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Pour Jean-Luc Crucke, « il faut se réjouir de la suppression des primes Qualiwatt au photovoltaïque »

panneaux photovoltaïques

Vogue la galère pour les énergies vertes ? | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Politique

En annonçant sa volonté de supprimer Qualiwatt, le régime de primes destinées à soutenir l’installation par les particuliers de panneaux photovoltaïques, le ministre wallon de l’Énergie Jean-Luc Crucke s’est vu accuser de ne plus promouvoir les énergies vertes. La Wallonie, terrain fertile pour les énergies fossiles ? Que du contraire selon le ministre. 

Ce lundi, Jean-Luc Crucke a pourtant présenté en commission du parlement wallon sa proposition de suppression de Qualiwatt, le régime de primes destinées à soutenir l’installation par les particuliers de panneaux photovoltaïques. Une proposition qui doit encore être avalisée par le gouvernement, et qui a déjà valu au ministre une volée de bois vert. Parmi les reproches sur la volonté perçue du ministre d’abandonner les énergies vertes au profit des énergies fossiles, certains mécontents se sont plutôt concentrés sur leur portefeuille. Sur Sudinfo, un commentateur regrette ainsi qu’il soit « interdit au Belge moyen de faire un bénéfice quelconque ». Car c’est bien ici de cela qu’il s’agit.

Évolution positive

En effet, lorsqu’il a été décidé d’offrir des primes aux citoyens décidant d’installer des panneaux photovoltaïques en 2014, la situation était bien différente d’aujourd’hui. Pour rappel, les primes Qualiwatt avaient été instaurées pour remplacer le système d’attribution de certificats verts Solwatt, qui avait généré un important dérapage budgétaire vu l’engouement des citoyens et l’absence de cadre suffisant. « Les certificats verts ont amené à une bulle de 2 milliards, qu’il faut continuer à financer aujourd’hui » regrette le ministre wallon de l’Énergie. Qui a voulu à tout prix éviter cette situation avec les primes. « Elles ont été évaluées sur base d’un retour d’investissement de 8 ans et d’un taux de rentabilité de 5%, mais en réalité, le taux de rentabilité est de 8%, soit 50% de plus que les prévisions de 2014. C’est très positif, mais cela veut aussi dire qu’il n’y a plus besoin de prime pour installer des panneaux photovoltaïques chez soi de manière rentable » se réjouit Jean-Luc Crucke, qui souligne l’importance des avancées technologiques dans ce revirement.

Les installations photovoltaïques sont 30% moins chères qu’en 2014, mais aussi plus performantes. Elles peuvent désormais vivre sans l’aide du public, ce qui est une bonne nouvelle parce que cela veut dire que l’énergie renouvelable a réussi à être self-supporting.

Jean-Luc Crucke

Et le ministre de surenchérir : « c’est merveilleux, personne ne pensait qu’on arriverait aussi vite à ce type de situation du point de vue du photovoltaïque. Il faut se réjouir que les primes ne soient plus nécessaires ». D’autant que selon lui, c’est avant tout le citoyen wallon qui en bénéficie.

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Jean-Luc Crucke – BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

 

« Même si les primes sont données par le gouvernement wallon, en vrai, elles sont financées par les citoyens. Cela représente 16 millions d’euros depuis 2014 et ça, ce sont tous les citoyens qui le paient. Si on supprime les primes, cela représente une économie de 5 millions d’euros. Ce sont 5 millions qui ne vont pas être dépensés, qui vont donc être en moins dans la facture d’électricité, donc c’est une bonne nouvelle. Cela ne représente pas une somme énorme dans les factures des citoyens, mais ce sont les petites rivières qui font les grands fleuves ». Au budget wallon aussi. « La Région wallonne a fait un effort tant qu’il se justifiait, mais quand il ne se justifie plus, ça devient un cadeau. On a dit qu’il y avait un effet psychologique, et que les primes encourageaient le changement, mais si il faut subventionner cet effet, on est parti dans un labyrinthe de dépenses publiques qui fait que la dette wallonne va continuer à enfler et que le budget wallon deviendra infréquentable ». Sans compter que Jean-Luc Crucke tient à envoyer un message clair aux citoyens.

Révolution renouvelable

« Au final, ce n’est pas tellement le montant de l’économie qui importe, c’est le principe de dire que l’argent public ne peut pas être utilisé pour ce qui est bénéficiaire, d’autant qu’on en a bien besoin pour d’autres filières durables. Bon nombre d’entre elles ne savent pas vivre sans aides publiques, les biomasses par exemple, qui seront nécessaires demain mais qui n’ont pas encore atteint leur niveau de maturité aujourd’hui ». Une évolution que la Région compte bien suivre de près.

C’est totalement faux de dire que le gouvernement wallon n’apporte plus de soutien aux énergies vertes, on n’arrête pas d’en apporter, et on continue de subventionner toutes les énergies qui ne sont pas rentables.

Jean-Luc Crucke

Les énergies fossiles ? « J’ai demandé à ce qu’on identifie d’éventuelles aides qu’il y aurait encore aux fossiles dans le budget wallon pour pouvoir les supprimer, mais je ne suis même pas certain qu’il y en ait encore au niveau de la Région » se réjouit le ministre. Qui l’affirme son engagement : « évidemment que je suis en faveur des énergies renouvelables. On vit dans un monde qui a en grande partie été laminé du point de vue du climat et de l’environnement, donc il faut une révolution. Et ça passe par l’effort d’utiliser des énergies propres et renouvelables plutôt que des énergies fossiles ».

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