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Les politiques belges sont sexistes, mais ils se soignent

Gilles Mouyard

Gilles Mouyard a été épinglé pour son SMS envoyé à Emily Hoyos | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

Ces dernières semaines, la Toile a pris des allures de boucherie au gré des #porcs accusés de sexisme qui y étaient balancés. Une vindicte populaire dont ont fait l’objet diverses personnalités publiques en Belgique, qui partagent les leçons de leurs dérapages sexistes, entre refus et regret.

Et le député MR au Parlement wallon Gilles Mouyard se classe quant à lui fermement dans la deuxième catégorie. Son SMS inélégant à Emily Hoyos a beau avoir été envoyé il y a près de huit ans, il ne se passe toujours pas deux mois sans qu’on lui en reparle. C’est qu’en envoyant « C’est vrai que tu as un beau c… » à une députée en pleine séance au Parlement, Gilles Mouyard a été au coeur d’une véritable polémique. Retour en arrière : février 2010, recommencement d’une séance dans l’Hémicycle, où Jean-Charles Luperto rappelle Emily Hoyos à l’ordre, l’invitant à reprendre sa place et soulignant (elle était de dos) qu’il n’a pas l’habitude de la voir sous ce profil. Il n’en faut pas plus pour décider Gilles Mouyard, indécrottable blagueur de son propre aveu, à envoyer un SMS sans équivoque à sa consoeur.

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Je suis quelqu’un qui ne se prend absolument pas au sérieux, et en plus, j’adore faire des blagues potaches. Comme je connais Emily depuis fort longtemps, j’ai cru pouvoir me permettre cette blague lourdasse pour la faire rire en jouant au gros beauf’.

Et bien que Gilles Mouyard assure n’avoir aucune intention de draguer l’élue Ecolo, il n’empêche que cette dernière a extrêmement mal reçu son message et le lui a immédiatement fait savoir. « On en a discuté après la séance, elle était en colère, et moi aussi parce que je ne comprenais pas d’où ça sortait. Je lui ai tout de même présenté mes excuses, et l’histoire se serait arrêtée là si un concurrent politique n’avait pas choisi de diffuser mon SMS à Pan » souligne Gilles Mouyard. Qui, en accord avec Emily Hoyos, choisit de ne pas communiquer sur l’affaire. Une décision qu’il regrette aujourd’hui.

Mauvaise blague

« On était en plein désert médiatique, alors l’affaire a fait la Une pendant deux semaines. Heureusement, les femmes de ma vie, dont mon épouse, me connaissent très bien, donc elles m’ont soutenu. Il n’empêche que j’ai très mal vécu cet emballement. J’aurais dû mettre directement les points sur les « i » et expliquer qu’il ne s’agissait de rien de plus que d’une mauvaise blague ». Une blague que Gilles Mouyard ne ferait plus aujourd’hui.

Je suis beaucoup plus prudent dans mes propos désormais. Il m’a fallu cet incident pour comprendre que ma position ne me permettait plus de faire ce genre de choses. Je serai toujours quelqu’un qui veut faire rire les autres, mais ce type de blagues, c’est fini.

Gilles Mouyard jure qu’on ne l’y reprendra plus -BELGA PHOTO AURORE BELOT

Même chose pour Jean-Jacques Flahaux, qui fait désormais preuve d’une prudence accrue dans ses rapports avec ses collègues du sexe opposé. En 2014, lors du discours inaugural de la députée PS Nawal Ben Hamou, le député MR réagit à son intervention en soulignant que « elle parle bien. Elle est intelligente. Et moi, je peux me le permettre, elle est jolie ». Inacceptable, pour Nawal Ben Hamou.

Je suis le relais des citoyens au sein du Parlement et non une Barbie !

Un raccourci dont Jean-Jacques Flahaux se défend. « Si j’ai dit que moi, je pouvais me le permettre, c’est parce que je suis gay. Et m’accuser d’être sexiste, c’est comme si on m’accusait d’être homophobe, ça n’a aucun sens ». En effet, l’élu MR affirme être « quelqu’un d’extrêmement féministe ». Et si Jean-Jacques Flahaux affirme depuis avoir reçu des excuses de Nawal Ben Hamou, « qui avait été piégée par le journaliste », il se déclare tout de même avoir été « profondément blessé par ces accusations ». Des accusations qui l’ont poussé à changer sa manière de se comporter, à son grand regret.

On a raison de lutter contre le machisme, c’est très important. Mais il ne faut quand même pas en arriver à une société aseptisée où on ne peut même plus faire de compliments.

Des compliments, peut-être. Mais en politique, ils semblent toutefois plus rares que les attaques sexistes.

Jean-Jacques Flahaux regrette de ne plus pouvoir faire de compliments -BELGA PHOTO ERIC LALMAND

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Cécile Barbeaux en sait quelque chose. Arrivée en retard lors d’une séance du conseil communal de Gesves en 2015, l’élue Ecolo s’est vue répliquer par le bourgmestre, José Paulet, que « quand on a des enfants, on ne fait pas de politique ». Une remarque qualifié par Isabelle Simonis, ministre des Droits des femmes et de l’Egalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, de « propos sexistes ». Une étiquette dont José Paulet se défend. Invité à s’exprimer dans le cadre de cet article, il a choisi de répondre par un SMS sans équivoque. Son fer de lance ?

Ma remarque ne relevait absolument pas du sexisme mais d’un manque d’honnêteté.

Un manque qui se situe selon lui dans le chef de Cécile Barbeaux. Ainsi que José Paulet le raconte, « La Réunion du Conseil communal était bien entamée lorsqu’une conseillère Ecolo est arrivée en retard. D’abord, à la limite, il eut fallu que je recommence la séance du Conseil uniquement pour elle. Ensuite, elle n’a rien trouvé d’autre que d’expliquer son retard en prenant en quelque sorte ses enfants en otage ». Une « prise d’otage » qui est le lot de nombre de mamans qui travaillent, et qui est pourtant selon José Paulet un « manque d’honnêteté ».

Mon intervention ne visait que le comportement de cette conseillère dès lors où elle présentait une explication inacceptable et surtout sans respect pour ses enfants.

À manque de respect perçu, manque de respect avéré ? Les hommes ne seraient-ils décidément pas des femmes comme les autres, pêchant non par sexisme mais par manque total de compréhension de leur condition ? Quand ils ne réfutent tout simplement pas la faute, préférant la mettre sur le dos de cette « sensibilité féminine » qui a si bon dos, justement.

Du sexisme au puritanisme

Ainsi, au printemps dernier, alors que la Faculté de Médecine de l’ULB s’attirait les foudres de ses étudiant(e)s et des internautes après avoir envoyé un mail enjoignant les futures diplômées à revêtir jupe et joli décolleté pour la cérémonie de proclamation, Nicolas de Pape réagissait dans un billet d’humeur publié par le Journal du Médecin. Extrait choisi :

Nous vivons une triste époque où il n’est plus possible de dire à une collègue qu’elle porte une jolie robe ; où il est interdit de se réjouir du retour du printemps pour voir les compas longilignes s’ébrouer sur les trottoirs.

Un billet qui avait suscité la mauvaise humeur de bon nombre de commentateurs, mais aussi de certains autres journalistes, les médias s’étant rapidement emparés de l’affaire. Une réaction qui a surpris Nicolas de Pape : « je ne m’attendais pas du tout à cela, les réactions ont été très violentes ». Une tempête médiatique que ce journaliste bruxellois inscrit dans une période de turbulences plus large.

Depuis deux ou trois ans, on exagère tout, on va de buzz en buzz, de scandale en scandale, et nous ne vivons plus dans une démocratie mais dans une « émocratie » entièrement régie par l’émotion. On en vient à donner l’impression que tous les hommes sont des porcs et que toutes les femmes ont été abusées.

Une dichotomie dangereuse, selon lui : « aujourd’hui, les hommes vivent dans la peur, parce qu’ils ne savent plus comment ils peuvent se comporter par rapport aux femmes. Les prédations sexuelles sont horribles, et il faut les combattre, mais via la justice, pas via les réseaux sociaux. Tout ce qu’on risque, sinon, c’est de revenir à une société puritaine où les deux sexes ont peur l’un de l’autre ». Reste qu’en Belgique, en 2017, il semblerait qu’un des deux sexes, celui que la culture populaire désigne comme le « sexe faible », a plus de raisons d’avoir peur que l’autre.

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Une libération de la parole qui ne plait pas à tous – Belga / AFP PHOTO / Franck PENNANT

En effet, selon les chiffres recueillis par l’Université de Cornell et relayés par La Libre Belgique, la moitié des femmes belges ont déjà « subi des caresses ou des attouchements de la part d’inconnus dans l’espace public ». En 2015, en 6 mois, ce ne sont pas moins de 2 669 plaintes pour « comportements à connotation sexuelle » qui ont été enregistrées. La partie immergée de l’iceberg, la plupart des victimes décidant de ne pas porter plainte. Car, ainsi que le souligne Ariane Estenne, secrétaire générale adjointe de Vie Féminine, « le sexisme reste très banalisé dans la société ». Dont acte : épinglé à la télévision française pour avoir lancé à sa consoeur Carine Galli que « votre cerveau de blonde ne comprend pas » en pleine antenne, Stéphane Pauwels a refusé de s’exprimer dans le cadre de cet article. Justification ?

Avoir un mot déplacé, c’est une chose, mais c’est très différent d’actes qui mettent la probité des personnes à mal.

La parole qui fait mâle, et le poids des maux.

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