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Une semaine particulière avec Emmanuel Macron

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Le quotidien d'Emmanuel Macron, jour après jour pendant une semaine. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

De l’Elysée à Abu Dhabi, de sa visite surprise en Arabie saoudite aux banlieues françaises, Paris Match a suivi le président français. Un vrai tourbillon.

Abu Dhabi, mercredi 8 novembre, 20 h 30

Il avait préparé un texte sur la beauté universelle. Il a pensé à Malraux et à son « musée imaginaire ». Il a rappelé avec lyrisme, et en citant Dostoïevski, que « la beauté sauvera le monde ». Mais soudain, sous l’immense coupole de métal conçue par Jean Nouvel, le président bouge les feuilles sur son pupitre. On pourrait croire qu’il a perdu le fil de son discours. Ce n’est pas le cas. Face aux 400 invités, au premier rang desquels le roi du Maroc, le prince héritier d’Abu Dhabi, l’émir de Dubaï, le vice-roi de Jordanie, Emmanuel Macron veut aller plus loin. Il laisse échapper l’intense émotion qu’il a ressentie en découvrant la collection de chefs-d’œuvre. Il sort de son texte, improvise pour souligner la portée politique de cet instant unique. « Le Louvre de la lumière et du désert, c’est ce message envoyé contre tous les obscurantismes », lance le président, rappelant que « l’islam est né dans ce palimpseste de cultures et de civilisations qui font que nos religions sont liées, nos civilisations sont liées », et que « ceux qui veulent faire croire, où que ce soit dans le monde, que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent ».

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Je veux rentrer dans la complexité de ce que mes interlocuteurs pensent, comprendre leur logique, connaitre leurs craintes.

Six mois après son élection, après ses face-à-face avec Poutine, Trump, son discours à l’Onu, Emmanuel Macron est arrivé aux Emirats arabes unis avec la volonté d’établir une relation stratégique dans la région, un point de passage entre le Qatar, premier partenaire économique régional de la France, et l’Arabie saoudite, partenaire géopolitique traditionnel. Il s’agit pour le président français de tenter d’apaiser la crise régionale, voire de se poser en médiateur.

Macron assume sa ligne en politique étrangère : celle de « vouloir parler à tout le monde ». Ici comme ailleurs, la « diplomatie Macron » passe d’abord par le contact personnel. « Je veux rentrer dans la complexité de ce que mes interlocuteurs pensent, explique le chef de l’Etat, comprendre leur logique, connaître leurs craintes. C’est ce qui m’intéresse ».

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Le président français avec le roi du Maroc Mohammed VI, lors de leur visite du Louvre Abu Dhabi. © AFP PHOTO / ludovic MARIN

Depuis plusieurs mois, le président parle en direct avec le prince héritier Mohammed Ben Zayed (MBZ), dont il salue le courage politique. Ce dernier s’est rendu à Paris. Les deux hommes ont appris à se connaître. Après l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, le prince a pris lui-même le volant de sa voiture pour emmener le couple Macron dîner, non pas dans un des mirobolants palaces émiriens mais dans une petite maison louée par sa fille. Iran, Qatar, Yémen, Liban, les crises et tensions de la région étaient toutes au menu. Les deux hommes ont discuté jusqu’à 1 h 30 du matin. C’est en sortant du dîner avec Mohammed Ben Zayed qu’Emmanuel Macron a pris sa décision de faire escale à Riyad sur le chemin du retour. Semaine après semaine, la présidence Macron est un tourbillon qui avance au rythme du métabolisme accéléré du jeune président.

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Paris, lundi 6, 20  heures

À deux jours du départ pour les Emirats, les Macron arrivent au théâtre des Bouffes-Parisiens. Ils viennent écouter Fabrice Luchini. Les spectateurs, qui les ont vus, applaudissent. La pièce, « Des écrivains parlent d’argent », fait écho aux premiers mois de la présidence Macron.

« L’argent, l’argent rend fou les gens », répète Luchini qui cite Zola, Marx, Cioran, Freud ou Jean Cau, et qui parle aussi des Kardashian et de Kanye West… Macron rit quand l’acteur reprend Guitry : « Et si j’étais le gouvernement, comme dirait ma concierge, c’est sur les signes extérieurs de feinte pauvreté que je taxerais impitoyablement les personnes qui ne dépensent pas leurs revenus ».

Nous connaissons les contraintes du système mais nous voulons garder notre part de liberté.

Les Macron retrouvent Luchini et sa compagne. Ils parlent littérature avant d’aller dîner à quatre chez un italien situé en face du théâtre. Ils entrent par la porte de service du restaurant et s’installent dans une petite salle au fond, protégée par un rideau. « Nous ne restons pas enfermés, nous précise le président. Nous connaissons les contraintes du système mais nous voulons garder notre part de liberté ». Il réserve une soirée par semaine à Brigitte et le samedi soir à la famille. Et s’ils ne sont pas allés au cinéma depuis l’élection, ils ont organisé dans la salle au sous-sol de l’Elysée une projection de « Maryline », le dernier film de Guillaume Gallienne.

Palais de l’Elysée, mardi 7, 10  heures

Dans son propos liminaire au Conseil des ministres, Emmanuel Macron recadre son équipe. Il n’a pas aimé les petites phrases anonymes dans la presse, ces derniers jours, critiquant tel ou tel membre du gouvernement alors qu’un remaniement est prévu au lendemain du congrès LREM du 18 novembre. Macron a érigé la « présidence bavarde » de Hollande en contre-modèle. Ceux qui parlent trop sont écartés du premier cercle. Le président n’est pas de ces gens qui élèvent la voix ou emploient des termes grossiers quand ils sont énervés. « Le besoin de colère est une faiblesse », estime Christophe Castaner, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement et porte-parole de l’Elysée. « Ses colères sont froides, ajoute un proche. Il exprime son mécontentement de manière chirurgicale, avec des jugements très durs ». S’il est exigeant, il n’en est pas moins attentif. Il sait avoir les gestes qui touchent. Quand la mère d’une de ses conseillères est décédée, il lui a offert « Journal de deuil », un recueil de textes écrits par Roland Barthes après le décès de sa propre mère. « C’était très personnel », se souvient cette collaboratrice.

Mardi, 17  heures

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AFP PHOTO / ludovic MARIN

« Je resterai le maître des horloges », assurait le candidat Macron. Le président tient sa promesse. L’horloge qui figurait sur sa photo officielle passe d’une pièce à l’autre et le suit dans tous ses rendez-vous. Particularité de cette pendule mécanique signée Jean-André Lepaute, elle comporte deux cadrans disposés des deux côtés du boîtier et était jusqu’alors réservée au Conseil des ministres. Le chef de l’Etat impose son rythme. Le matin, avant sa première réunion de 9 heures, il s’octroie une heure et demie pour lire. « J’aime avoir du temps de lecture calme », dit-il. En ce moment, il se passionne pour « L’œil du quattrocento », un essai sur l’usage de la peinture dans l’Italie de la Renaissance, et pour les écrivains Pierre Michon et Gaëtan Picon. Le maître du temps veille très tard dans son bureau. « Il envoie des SMS jusqu’à 2 ou 3 heures du matin, raconte Jean-Yves Le Drian. En général, je dors à cette heure-là. Mais j’ai l’avantage de me lever tôt. J’en profite alors pour lui répondre, à 5 heures : ‘Suis dispo pour une conversation’  ».

Macron, c’est un tsunami. On n’en a pas vu encore toutes les retombées.

Le silence nocturne est propice à la réflexion. « Il est important de s’extraire du temps de la dépêche et de l’anecdote », décrypte Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, bras droit d’Emmanuel Macron. « Je ne me donne pas de répit. Ça ne s’arrête jamais », explique l’intéressé. Il veille à garder des antennes partout. « Comment tu sens les choses ? » est sa formule préférée. « Et Les Constructifs, t’en penses quoi ? » envoie-t-il à cet ex-collaborateur d’un élu de la droite sarkozyste.

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Le chef de l’Etat communique beaucoup via l’application Telegram. Il a aussi une boucle WhatsApp avec ses plus proches collaborateurs. Il a une tablette sur son bureau, mais pas d’ordinateur. Avec son éternel stylo feutre bleu, il prend des notes, pendant les réunions, sur des feuilles volantes au format A5. « Il ne travaille que sur papier, ce qui permet de suivre avec plus de certitude où en sont les choses et de retrouver les remarques manuscrites », fait remarquer une collaboratrice. Le fonctionnement du palais est pyramidal. Tout remonte à Alexis Kohler, « gare de triage » qui fait suivre ce qui le mérite au chef de l’Etat. « Dans la tête du président, en ce moment, il y a déjà l’agenda des réformes de 2018 », annonce Kohler. Et de citer la révision constitutionnelle, la transformation de l’Administration avec le droit à l’erreur, les réformes du logement, de l’immigration, des questions d’asile, la réforme pénale avec la police de sécurité du quotidien ou encore le projet de loi sur la croissance des entreprises. « Macron, c’est un tsunami. On n’en a pas vu encore toutes les retombées », avertit le ministre des Affaires étrangères.

Sorbonne-Abu Dhabi, jeudi 9, 11 heures

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Bain de foule et valse des portables à l’université Paris-Sorbonne-Abu Dhabi. Derrière le président, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. © AFP PHOTO / POOL / LUDOVIC MARIN

Sur la route, avec Emmanuel Macron, il y a un temps pour les discours. Avec pour toile de fond la frégate « Jean-Bart », le président vient de s’adresser aux militaires français stationnés sur la base navale 104. Dans deux heures, il s’exprimera à Dubaï, en anglais, devant les entrepreneurs réunis à l’occasion du premier forum économique franco-émirien. Et puis il y a un temps pour les selfies. Par dizaines, par centaines… Arrivé sous une ovation, Macron entame, une heure durant, l’interminable marche des photos souvenirs réclamées par les 400 étudiants rassemblés dans le hall climatisé de la Sorbonne-Abu Dhabi.

Au milieu du brouhaha et dans une joyeuse bousculade, il reste imperturbable. Très souvent, le président règle le téléphone et prend la photo à la place de l’étudiant trop ému pour actionner lui-même le bouton tactile. Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, s’improvise à son tour photographe. Les jeunes filles voilées se mêlent aux étudiantes en robes et jupes courtes. Mawada, une étudiante en physique d’origine syrienne, s’étonne que le président français ait pris le temps de s’intéresser à elle : « Il m’a questionnée longuement sur le sort de ma famille à Damas ».

Pour Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de poser avec 200 militaires sous le soleil brûlant ou avec des étudiants impatients, le selfie n’est pas simplement un bain de jouvence qui lui rappelle sa campagne victorieuse, c’est aussi un moment de la journée où il n’a pas à parler, juste à écouter. « Je m’intéresse à la vie des gens, dit-il. Les photos et les selfies ne me pèsent pas du tout. Mais ce sont les échanges directs auxquels je tiens le plus. C’est aussi grâce à ces rencontres que j’attrape les éléments qui me permettent de mieux comprendre ».

Palais de l’Elysée, vendredi 10, 7 h 25

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Avec le président allemand, Frank-Walter Steinmeier. © AFP PHOTO / POOL / CHRISTIAN HARTMANN

Après sept heures de vol, Emmanuel Macron arrive à l’Elysée ce vendredi matin. Son premier rendez-vous : un entretien avec le président allemand, à 9 heures. Le rythme est intense. « Il encaisse bien le job, il était très préparé dans sa tête », assure un membre de sa garde rapprochée… Brigitte Macron a fait passer une consigne au chef cuisinier de l’Elysée, Guillaume Gomez : « Dix fruits et légumes par jour et pas de ‘junk food’ ». Il doit tenir. Sans oublier sa ligne. Fromages et vins sont autorisés et appréciés. Le chef de l’Etat entretient sa forme physique. Il court deux ou trois fois par semaine et, en fonction de ses contraintes, il fait soit du tennis, soit des séances de boxe. Dans le jardin du Touquet, lorsqu’il faisait encore beau, ou dans la salle de sport du Palais, il s’entraîne avec un des gardes du corps de son épouse.

Haut-Rhin, 14 h 45

Sur l’éperon rocheux du Hartmannswillerkopf, qui surplombe le sud de la plaine d’Alsace, les porte-drapeaux, debout devant la tranchée d’honneur, vacillent. Le vent souffle, glacial, et la neige commence à tomber. Il fait 35 degrés de moins que la veille pour le chef de l’Etat. Face à l’autel de la Patrie, aux côtés du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, il regarde cette montagne mangeuse d’hommes où, de décembre 1914 à janvier 1916, 25 000 soldats furent tués ou portés disparus. L’odeur de souffrance règne encore. Les deux présidents déposent une gerbe. S’étreignent puis se tiennent debout, côte à côte, mains sur le dos l’un de l’autre. Une image pour l’Histoire. « Partout dans ces bois, dans ces sentiers, ces tranchées espacées de quelques mètres, nous croyons revoir le visage des morts », dit Macron au moment d’inaugurer l’Historial franco-allemand, avant de défendre « une Europe ambitieuse, souveraine, unie et démocratique ».

Son discours achevé, il s’approche de l’immense tapisserie en noir et blanc exposée à côté de l’estrade. Réalisée à partir d’un unique motif, une tête de mort, elle représente une pieta, une Vierge pleurant son enfant mort. « Bravo, c’est magnifique. Je suis un grand fan ! » s’exclame Macron qui demande des explications, en anglais, à l’artiste, originaire de Berlin. Avant de glisser à Patrick Guillot, dont l’atelier est installé à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson : « Nous avons des œuvres de chez vous à l’Elysée et nous allons en faire venir d’autres. Je veux faire entrer de l’art contemporain… »

Installés depuis six mois au Palais, les Macron ont pris possession des lieux. Qu’ils tentent de dépoussiérer. Dans le salon doré, bureau historique des présidents, la table de travail est désormais située dos à la fenêtre et non plus devant la cheminée. En dehors des rencontres officielles, qui ont toujours lieu ici, Emmanuel Macron utilise peu cette pièce. Il préfère travailler dans le bureau d’angle, surnommé « le bureau qui rend fou ». Il fut celui des conseillers spéciaux Henri Guaino et Aquilino Morelle. Il offre une vue imprenable sur le parc du Palais et un accès aux appartements privés. Il peut y laisser déployer ses dossiers… Il y a fait installer une grande table Knoll en marbre, poser un tapis de Claude Levêque représentant des diamants intitulé « Soleil noir » et accrocher un tableau du Belge Pierre Alechinsky ainsi qu’une Marianne du street artiste américain Shepard Fairey.

Paris, musée Clemenceau, samedi 11, 9 h 50

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Le président Emmanuel Macron visite le musée Clemenceau et dévoile une plaque à l’occasion de l’armistice du 11 novembre 1918 le 11 novembre 2017. © AFP PHOTO / POOL / Ian LANGSDON

« Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le veut, il faut avoir le courage de le dire. Et quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ». La phrase pourrait être d’Emmanuel Macron. Elle est signée du Tigre. Le chef de l’Etat, qui visite ce matin le musée situé dans l’appartement du XVIe arrondissement de Paris où vécut pendant trente-trois ans le président du Conseil, s’arrête devant cette citation. Il a souhaité faire de Clemenceau, devenu l’emblème de la victoire et surtout de l’unité des Français en 1917, le fil rouge des commémorations. Depuis sa mort, en 1929, le bureau est resté figé. Emmanuel Macron, qui vit lui-même entouré de livres, examine les rayonnages. « On connaît quelqu’un par sa bibliothèque », glisse-t-il avant de faire remarquer un livre, en anglais, consacré à Bouddha. À un ami qui lui demande si tout va bien, Macron répond : « Oui, pour le moment… Je touche du bois ».

Quand on l’interroge pour savoir comment il voit ce moment du quinquennat, il nous dit  : « J’ai le sentiment que la France est à nouveau écoutée dans la diplomatie mondiale et dans le jeu européen, et que les choses s’installent dans le regard des Français. Ils ont compris que je veux mener des réformes profondes et rapides mais pas pour les diviser ; au contraire, pour réconcilier notre pays ».

Place de l’Etoile, 12 h 06

AFP PHOTO / POOL / Thibault Camus

Après avoir passé en revue les troupes et ravivé la flamme du Soldat inconnu, Emmanuel Macron salue ses prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy. En serrant longuement la main d’Alain Juppé, il le remercie. Dans la presse régionale le matin même, le maire de Bordeaux félicite le président de la République et ouvre éventuellement la porte à une alliance politique en vue des élections européennes de 2019. La preuve, pour Macron, que le paysage politique est en train de se recomposer. « Il y a une force centrale qui va de la gauche sociale-démocrate à la droite libérale proeuropéenne, constate-t-il, et qui fait surtout venir à la politique beaucoup de gens qui n’y avaient jamais cru ou qui n’y croyaient plus. Cette recomposition me permet d’agir en cohérence avec ce que j’ai annoncé pendant la campagne ».

Palais de l’Elysée, 13 h 20

« Il est gentil, le chien ? » demande Marie, 3 ans, en voyant passer Nemo dans la salle des fêtes. « Ce n’est pas le chien le plus éduqué du monde », se moque un conseiller. Le matin même, l’animal s’est attaqué aux chaussures du président. Marie est pupille de la nation. Son père, David Travadon, militaire spécialisé dans le déminage, a été pulvérisé par une mine. Il est devenu grand mutilé de guerre. « Quand on préside notre pays, quand on décide une opération qui peut conduire à prendre des risques, on pense à vous, à vos visages, à vos familles et à vos vies », lance le chef de l’Etat aux 200 pupilles et à leurs familles réunies pour le centenaire de l’institution.

A l’issue de la cérémonie, Brigitte et lui partagent un moment, chacun de leur côté, avec leurs invités. « Vous en êtes où ? » demande Macron à Thibault Bagoe-Fresino, dont la mère a été grièvement blessée dans l’attentat du RER B en 1995. « Je suis qualifié sur Airbus A320, j’ai envoyé des CV mais je n’ai pas de propositions d’entretien », répond le garçon de 26 ans. « Il est où, l’amiral ? » interroge le président, qui lance un clin d’œil à son épouse. Et d’ajouter, avant de présenter Thibault à son chef d’état-major particulier, Bernard Rogel : « L’amiral n’est pas pilote d’avion mais pilote de sous-marin ; il supervise tout… » Sabrina, 34 ans, veuve de guerre, s’approche avec ses trois enfants. Son mari, le caporal-chef Verrier, est mort au Liban en 2009. Elle a dû batailler pour que son statut soit reconnu et attend encore la dérogation du ministère des Armées qui permettra à son époux d’être inhumé dans un carré militaire. « Elle est où, la ministre ? » demande le chef de l’Etat, qui fait venir Florence Parly. Sabrina pleure en racontant que son mari n’a même pas eu droit au drapeau bleu-blanc-rouge sur son cercueil « pour des raisons de coupes budgétaires ». La main posée sur l’épaule du plus jeune, Quentin, 11 ans, Emmanuel Macron est touché.

Bataclan, 13 novembre, 11 heures

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AFP PHOTO / POOL / PHILIPPE WOJAZER

Emmanuel Macron rend hommage aux 90 victimes du Bataclan. Avec retenue, mais sans parvenir à masquer son émotion. Lui n’a pas connu de grosse crise, n’a pas eu à gérer d’attentat de masse. S’il descend chaque semaine au PC Jupiter où a lieu le conseil de défense, il n’est allé qu’une fois au centre interministériel de crise, à Beauvau, pour la tempête Irma. Tout récemment, il a appelé en personne la famille d’un soldat mort en opération spéciale. Un des moments les plus graves de son début de mandat. Et de confier : « Je ne m’imaginais pas le quotidien, mais je me figurais la part de responsabilité, l’intensité et la solitude de la fonction ». Ce 13 novembre, cela fait six mois que le chef de l’Etat a été officiellement investi. Déjà, il sait à quel point la mort habite sa fonction.

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