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Victoire historique des nationalistes : « La Corse, ce n’est ni la Catalogne, ni l’Écosse »

Les indépendantistes Jean Guy Talamoni et Gilles Simeoni, après le victoire, le 10 décembre 2017. | © AFP PHOTO / PASCAL POCHARD-CASABIANCA

Politique

Les nationalistes corses, réunis par l’autonomiste Gilles Simeoni et l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, ont remporté ce dimanche, malgré une abstention record, une victoire historique aux élections territoriales Le maître de conférences en sciences politiques à l’université de Corte revient sur les conséquences de ce scrutin inédit et le triomphe des nationalistes. 

 

Paris Match. La victoire des nationalistes, ce dimanche, ouvre-t-elle une nouvelle page pour la Corse ?
André Fazi. Sûrement. C’est un véritable plébiscite. Les nationalistes finissent loin devant leurs adversaires et gagnent des voix. C’est la première fois qu’ils bénéficient ainsi d’un tel succès électoral. C’est une consécration pour eux.

Est-ce la victoire d’un nationalisme édulcoré ?
Oui et non. Toute référence au recours à la violence qui a marqué le nationalisme corse est abandonnée. Mais les fondamentaux demeurent : l’accès à l’autonomie, la co-officialité de la langue corse, mais aussi un accès au foncier limité, sans oublier le rapprochement des prisonniers corses. La base militante y est sensible.

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Comment expliquez-vous qu’En marche ! fasse moins recette sur l’île ?
Le libéralisme économique et culturel est peu goûté par des Corses qui ont un tempérament plus conservateur et étatiste, voire bonapartiste. En marche ! n’a pas de base sociale ici. Il repose sur quelques élus orphelins d’un grand réseau d’élus de gauche. Il n’y a pas eu d’enthousiasme.

Un scénario “à la catalane” est-il possible désormais ?
Absolument pas. En Catalogne, il y a environ 45 % d’indépendantistes. En Corse, c’est autour de 12 %. La sécession unilatérale était au programme des Catalans. Chez les indépendantistes corses, elle est mise entre parenthèses pour dix ans, si ce n’est plus… Même les indépendantistes estiment qu’une sécession n’est plausible qu’avec le développement préalable de la Corse. Je n’y crois pas. Ni à court ni à moyen terme.

Les nationalistes seront jugés sur leur capacité à redonner un souffle à l’île

Pourtant, qui pensait, il y a vingt ans, que les Ecossais voteraient à 45 % pour leur indépendance ?
Personne, c’est vrai. En revanche, la capacité de l’Ecosse à devenir un Etat est plus grande, avec ses 5 millions d’habitants et une économie plus développée. La Corse, ce n’est ni la Catalogne ni l’Ecosse, qui sont plus à même d’assumer leur indépendance.

Comme les Catalans, les indépendantistes réclament qu’une partie de l’argent des Corses revienne aux Corses…
Certes, l’île est bien plus riche aujourd’hui qu’il y a trente ans. Mais s’il y a une balance fiscale entre le continent et la Corse, celle de la Corse reste déficitaire. Contrairement à la Catalogne.

Emmanuel Macron peut-il ignorer “le dialogue” voulu par Simeoni ?
Ses marges de manœuvre sont limitées. Les revendications nationalistes comportent une forte charge polémique. Elles impliquent un changement de la Constitution. Et manifestement, le président n’en a pas les moyens tout seul. En même temps, le silence et le blocage total auraient des conséquences négatives.

Lesquelles ?
Certaines catégories, notamment la jeunesse, pourraient être poussées vers des formes d’action plus radicales.

Qui sera le président de la future collectivité unique de Corse ?
Gilles Simeoni va être confronté à un sacré défi : la collectivité unique, c’est la fusion de deux départements. Réinventer un lien avec toutes les petites communes de Corse inquiètes de voir disparaître le guichet que représentait le conseil départemental ne sera pas facile. Les nationalistes seront jugés sur leur capacité à redonner un souffle à l’île.

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