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L’avenir politique de l’opposant numéro un au Kremlin compromis par une condamnation

Le blogueur russe est également accusé d'entrenir des liens étroits avec les États-Unis. | © Alexei Danichev/Sputnik

Politique

Il est le principal concurrent de Poutine aux élections présidentielles russes de 2018, mais vient d’être condamné à cinq ans de prison. Alexeï Navalny dénonce un procès monté de toutes pièces, destiné à l’éloigner de la vie politique.

D’après un article PARIS MATCH FRANCE de La Rédaction

Le tribunal de Kirov, à 900 km à l’est de Moscou, a reconnu l’opposant Alexeï Navalny coupable du détournement de quelques 400 000 euros, au cours d’un second procès. L’affaire date de 2009 et concerne le vol d’une société publique d’exploitation forestière, alors que le blogueur anti-corruption était le consultant du gouverneur libéral de la région. S’il avait déjà été condamné en 2013 pour ces mêmes faits et accusé dans d’autres affaires, les médias occidentaux continuent à soutenir l’agitateur russe. L’affaire intervient également alors qu’en octobre 2010, Alexeï Navalny qui est également avocat diplômé de Yale, accusait lui-même l’entreprise d’énergie Transneft de détournement de fonds à hauteur de 2,9 milliards d’euros, dans le cadre de la construction d’un oléoduc sibérien.

Alexeï Navalny
©AFP PHOTO / PHILIPP KIREEV – Navalny à la sortie d’une précédente détention, pour avoir distribué des flyers en amont d’une marche de protestation contre le pouvoir russe actuel.

Trop dangereux pour le Kremlin ?

« Nous mènerons notre campagne électorale malgré ce qu’il se passe dans ce tribunal », a martelé Navalny devant les journalistes juste après la lecture de la décision par le juge.Le blogueur, qui dénonce un procès monté de toutes pièces par le Kremlin pour l’éloigner de la scène politique, a annoncé qu’il ferait appel de cette décision devant les plus hautes instances et qu’il restait déterminé à se présenter en 2018. Mais son avenir politique reste flou : il dépend désormais de l’interprétation de la Constitution et de la loi électorale. La première stipule que n’importe qui peut être candidat s’il n’est pas en détention et la seconde que tout candidat doit avoir purgé sa peine, qu’elle soit ferme ou avec sursis.

« Dès demain, le Kremlin va commencer à chanter sa mélodie selon laquelle je n’ai pas le droit de prendre part à la campagne. Mais il est écrit dans la Constitution que tous ceux qui ne se trouvent pas en prison ont le droit de se présenter », a riposté l’opposant. « Nous percevons cette décision (de justice) comme un message du Kremlin, qui nous juge, moi et mon équipe, mes électeurs, trop dangereux ».

Alexeï Navalny
©Sefa Karacan / Anadolu Agency – Navalny participe activement aux mouvements contestataires russes.

Après qu’il ait été condamné une première fois dans l’affaire, la Cour européenne des droits de l’Homme avait jugé cette décision « arbitraire », estimant qu’on pouvait « fortement craindre » que les poursuites contre les accusés et leur condamnation aient été « de nature politique ». La Cour suprême russe a ensuite annulé en novembre cette condamnation et renvoyé l’affaire en première instance. Selon l’avocate de Navalny, Olga Mikhaïlova, la justice, prenant en compte le temps passé entre la première condamnation et le renvoi de l’affaire en 2016, considère que la peine avec sursis sera levée dans dix-huit mois. La présidentielle étant prévue au printemps 2018, l’avocat ne pourrait ainsi pas être candidat. Sa défense rappelle néanmoins que la Constitution autorise de son côté toute personne ne se trouvant pas en prison à se présenter aux élections.

Bien placé pour l’élection municipale moscovite

En octobre 2013, Navalny a obtenu le score honorable de 27,2% à l’élection municipale à Moscou, remportée sans surprise par le maire sortant proche du Kremlin, l’imposant de manière durable comme l’opposant numéro un au Kremlin. Libéral et favorable à un rapprochement avec les Occidentaux, il a aussi régulièrement participé à des rassemblements aux relents xénophobes comme la Marche russe, et avait été exclu en 2007 du parti d’opposition libéral Iabloko pour ses prises de position nationalistes.

Alexeï Navalny
©BELGA – En 2015, le blogueur activiste avait été le leader d’une large manifestation contre le pouvoir du Kremlin, qui avait rassemblée plusieurs milliers de personnes.

À 40 ans, il est un habitué des procès, a été arrêté sept fois entre 2012 et 2014 et a fait plusieurs allers-retours en prison ou a été assigné à résidence, généralement pour participations à des rassemblements non autorisés. Fin 2014, il a été condamné à trois ans et demi de prison avec sursis et son frère Oleg à la même peine, mais ferme, dans une affaire de détournement de près de 400.000 euros au détriment d’une filiale russe de la société française Yves Rocher.

Blogueur spécialisé dans les révélations et enquêtes sur le patrimoine caché, souvent très important, de hauts fonctionnaires ou proches du pouvoir, M. Navalny a toujours rejeté les accusations dont il a fait l’objet. « Défendre ses idées devient encore un peu plus difficile, mais pour une personne honnête, cela ne mène qu’à une seule chose: on défend ses idées et ses droits avec encore plus de conviction », a-t-il déclaré mercredi sur son blog.

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