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Les nouvelles figures de la vague anti-Trump

Un an après son élection, la résistance politique a fini de s'organiser | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

Un an après l’élection de Donald Trump, les élections locales ont permis à certaines personnalités démocrates de l’emporter grâce à des valeurs opposées à celles prônées par le président américain.

Le 8 novembre 2016, Donald Trump était élu président des Etats-Unis. Un an plus tard, jour pour jour, les réactions mitigées aux premiers mois de son mandat ont permis aux démocrates d’emporter des victoires cruciales et fortes en symboles aux élections locales organisées dans plusieurs Etats, mettant notamment sur le devant des femmes et des minorités. Déjà l’an dernier, certaines femmes étaient entrées dans l’histoire avec des victoires fortes aux élections locales organisées le même jour que le scrutin présidentiel.

Danica Roem : la candidate transgenre bat le « chef homophobe »

Probablement l’une des victoires les plus médiatisées aux États-Unis. À 33 ans, l’ex-journaliste Danica Roem est entrée à la Chambre des délégués de Virginie en battant Bob Marshall, élu depuis 1992 et connu nationalement pour avoir défendu avec ferveur un texte de loi visant à interdire les personnes transgenre d’utiliser les toilettes de leur choix, les forçant à utiliser ceux de leur genre de naissance. Lui qui s’était déclaré «chef homophobe», comme le rapportait le Washington Post en 2006, avait assuré qu’il y avait « un ordre naturel des choses dans lequel le mariage gay est une impossibilité ». Après la terrible tuerie commise dans l’école élémentaire de Sandy Hook, il s’était également prononcé pour le port d’armes par les professeurs. Des positions très conservatrices sur lesquelles Danica Roem a fait campagne pour promouvoir tout l’inverse.

« J’espère que les gens à travers le pays verront [avec la victoire de trois candidats transgenres] que les transgenres peuvent être très bons dans leur mission une fois élus, nous pouvons être de très bons élus. Juste en occupant ce poste, notre présence change fondamentalement l’équation », a-t-elle déclaré à Time au lendemain de son élection. Elle prendra ses fonctions en janvier prochain.

©AFP PHOTO / Paul J. RICHARDS / TO GO WITH AFP STORY – Danica Roem

Andrea Jenkins : la première conseillère municipale noire et transgenre

Parmi les victoires citées par Danica Roem comme déterminantes pour le changement de regard sur les personnes transgenre, il faut citer celle d’Andrea Jenkins. Mercredi, la démocrate a été élue conseillère municipale de Minneapolis, faisant d’elle la première personne noire et transgenre à être élue à ce poste pour une grande ville du pays. Citée par NBC News, la poète et historienne de 56 ans a déclaré, après sa large victoire (73% des voix) : « En tant qu’Afro-Américaine qui s’identifie comme transgenre, je connais bien la sensation d’être marginalisée, mise de côté, écrasée. Mais ce temps-là est fini. Nous ne voulons pas seulement avoir une place à la table des négociations -nous voulons mettre la table ».

Chris Hurst : le pro-contrôle des armes à feu l’emporte face au candidat de la NRA

En août 2015, la vie de Chris Hurst a basculé : sa compagne Alison Parker a été tuée avec son caméraman en direct à la télévision, alors qu’elle présentait un sujet. L’auteur du crime était Vester Flanagan, un ancien collègue qui avait gardé une rancoeur pour la chaîne. Le crime avait relancé le débat sur le contrôle des armes à feu dans l’Etat, un combat notamment porté par Chris Hurst : « J’ai quitté ma carrière au sein de la chaîne où elle travaillait pour me battre pour les causes qu’elle et moi partageons le plus », avait-il écrit en février dernier, lorsqu’il avait annoncé sa candidature. « Nous devons changer la façon dont nous parlons aux milliers d’habitants de la Virginie qui meurent chaque année par arme à feu », avait-il déclaré.

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Le jeune homme de 30 ans a battu Joseph Yost, un républicain, pour siéger à la Chambre des délégués de Virginie. Un choix fort de la part des électeurs de l’État, survenu quelques jours après la tuerie commise dans une église de Sutherland Springs, au Texas, par un ancien militaire qui n’aurait pas dû avoir le droit de posséder une arme à feu. Il a tué 26 personnes.

Larry Krasner : l’avocat de Black Lives Matter devenu procureur

Un homme engagé devenu procureur. Le démocrate Larry Krasner a été élu procureur général de Philadelphie au dépend de la républicaine Beth Grossman, qui a été pendant 21 ans procureur adjoint et qu’il a remerciée d’avoir mené une campagne digne et respectueuse, « inhabituelle dans ce monde Trump ». Opposé à la peine de mort dans un État (la Pennsylvanie) qui l’autorise toujours malgré un moratoire en cours, il est connu pour avoir plaidé dans de nombreux dossiers sensibles sur les droits civiques, notamment contre la police de la ville. Récemment, il a défendu des activistes du mouvement Black Lives Matter, qui dénonce les violences policières envers les noirs à travers le pays.

Il n’était pas évident pour un démocrate de l’emporter, rappelle ABC News : Seth Williams, le démocrate sortant, a démissionné en juin dernier et a été condamné à cinq ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin.

©BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Wilmot Collins : le réfugié libérien devenu maire

À 54 ans, ce réserviste de la Navy qui se dit « fan de karaoké » est heureux : Wilmot Collins a été élu maire d’Helena, dans le Montana. Une étape énorme pour celui qui est arrivé aux États-Unis il y a 23 ans, en ne pesant que 44 kilos, réfugié du Liberia en guerre qui n’a vu sa fille pour la première fois qu’après son deuxième anniversaire – il avait laissé sa femme enceinte quitter le Liberia avant lui. Et tout un symbole dans un pays où le président durcit les lois anti-immigration et veut interdire l’entrée du territoire aux ressortissants de certaines nations.

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Cet employé des services sociaux spécialisé dans le traitement des affaires d’enfants maltraités, diplômé en sciences politique, en sociologie, en ressources humaines et en voie d’être titulaire d’un doctorat en psychologie, a battu celui qui occupait le poste depuis 16 ans. Parmi les sujets qu’il veut aborder en particulier, Wilmot Collins a cité «les adolescents et les vétérans sans-abri, l’augmentation du tourisme et l’accès à une eau propre», rapporte l’Independent Record. Il n’est pas officiellement affilié aux démocrates mais s’est dit proche de leurs politiques. « Le pays n’est toujours pas ce que M. Trump veut qu’il soit. Les citoyens de cet Etat et de cette ville dans laquelle je vis depuis 23 ans ont parlé, et ils ont dit qu’ils voulaient le meilleur candidat. Ils ne regardent pas la couleur, le passé ou la foi », a-t-il déclaré au Huffington Post.

Ashley Bennett : la novice victorieuse après une campagne contre le sexisme

Un engagement en politique peut se jouer sur peu de choses. Pour Ashley Bennett, c’est un « meme » qui a lancé sa motivation. Deux images partagées par John L. Carman, élu républicain qui voulait se moquer de la marche des femmes organisée après l’investiture de Donald Trump. Les légendes, « Est-ce que la manifestation des femmes sera finie à temps pour qu’elles préparent le dîner ? » et « Il doit y avoir un grand cours de préparation de sandwichs à Washington aujourdhui », n’étaient pas du tout passées auprès de milliers d’internautes dont Ashley Bennett. « On est en 2017. Vraiment ? C’est ce qu’on va faire ? Comment avoir le temps d’être sur les réseaux sociaux à dénigrer et se moquer quand il y a tant de travail à faire ? », a-t-elle déploré auprès du Washington Post.

Dès le lendemain des publications, elle faisait partie d’un groupe de femmes venues interroger l’élu sur ses publications, entre temps effacées car il avait jugé qu’elles étaient « des blagues de mauvais goût », « rien de sérieux ». C’est sa famille qui lui a suggéré de se présenter à l’élection… à raison.

 

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