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Le glyphosate, la ruche européenne et l’attrait d’un hypothétique retour au Benelux

Entente cordiale entre Xavier Bettel, Mark Rutte et Charles Michel | © Belga / AFP PHOTO / ANP / Bart MAAT / Netherlands OUT

Politique

Alors même que ses dangers pour la santé ne sont plus à prouver, l’usage du glyphosate vient d’être autorisé pour 5 ans de plus dans l’Union européenne. De quoi susciter la colère des citoyens belges. Suffisamment pour envisager un repli vers le Benelux ? Tentant, peut-être, mais intenable. 

À l’origine, le glyphosate est un herbicide non sélectif, commercialisé dès 1974 par Monsanto sous le label Roundup, et classifié depuis 2015 par le Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC) comme étant « probablement cancérigène ». Car le glyphosate ne s’attaque pas qu’aux mauvaises herbes, il pénètre également dans l’eau et l’air, mais aussi dans les cellules humaines, où il s’attaque à l’ADN. Un produit corrosif, dont l’utilisation prolongée vient éroder la patience d’une partie de la population envers une Europe perçue comme toute puissante et dont les décisions ne prennent pas en compte les préoccupations des citoyens. Un état d’esprit qui a permis aux politiciens britanniques europhobes de gagner l’opinion publique à la cause du Brexit. Et si en Belgique, la situation est loin d’en être arrivée là, qu’adviendrait-il du royaume s’il se désolidarisait de l’Union pour faire bande à part avec le Benelux ?

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Mauvaise nouvelle pour ceux qui verraient bien un « Belxit » prendre place au plat pays : une telle sortie aurait des conséquences catastrophiques pour l’économie. En effet, ainsi que l’explique Pascal Delwit, professeur en science politique à l’Université libre de Bruxelles, « le Benelux est bien entendu toujours d’actualité, mais dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui dans lequel on l’a négocié. Aujourd’hui, il y a une intégration bien plus prononcée des règles financières et économiques. La Belgique et le Grand-duché du Luxembourg sont des états avec des économies très ouvertes, donc tout ce qui va favoriser la circulation des personnes mais aussi des biens et des marchandises leur est favorable ». Autrement dit, « si on était dans une logique de réintroduction de barrières douanières aux frontières du Benelux, la mesure serait combattue par le monde de l’entreprise et pourrait présenter une difficulté nouvelle pour les produits belges ». Et au-delà des implications économiques, la sécurité nationale serait également affectée.

Cadre protecteur

Faite de 28 États et de milliers de réglementations, l’Union européenne offre un cadre protecteur à ses membres. Tant du point de vue de la police que de l’armée, l’UE est en effet un cadre d’action privilégié offrant protection et coordination à ses membres. Et bien qu’une sortie de l’Union ne s’accompagne pas d’une sortie de l’Otan, si la Belgique venait à quitter le giron européen, elle perdrait le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense.

Collaboration accrue

Un repli total vers le Benelux serait donc impossible. Mais à l’heure actuelle, les liens restent forts dans ce qui a vu le jour au crépuscule de la Seconde guerre mondiale comme une entité économique plus forte face à des pays voisins beaucoup plus grands. Une union qui fait toujours la force dans l’Union. « Le Benelux reste un cadre propice à des échanges, notamment politiques, puisque dans un contexte d’Union européenne il peut y avoir un intérêt à ce qu’il y ait des positions discutées pour faire valoir un point de vue qui a plus d’impact » souligne Pascal Delwit. Pour qui la collaboration entre les trois pays pourrait même être accrue sur certains points. « Il y a plein de choses qui peuvent se faire dans le cadre Beneluxien et qui pourraient être développées. On pourrait par exemple imaginer une reconnaissance de tous les diplômes de l’enseignement secondaire dans le Benelux afin d’avoir une circulation facilitée dans les universités. Aujourd’hui, cela reste très compliqué pour un étudiant luxembourgeois qui veut s’inscrire à l’université en Belgique ». Et en attendant cette hypothétique mutualisation des diplômes, il y a des leçons à tirer de la polémique autour du glyphosate.

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« Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la décision de prolonger l’usage du glyphosate a été prise à l’échelle de l’Union européenne, certes, mais par des gouvernements nationaux qui ont voté à la majorité, rappelle Pascal Delwit. On n’est pas ici dans une dynamique où c’est la Commission qui décide mais bien des exécutifs nationaux. Autrement dit, ce type de vote qui déplaît à une partie de la population pourrait donc très bien se produire dans le Benelux. Bien sûr, ce serait plus facile à 3 qu’à 28, mais en Belgique, certaines compétences sont régionalisées, ce qui ne simplifierait pas vraiment le dialogue ». D’autant que sur des thématiques telles que le glyphosate, qui touchent tant à la santé qu’à l’environnement et au développement économique, les tensions sont légion. Et l’Union européenne offre un parfait bouc émissaire. « C’est une tactique des gouvernements nationaux de se laver les mains des décisions impopulaires en disant que l’Europe est responsable de tous les maux. Or faire une distinction claire et nette entre l’Union européenne et les États membres est la plupart du temps incorrect, tant techniquement que politiquement. Ramener les choix impopulaires à quelque chose de lointain par rapport auquel on n’aurait rien à dire est injuste ». Reste qu’en attendant, le Belge s’avère être particulièrement europhile : selon un sondage Ipsos réalisé en mai 2016, moins d’un tiers des citoyens se prononceraient en faveur d’une sortie de l’Union européenne si un sondage était organisé.

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