti que les élections communales approchent, et qu’en région liégeoise, Ecolo avait une carte à jouer.

Sentiment d’impunité

Du côté du parti, on reconnaît volontiers que « même si des règles très strictes ont été mises en place, nous ne sommes jamais à l’abri de ce genre de situation ». La faute au système ? Ainsi que le souligne Pascal Delwit, « cette affaire renvoie au fonctionnement des intercommunales. Il est illogique que les administrateurs touchent une somme forfaitaire indépendamment de leur présence. Ce qui pose également question, c’est pourquoi des changements n’ont pas été mis en place dans la foulée de Publifin ». Et le professeur de l’ULB d’ajouter que

Cela donne le sentiment qu’un certain nombre d’hommes et de femmes politiques estiment passer entre les gouttes, et ça, c’est vraiment dommage.

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Pour Bénédicte Heindrichs, fini d’éviter les gouttes. A la lumière des révélations sur ses jetons de présence, elle a non seulement annoncé un remboursement des sommes perçues mais aussi sa démission du Conseil d’administration de la Cile. Une réaction dont on se réjouit chez Ecolo :

Bénédicte a reconnu volontiers qu’elle n’a pas été à toutes les réunions en 2016, ce qui n’a pas été le cas toutes les autres années. Elle a été fort prise par son nouveau boulot qui lui a pris tout son temps, et elle a été beaucoup moins assidue. C’est compréhensible, mais ce qui pose problème pour nous, c’est que l’argent ait été perçu et qu’il a fallu attendre que la presse le révèle pour qu’elle rende l’argent. Et ça, c’est inadmissible.

Et le porte-parole du parti d’ajouter que « on ne peut pas transiger avec l’éthique, surtout chez Ecolo ».

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