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Comment le fils de Donald Trump a comploté avec Wikileaks pour faire pencher l’élection

Donald Trump Jr, en janvier 2017 | © Belga / Albin Lohr-Jones/Consolidated/dpa

Politique

Donald Trump Jr a bien été en contact avec WikiLeaks. The Atlantic a en effet révélé le contenu des échanges entre le fils du président américain et l’organisation qui, durant la campagne, a publié des documents compromettants pour la campagne d’Hillary Clinton et le parti démocrate.

Ces documents avaient été obtenus par des hackers russes, puis transmis à l’organisation. Estimant qu’ils avaient fait l’objet d’une «fuite sélective», Donald Trump Jr a lui-même posté sur son compte Twitter des captures d’écran des messages. Elles montrent qu’il n’a répondu qu’à trois reprises, mais a tout de même partagé un lien renvoyant vers les mails publiés, à la demande de Wikileaks. Il a également demandé des conseils sur ce qu’il pouvait «continuer à lire» parmi les documents publiés par WikiLeaks en mars 2016.

 

 

 

Le fils du président américain a évoqué ces échanges lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur les soupçons d’ingérence russe pour favoriser l’élection de Donald Trump. Il avait également été entendu pour évoquer l’entretien qu’il avait eu avec Natalia Veselnitskaya, une avocate russe proche du pouvoir.

« Salut Don si votre père ‘perd’ nous pensons que ça serait bien plus intéressant s’il n’ADMETTAIT PAS sa défaite »

WikiLeaks ne voulant pas être considéré comme «une source « pro-Trump », « pro-Russie »» est allé jusqu’à demander à Donald Trump Jr qu’il transmette les déclarations d’impôts que son père a toujours refusé de publier. «Si nous les publions, cela pourrait grandement améliorer la vision de notre impartialité. Ca serait le moment fort. Cela voudrait dire que ce que nous publions sur Clinton aurait un plus grand impact puisque cela ne sera plus considéré comme venant d’une source « pro-Trump », « pro-Russie », ce que la campagne Clinton affirme constamment à tort», peut-on lire. Le compte proposait même, le jour de l’élection, que Donald Trump n’admette pas sa défaite le cas échéant : «Salut Don si votre père « perd » nous pensons que ça serait bien plus intéressant s’il n’ADMETTAIT PAS sa défaite et passait son temps à REMETTRE EN QUESTION les médias et toutes les formes de trucage qui ont eu lieu -comme il a sous-entendu qu’il ferait». Et même victorieux, Donald Trump a bien dénoncé des votes frauduleux qui n’ont pourtant pas eu lieu.

Trump : « J’adore WikiLeaks ! »

Une fois replacés dans la chronologie de la campagne, comme l’a fait CNN, ces messages sont perturbants, d’autant que Donald Trump a évoqué WikiLeaks à plusieurs reprises. En octobre 2016, un mois avant l’élection, il avait déclaré : «Ca vient de sortir. WikiLeaks! J’adore WikiLeaks!» Puis, dans un tweet : «J’espère que les gens voient le comportement honteux d’Hillary Clinton dévoilé par WikiLeaks. Elle n’est pas apte à se présenter».

 

Le lendemain, toujours sur Twitter, il avait écrit : «Très peu de reprise des informations incroyables fournies par WikiLeaks dans les médias malhonnêtes. Tellement malhonnête! Le système est truqué!»

 

Deux jours plus tard, son fils aîné tweetait le lien envoyé par le compte WikiLeaks : «Pour ceux qui ont le temps de tout lire à propos de la corruption et de l’hypocrisie, les emails de @wikileaks sont juste ici». Le même jour, le futur vice-président Mike Pence niait sur Fox News toute collaboration entre la campagne Trump et WikiLeaks : «Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Je pense que nous avons tous eu, n’est-ce pas, des doutes sur WikiLeaks ces dernières années».

 

Les soupçons de Clinton

A l’occasion des dix ans de WikiLeaks, début octobre 2016, Julian Assange avait promis des révélations sur Hillary Clinton, «pour (se) défendre de ce qui est une poussée maccarthyste aux Etats-Unis, en particulier de la part de Hillary Clinton et de ses alliés car c’est elle qui est la plus exposée actuellement». Une semaine plus tard, quelques heures du troisième et dernier débat présidentiel et alors qu’une vidéo sur laquelle on entendait Donald Trump se vanter de pouvoir «attraper les femmes par la chatte» grâce à sa notoriété venait d’être publiée, WikiLeaks avait révélé des messages piratés depuis le compte Gmail de John Podesta, le président de l’équipe de campagne, donnant aux soutiens de Donald Trump de la matière pour attaquer la candidate démocrate à un moment crucial de l’élection. Le sujet du financement de la Fondation Clinton était ainsi revenu au coeur de l’actualité.

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Hillary Clinton avait d’ailleurs dénoncé la situation durant le deuxième débat, déclarant : «Jamais dans l’histoire de notre pays, nous sommes-nous retrouvés dans une situation où un adversaire, un pouvoir étranger, fait tant d’efforts pour influencer le résultat de cette élection. Je n’ai aucun moyen de savoir si M. Assange a tenté d’aider M. Trump, ou s’il y avait une coordination. Je trouve seulement que la coïncidence est très curieuse que cela se soit produit au moment où la température approchait l’ébullition». «J’étais sur le chemin de la victoire jusqu’à ce que la lettre de Jim Comey le 28 octobre et le WikiLeaks russe créent le doute dans la tête des gens qui penchaient en ma faveur, et qui ont fini par prendre peur», avait-elle expliqué en mai dernier.

 

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