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Dépistage cancer du sein : Des risques sous-estimés selon des médecins

cancer du sein

Image d'illustration. | © Unsplash/Annie Spratt

Santé

Nos institutions sous-estiment-elles les risques du dépistage du cancer du sein ? C’est ce que dénonce une courte vidéo de Cancer Rose, un collectif de médecins qui militent pour une « information loyale et indépendante » sur le sujet. À l’heure de la campagne incitative d’Octobre rose, ils souhaitent compléter l’information destinée aux femmes. 

« Nos seins, on les aime encore. Et non, on ne les joue pas à la loterie du dépistage », telle est l’amorce de la vidéo d’information sur le dépistage du cancer du sein réalisé par Cancer Rose, un collectif de médecins indépendants qui déplore que « l’information loyale et complète sur les méfaits du dépistage ne soit toujours pas donnée aux femmes ». En dépit des vœux exprimés lors de la concertation citoyenne en 2016.  « L’Institut national du cancer (INCa) minimise encore le surdiagnostic alors qu’il s’agit d’un risque majeur », explique la radiologue Cécile Bour, présidente de Cancer Rose, au sujet des femmes diagnostiquées et traitées inutilement suite au dépistage, c’est-à-dire pour de « prétendus cancers » qui ne les auraient jamais rendu malades.

Dans « Le dépistage mammographique, ça fait quoi ? », un mini film de 3 minutes qui reprend les codes pop acidulés et fruits et légumes de la campagne officielle de l’INCa, Cancer Rose livre des informations dont les voix institutionnelles ne se font pas l’écho. Et déconstruit, données de la science à l’appui, le message phare de la campagne selon lequel un cancer détecté tôt (avant l’apparition des symptômes) permet d’engager des « traitements moins lourds, moins longs, et plus efficaces ». Le film explique que non seulement les cancers agressifs et dangereux sont le plus souvent ratés par le dépistage, mais que les traitements ne s’avèrent pas moins lourds chez les femmes dépistées.

Le bilan penche nettement en faveur des risques du dépistage plutôt que des bénéfices.

« Alors que les preuves s’accumulent au fil des dernières années, nous ne comprenons pas que les autorités sanitaires ne parlent pas des surtraitements, à savoir l’augmentation des mastectomies et des radiothérapies chez les femmes dépistées », explique la présidente de Cancer Rose qui, avec d’autres collectifs, a interpellé l’INCa dans une lettre ouverte, l’année dernière, sur les insuffisances de l’information faite aux femmes. Elle ajoute : « Si on comptabilise aussi les fausses alertes, les cancers radio-induits et les décès consécutifs aux traitements lourds, le bilan penche très nettement en faveur des risques du dépistage du cancer du sein plutôt que des bénéfices ».

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Le dépistage n’a pas fait chuter le nombre de femmes décédées par cancer du sein

Quid de la mortalité ? Le diagnostic, avant l’apparition des symptômes, permet-il aux femmes d’être en vie « 5 ans après », comme l’affirme le message vidéo de l’INCa ? « La survie à 5 ans n’est pas l’espérance de vie », précise le Formindep (association pour une formation médicale indépendante) qui explique que cette notion d’épidémiologie, mal relayée par les communiqués de presse des institutions, mesure plus la durée de vie du cancer que celui de la patiente. De son côté, le Dr Cécile Bour cite des données récentes qui confirment que le dépistage n’a pas fait chuter le nombre de femmes décédées par cancer du sein. Elle explique : « Les femmes qui se font dépister vivent plus longtemps parce qu’aujourd’hui toutes les patientes atteintes d’un cancer du sein et traitées vivent plus longtemps ».

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« Les femmes ne sont pas des courges », conclura avec humour le mini film, restant jusqu’au bout dans la métaphore des légumes… Plutôt que d’inciter les femmes à participer au dépistage, les informer loyalement pour qu’elles fassent un choix éclairé, tel est le credo de ces médecins qui se positionnent ainsi en contrepoint de la campagne massive d’Octobre rose.

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