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L’Algérie célèbre l’anniversaire de sa Révolution, entre fierté et défis

63 après sa Révolution, les combats ne sont pas finis en Algérie | © Belga / EPA/MOHAMED MESSARA

Politique

Ce mercredi, l’Algérie célèbre les 63 ans de la Révolution qui l’a vue s’émanciper de l’occupant français. L’occasion pour Abdelaziz Bouteflika d’adresser un discours galvanisant à la Nation, mais aussi de faire le bilan de l’évolution d’un pays où certains combats restent à mener. 

C’est la mine grave qu’Abdelaziz Bouteflika s’est adressé aux citoyens algériens ce mardi, à la veille du 63e anniversaire de la révolution algérienne. Une révolution qui s’est faite dans le sang, ainsi que la rappelé le président algérien qui a mentionné « le million et demi de martyrs, les centaines de milliers de veuves et d’orphelins, et les milliers de citoyens déracinés ».

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Un lourd tribut, qui a permis selon lui à l’Algérie « d’accélérer l’accession de peuples nord-africains à  l’indépendance, à l’image des frères tunisiens et marocains, dont nous  n’oublierons pas la solidarité active avec notre peuple en lutte. Ailleurs, en Afrique, la Révolution algérienne a servi d’exemple aux  revendications anticolonialistes, accélérant l’accession à l’indépendance  de nombreux peuples du continent, dont certains ont activement soutenu  notre cause nationale ». L’Algérie, un exemple au sein de l’Afrique du Nord ? 63 ans après la révolution, le bilan est mitigé.

La place des femmes

Du point de vue juridique, la Constitution algérienne est parmi les plus progressistes de la région en ce qui concerne les droits des femmes. La loi de janvier 2012 prévoit notamment l’instauration d’un quota prédéfini pour les femmes sur les listes électorales, tandis que la loi du 30 décembre 2015 criminalise la violence conjugale, le harcèlement de rue, le vol entre époux et la dépossession des biens de la femme par l’époux. Malheureusement, si les textes juridiques vont de l’avant, ces changements ne s’accompagnent pas d’une évolution au niveau des mentalités et des attitudes envers ces droits.

Mentalités rétrogrades

Selon une étude réalisée par l’Arab Barometer, le point de vue des Algérien(ne)s sur les questions sociales et religieuses évoluerait en effet plutôt vers un conservatisme plus marqué. L’étude révèle en effet que pour la majorité des répondants, l’enseignement universitaire est plus important pour les garçons que pour les filles, tandis que les femmes mariées ne devraient pas travailler à l’extérieur de la maison. Une étude réalisée en 2015 par Afrobaromètre révélait quant à elle que 41 % des Algérien(ne)s sont tout à fait d’accord avec l’idée selon laquelle les hommes feraient de meilleurs décideurs politiques que les femmes, et devraient donc être élus à leur place.

Les Algériennes, entre progrès et recul – Belga / EPA/MOHAMED MESSARA

Transition énergétique

Outre la transition compliquée vers une égalité des sexes, l’Algérie de 2017 doit également faire face aux périls de la transition énergétique. Le pays est en effet marqué par une dépendance importante aux hydrocarbures, avec 98% des recettes d’exportations provenant du pétrole et du gaz conventionnel. Et ce, alors même que les stocks d’énergies fossiles ne cessent de s’amenuiser et que la population algérienne continue de croître, passant de 33 millions d’habitants en 2005 à plus de 40 millions d’habitants à l’heure actuelle. Pour assurer leurs besoins et sortir enfin de l’économie rentière, le pays va donc devoir effectuer un revirement énergétique dans un futur proche.

Menace terroriste

Et outre le spectre de l’épuisement des énergies fossiles, le pays doit également faire face à la menace terroriste. En juillet dernier, la police algérienne a démantelé une cellule terroriste du groupe EI dirigée par un ancien chef d’al Qaïda, qui s’entraînait pour préparer des attentats à Alger. Ce qui n’a pas empêché l’État islamique de revendiquer l’attentat du 31 août qui a tué deux policiers du quartier général de Tiaret, à 270 kilomètres d’Alger. Ainsi que l’a confié l’ex-officier du Renseignement algérien Mohamed Khelfaoui au Point Algérie,

On ne peut pas dire qu’il y a « regain » de violence, si tant est que la violence eût un jour disparu. Le bulletin d’information quotidien que communique l’Armée nationale populaire (ANP) confirme une activité terroriste à travers l’ensemble du territoire national, certes de faible intensité, mais non encore éteinte.

Et d’ajouter que « le pouvoir n’a pas fait assez d’efforts en matière de déradicalisation. On n’a pas eu le courage de travailler correctement, de dénoncer le mal et la racine du mal en vue d’un plan d’action audacieux pour une approche éclairée qui sortirait le peuple de cette « mal-vie » et lui assurerait une stabilité et une intégrité pérennes ».

La menace terroriste pèse sur le pays (ici en 2007) -EPA/MOHAMED MESSARA

Une « République solide »

Des défis auxquels le président algérien n’a pas fait entièrement allusion dans son allocution, qui mettait tout d’abord en avant le chemin accompli.

Notre peuple peut être fier du bilan de son demi-siècle d’indépendance. Certes, nous avons vécu une tragédie nationale terrible et sanglante. Hormis cette page douloureuse, notre parcours a été bien jalonné de réalisations économiques, sociales, politiques et diplomatiques  remarquables.

Ainsi qu’Abdelaziz Bouteflika le souligne, « au plan politique et institutionnel, la République est bien  solide avec ses institutions constitutionnelles élues et réélues toutes les  cinq années, dans le cadre de règles transparentes, qui sont l’objet d’une  modernisation continue. L’Islam, élément essentiel de notre identité nationale, est la religion de  l’Etat, qui veille aussi, dans le cadre de la Loi, à prévenir toute  résurgence de l’extrémisme ou de toute velléité politicienne de monopoliser notre Foi ».

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La transition énergétique ? « Les prix des hydrocarbures ont sévèrement reculé ces dernières  années, ce qui nous condamne à poursuivre notre développement avec des  revenus publics sérieusement amoindris, et ce alors que notre démographie  enregistre une forte croissance ». Et si Bouteflika n’a pas abordé la question du terrorisme ou de l’égalité des sexes, il en a toutefois appelé à continuer le combat : « en ce jour commémoratif de notre épopée  héroïque qui nous a fait sortir de la nuit coloniale, c’est toute la Nation que j’invite à redoubler d’efforts dans la mère des batailles, la bataille  du développement ».

Abdelaziz Bouteflika – Belga / EPA/MOHAMED MESSARA

Un discours galvanisant, qui ne prend pas en compte la position contestée d’Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays. Il s’agit pourtant là d’un des défis majeurs auxquels fait face l’Algérie, alors même que le débat sur les capacités du président algérien à exercer ses fonctions fait rage dans le pays. Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika détient le record de longévité à la tête du pays, mais dont les problèmes de santé suite à son AVC de 2013 remettent en cause sa capacité à diriger. Un débat houleux, qui ne fait que préfigurer la succession compliquée de celui dont deux anciens ministres algériens ainsi qu’un général à la retraite ont réclamé le départ le 9 octobre dernier. Et les trois hommes d’appeler à un « front commun contre ceux qui ont confisqué le pouvoir depuis près de 20 ans ». 63 ans après sa Révolution, l’Algérie n’en a pas fini avec les combats.

 

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