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Élection en Alabama : Accusé d’abus sexuels, Roy Moore s’attaque aux « élites de Washington »

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Roy Moore lors du meeting à Midland City, le 11 décembre 2017. | © AFP PHOTO / JIM WATSON

Politique

À la veille de l’élection sénatoriale dans l’Alabama, le candidat républicain Roy Moore, accusé d’agressions sexuelles, a donné son dernier meeting.

Le dernier meeting avant l’élection. Lundi soir, le candidat républicain au poste de sénateur de l’Alabama, Roy Moore, a participé à sa dernière réunion publique à la veille du vote. Accusé d’agressions sexuelles par plusieurs femmes, dont la plus jeune n’avait que 14 ans au moment des faits, le magistrat américain soutenu par Donald Trump a pu compter sur l’apparition de Steve Bannon, une des figures de l’alt right et ancien chef de la stratégie du président américain.

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Tous deux en ont profité pour critiquer les élites de Washington, un des arguments de campagne favoris de Donald Trump lors de l’élection présidentielle : « Nous osons défendre nos droits et nous défendrons nos droits. Nous avons déjà trop de gens qui refusent le changement à Washington, qui veulent garder leur pouvoir, le garder tel quel, garder leurs positions, et nous devons changer ça », a martelé Roy Moore, renvoyé de son poste à la Cour suprême de l’Alabama à deux reprises pour avoir refusé de retirer une statue des 10 Commandements qu’il avait fait installer dans sa salle d’audience et pour avoir refusé d’appliquer l’autorisation, par la Cour suprême, du mariage de personnes de même sexe.

Steve Bannon – AFP PHOTO / JIM WATSON

Bannon, cité par Politico, a même semble-t-il fait une remarque pour tacler Ivanka Trump, la fille du président américain qui avait déclaré n’avoir « vu aucune explication valable » et n’avoir « aucune raison de remettre en cause les témoignages des victimes » de Roy Moore, précisant qu’« il y a un endroit réservé en enfer pour ceux qui s’attaquent aux enfants » : « Mitch McConnell et le sénateur Shelby, et Condi Rice et tous ceux-là, le petit Bobby Corker, toute l’élite qui ne soutient pas du tout Trump. Il y a un endroit spécial en enfer pour les républicains qui n’ont pas assez de jugeote. Vous savez qu’ils essaient de faire taire le président Trump et le juge Moore. Ils préféreraient voir Roy Moore perdre, vous le savez ». Tous les trois ont en effet pris position, à un moment donné, contre Roy Moore : le premier l’avait enjoint à se retirer de la course après les accusations d’agressions sexuelles, le deuxième, sénateur sortant de l’Alabama, a assuré ne pas avoir voté pour le candidat, Condoleezza Rice a appelé les électeurs, sans nommer Roy Moore, à « rejeter le sectarisme, le sexisme et l’intolérance » et le sénateur du Tennessee Bob Corker a critiqué ouvertement le président dernièrement.

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Un temps hésitant sur le soutien à apporter à Roy Moore, qui a battu le candidat qu’il soutenait à la primaire républicaine, Donald Trump a publié plusieurs tweets incitant les électeurs à voter pour lui. Non seulement Moore porte un discours semblable au sien, mais surtout Trump y voit un parallèle avec sa propre histoire : lui aussi a été accusé d’attouchements sexuels durant la campagne présidentielle. Lundi, trois des femmes qui ont témoigné contre lui ont d’ailleurs appelé le Congrès à ouvrir une enquête.

Moore n’est pas antisémite, selon sa femme : « Un de nos avocats est juif »

Roy Moore a également fait monter sur scène son épouse Kayla, qui était dans la même classe au lycée que Beverly Young Nelson, une des femmes qui l’accuse d’agression sexuelle. Critiquant les médias qui ont selon elle déformé l’image de son mari, reprenant la formulation « fake news » chère à Donald Trump, Kayla Moore a assuré qu’il n’était pas antisémite : « Les ‘fake news’ vous diront que nous ne nous soucions pas des juifs. Et je vous le dis parce que je l’ai lu et je voudrais rectifier la vérité tant qu’ils sont là. Un de nos avocats est juif. Nous avons de très proches amis qui sont juifs, et des rabbins, avec qui nous avons de bonnes relations ».

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Ses propos font référence aux déclarations de Roy Moore sur George Soros, un milliardaire américain qui a largement financé Hillary Clinton et qui fait l’objet de nombreuses théories du complot de la part de l’extrême droite, aux Etats-Unis comme en Europe, notamment basées sur sa foi. « Peu importe son argent, il va aller dans le même endroit que les gens qui ne reconnaissent pas Dieu, la moralité et qui n’acceptent pas son salut. Et ce n’est pas un bon endroit », avait assuré Moore la semaine dernière, s’attirant des accusations d’antisémitisme.

Jeu serré

Elle a poursuivi : « Les ‘fake news’ vous feront aussi croire que mon mari ne soutient pas la communauté noire. Pourtant mon mari a nommé le premier marshal noir de la Cour suprême de l’Alabama, M. Willie James. Quand il a pris ses fonctions de président de la Cour suprême il y a bien des années, il a pris avec lui trois employés du comté d’Etowah. Deux étaient noirs, et l’un d’entre eux est ici ce soir ».

Les sondages n’apportent pas de vainqueur clair à ce vote : selon la chaîne conservatrice Fox News, le démocrate Doug Jones a dix points d’avance. Mais c’est la seule enquête d’opinion lui donnant une telle avance, les autres font état d’un faible écart ou d’un léger avantage pour Roy Moore. La mobilisation électorale, une nouvelle fois, sera critique.

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