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Valérie Plante, la revanche d’une mairesse

À 43 ans, Valérie Plante entre dans la légende de Montréal. | © Graham Hughes/CP/ABACAPRESS.COM

Politique

Valérie Plante vient de devenir la première mairesse de Montréal : la victoire d’un progressisme qu’on qualifiait volontiers de radicalisme il y a quelques années.

Elle était bien « l’homme de la situation ». À la différence que la toute nouvelle mairesse de Montréal, la première de l’histoire de la ville québécoise, est une femme. Valérie Plante a 43 ans et a remporté ce dimanche les élections municipales, contre toute attente – mais avec 51% des suffrages. C’est que cet été encore, les deux tiers des Montréalais ignoraient tout de cette femme engagée depuis 2013 seulement dans la politique – et jusqu’à son nom.

Une ascension fulgurante

Commençons donc par celui-ci : Plante, comme son père, « un entrepreneur de l’Abitibi avec qui j’ai sillonné les routes du Québec et qui a fondé son entreprise à partir de rien », explique-t-elle lorsqu’il s’agit de présenter son parti, Projet Montreal. Avant de se lancer dans la politique, l’épouse de Pierre-Antoine Harvey – un économiste de gauche – a étudié pour se mettre en poche un baccalauréat en anthropologie, un master en muséologie et un certificat en intervention multiethnique.

©Graham Hughes/CP/ABACAPRESS.COM – Valérie Plante, ses enfants et son mari, Pierre-Antoine Harvey.

Le « Projet » date quant à lui de 2004, né sous l’impulsion du politique Richard Bergeron. « La première fois que j’ai entendu parler de Richard Bergeron… Hum, voulait-il piétonniser l’avenue du Mont-Royal ? Ou y interdire les voitures ? J’oublie… (…) Il avait des idées jugées radicales (…) Il parlait d’une ville moins portée sur l’auto (…) Il rêvait de rues piétonnes et de tramways », se souvient le chroniqueur québécois Patrick Lagacé dans La Presse. « Toujours est-il que c’est lui qui a fondé Projet Montréal et qui a brigué plusieurs fois la mairie de Montréal pour ce parti, sans succès. On le dépeignait comme un extrémiste avec ses idées modernes. Imaginez : une ville pensée pour les gens qui l’habitent… Méchant malade ! » Mais lassé de l’échec, Richard Bergeron a fini par rallier l’équipée sauvage de Denis Coderre, qui sera élu maire de Montréal… la même année où Valérie Plante entre à Projet Montréal et se suprend à rêver tout haut d’un avenir politique ambitieux.

375 après Jeanne Mance [la co-fondatrice française de la ville], Montréal a sa première mairesse. – Valérie Plante

L’élue promet « plus de mobilité, plus de logements abordables et de meilleurs services publics » durant une campagne de six semaines rondement menée, faisant d’une nouvelle ligne de métro son cheval de bataille : « Nous ne pouvons plus construire de routes, mais nous pouvons construire plus de stations de métro », soulignait-elle encore, accoudée au pupitre de la victoire, celui qui a fait d’elle la seule femme à diriger une grande métropole en Amérique du Nord. Valérie Plante est arrivée là où personnes ne l’attendait – certainement pas le maire sortant, Denis Coderre.

Un concurrent battu d’avance

« Depuis que j’ai l’âge de suivre la politique, je ne me souviens pas d’un revirement de situation aussi spectaculaire, au Québec », s’étonne le journaliste québécois Patrick Lagacé. C’est que peu d’observateurs politiques auraient parié sur Valérie Plante, il y a quelques semaines encore. Et ce même si Denis Coderre semblait en difficulté : après s’être arrogé tous les crédits du boom économique de la ville, celui qui avait pourtant annoncé lutter activement contre la corruption avait été visé par les critiques, à la suite d’un championnat de F1 organisé à toute berzingue à Montréal.

Trop cher et pas assez transparent, le projet avait attisé la grogne des habitants. Un sondage a ainsi révélé que les Montréalais trouvaient l’homme arrogant, alors que dans les dernières coudées pour la mairie, Coderre avait déclaré : « Si ce n’est pas cassé, pourquoi faudrait-il réparer ? » À l’issue de la course aux élections municipales, l’un des membres de son équipe avait finalement été forcé de concéder : « Ils ont mené une meilleure campagne que nous ». Denis Coderre est ainsi le premier maire montréalais depuis 1960 à quitter son siège après un seul mandat.

« Mais Valérie Plante ne doit pas son élection uniquement à un mouvement anti-Coderre », assure Patrick Lagacé dans sa chronique. « Il y a le style, d’abord. Ses sourires et ses rires étaient plus grands grâce au contraste flagrant entre elle et son adversaire : depuis un an, Denis Coderre bougonnait et pestait la plupart du temps », lâche-t-il, faisant référence à l’image détendue qu’avait affiché la candidate tout au long de la campagne. « Il y a le fond, ensuite. Projet Montréal est dans le paysage depuis 2004, ses idées sont connues, son approche générale est encore celle de Richard Bergeron : penser la ville en fonction de ceux qui l’habitent, à hauteur de souliers et de bottes, de vélos et de poussettes. C’était une idée radicale il y a dix, douze ans. Radicale dans le sens que bien peu de gens parlaient de ça. Que ‘ça’ avait bien peu de relais en politique… Puis, petit à petit, Projet Montréal a gagné des quartiers. Et les gens ont aimé ce que ces ‘extrémistes’ avaient à proposer », conclut-il, lui-même habitant de la ville.

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