Paris Match Belgique

Pourquoi Donald Trump est redoutable

donald trump

Donald Trump le 11 novembre, au Vietnam. | © AFP PHOTO / POOL / JORGE SILVA

Politique

La victoire de Donald Trump a stupéfié le monde. Depuis, son comportement continue de surprendre la planète. Retour sur un drôle de président, avec l’analyse du chercheur Jean-Eric Branaa.

Après une campagne électorale des plus violentes, chacun espérait que le 45e président tendrait la main à l’autre camp, pour commencer un travail de réunification du pays. Mais Donald Trump n’a pas fait comme tous ses prédécesseurs et a pris une autre voie. Sa stratégie ? Ne pas changer après son élection, continuer à parler à sa base et à l’écouter. Bien sûr, en faisant cela, il a attiré contre lui toute la colère de ses opposants, qui n’a cessé de croître. Mais plus cette colère monte, plus l’attachement de ses supporteurs s’intensifie, car ils ont justement l’impression d’être entendus et compris.

Lire aussi > Un an après son élection, retour sur les pires fiascos de Donald Trump

Donald Trump affiche une confiance en lui déroutante. Il a ainsi écrit dans un de ses nombreux tweets : « Continuez ainsi les gauchos et c’est ce qui arrivera en 2020 », illustrant cette remarque par une carte des États-Unis intégralement rouge, la couleur du Parti républicain. Il faut relever que l’opposition systématique dans laquelle s’est engagé le Parti démocrate est une posture très périlleuse. Cette opposition est d’abord née dans la rue, avec un mouvement spontané de rejet mêlé d’incrédulité. Mais cette « résistance » – puisqu’elle s’est appelée ainsi – n’avait pas beaucoup de sens, car les règles du jeu démocratique des États-Unis ont été respectées et aucune règle n’a été violée. Les oppositions ont été multiples : Hollywood, la Silicon Valley, le monde du sport et même les médias, si l’on en croit le principal intéressé. Ce qui est frappant, c’est que ces foyers d’opposants sont localisés dans deux zones géographiques en particulier, à savoir la côte Ouest (Los Angeles et San Francisco) et New York. Or ce sont les seules régions qui n’ont pas voté Trump. Certains ont accusé ce président d’être fou ou dangereux, et une possible destitution a même été évoquée !

Lire aussi > Donald Trump, vers la destitution ?

donald trump
AFP PHOTO / JIM WATSON

Il s’agit de démolir méthodiquement l’héritage de Barack Obama

Avec le temps, cette opposition est devenue un gouffre entre deux Amérique qui, désormais, ne se parlent plus du tout. Cela a totalement occulté le regard sur le programme de Trump, « l’Amérique d’abord », que celui-ci met en place avec rigueur, même s’il n’a pas encore obtenu le moindre succès au Congrès. Il s’agit de démolir méthodiquement l’héritage de Barack Obama, que ce soit dans le domaine de l’environnement, de l’économie, de la politique étrangère, de l’éducation ou des questions sociétales, avec des sujets très clivants comme l’avortement, les droits des homosexuels ou la peine de mort. Donald Trump maintient son cap, ferme les frontières, nomme des juges qui lui sont fidèles, détruit les régulations qui enchaînent la société, prétend nettoyer le bourbier de Washington et s’attaque ainsi à la vieille politique pour creuser un nouveau sillon…

Lire aussi > Donald Trump reproduit ce qu’il reprochait à Barack Obama

Soufflant sur les braises, le président Trump est resté fidèle à son outil fétiche pour faire connaître ses avancées, garder le lien avec sa base et entretenir ce climat de guérilla permanente : c’est via Twitter qu’il s’adresse au pays, réagissant à l’actualité avec la même impulsivité et dans la même forme que celles qui ont fait son succès pendant la campagne et qui ne supportent aucun filtre. C’est ce qu’il appelle son « contact direct avec le peuple ». Il affirme qu’il y est obligé pour corriger la couverture médiatique très malhonnête à laquelle il a droit. Il n’a d’ailleurs pas tort lorsqu’il parle d’un lien privilégié : il est à ce jour la deuxième personne la plus retweetée au monde sur le réseau, avec une moyenne d’environ 13 000 retweets à chaque fois, juste devant le Pape, qui en suscite 10 000. Le premier est cependant hors de portée : il s’agit du roi Salman d’Arabie saoudite, dont tout message est retweeté par 150 000 abonnés !

Lire aussi > Un employé de Twitter désactive le compte de Donald Trump pendant 11 minutes

AFP PHOTO / JIM WATSON

Via Twitter, il s’adresse au pays. C’est ce qu’il appelle son « contact direct avec le peuple »

Donald Trump tweete beaucoup à son réveil, mais aussi avant de se coucher. Des séries de tweets qui nous donnent son humeur du moment et son avis sur à peu près tout ce qui compte. Quelle aubaine pour les pays peu fortunés, qui n’ont même pas besoin de services secrets élaborés pour obtenir de tels renseignements ! Pendant la campagne, il avait affirmé qu’il tweetait lui-même, sauf quand il donne des interviews : c’est alors une secrétaire qui tape pour lui. « Mais je tweete moi-même au moins sept heures par jour », avait-il affirmé. Et lorsqu’il n’aime pas ce qu’on dit de lui quelque part, « bing bing bing », déclare-t-il, imitant le bruit d’une machine à écrire : « Je dis un truc vraiment très méchant sur cette personne ». Ainsi, par exemple, le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, avait dû vraiment dépasser les bornes lorsque Donald Trump a envoyé une série de douze tweets assassins à son intention, le 19 octobre 2015. Quant à ses fans, ils adorent, et Donald Trump répond en réalité à ce que ses électeurs attendent. On comprend alors aussi qu’il ne fait pas que parler comme eux : il pense véritablement comme eux. Cela le rend encore bien plus redoutable.

CIM Internet