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#ThisIsMyLane : Pourquoi la violence armée est (aussi) le problème des médecins américains

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Image d'illustration. | © Unsplash/Piron Guillaume

Santé

En réponse à la NRA qui critiquait les médecins américains préconisant le contrôle d’armes à feu, ces derniers se sont tournés vers Twitter pour partager des témoignages poignants et terribles sur l’impact du crime par armes à feu sur leur travail et, plus important encore, sur leurs patients.

 

Deux jours avant la fusillade qui a fait 12 morts dans un bar bondé d’une banlieue de Los Angeles, la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu aux États-Unis, attaquait un article scientifique, rédigé par l’American College of Physicians, qui formulait une série de recommandations pour réduire le nombre de décès et de blessures dus à la violence par armes à feu. « Quelqu’un devrait dire aux médecins vaniteux opposés aux armes à feu de se mêler de leurs affaires », écrit l’association sur Twitter.

Des mots qui ont eu le don d’énerver le corps médical. Étant les premiers exposés aux blessures par balles, les chirurgiens, infirmiers et ambulanciers américains ont répondu à la NRA, via les hashtags #ThisIsMyLane et #ThisIsOurLane, pour prouver que la violence liée aux armes à feu les touche eux aussi. Alors que la tuerie de Thousand Oaks, en Californie, était la 307e « fusillade de masse » depuis le début de l’année 2018, les soignants racontent leurs efforts bien trop souvent infructueux pour sauver une personne abattue, de la lutte des victimes blessées par balle au long de leur vie ainsi que la douleur des proches informés de la mort de leur enfant ou parent.

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« Hé @NRA, avez-vous déjà dû regarder une mère dans les yeux et lui dire : « Je suis désolé, nous avons fait tout ce que nous pouvions, mais votre enfant est mort » après avoir été blessé par balle. Parce que moi, oui », a écrit Elizabeth Laverriere, de l’hôpital pour enfants de Philadelphie. « Est-ce que vous avez la moindre idée du nombre de balles que j’extrais des cadavres chaque semaine ? Ce ne sont pas juste mes affaires, c’est mon putain de quotidien », interpelle de son côté, Judy Melinek, une médecin légiste qui voit au moins un ou deux décès par balle par semaine et estime que ses cinq collègues ont à peu près le même nombre de cas, rapporte ABC.

La NRA dit que les docteurs devraient se mêler de leurs affaires. Mon affaire, c’est une femme enceinte touchée par balle dans un moment de rage par son compagnon. Elle a survécu parce que le bébé a arrêté la balle. Avez-vous déjà dû accoucher d’un bébé abattu ? #ThisIsMyLane

« Si mon travail consiste à localiser les 15 plombs de fusil de chasse dans l’abdomen de ma patiente de 3 ans, c’est à moi d’essayer de prévenir la violence armée. C’est une crise de santé publique, travaillons ensemble pour l’étudier et la résoudre ! », a répondu Jessica Boat Landry à la NRA.

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Certains médecins ont affirmé posséder des armes à feu, mais comprenaient tout de même la nécessité de traiter la violence armée comme un grave problème de santé publique. En effet, comme l’a noté un médecin, cité par le Washington Post, si un virus tuait comme le font les armes – au hasard et de façon imprévisible, 20 enfants en cinq minutes à un endroit, 58 personnes en 15 minutes ailleurs – les gens réclameraient une action de la part de la communauté médicale et scientifique. « Le public devrait comprendre que la majorité des membres de la communauté médicale ne sont pas anti-armes à feu », précise Adam Shiroff, un traumatologue de la région de Philadelphia, à Buzzfeed. « Nous sommes contre les morts inutiles et évitables ».

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D’autres médecins ont partagé des véritables images de leurs pantalons et chaussures couverts du sang de leurs patients. « Voici à quoi ça ressemble de m’occuper de mes affaires. Nous ne resterons pas silencieux sur le bilan de violence liée aux armes à feu. Je parle pour ce patient, pour ses parents qui ne seront plus jamais pareils, pour chaque personne qui est venue après celui-ci et qui n’aurait pas dû ».

Mais ce ne sont pas seulement les décès qui ont bouleversé les médecins participant à ce mouvement. Ils sont nombreux à avoir partagé des images, des rayons X et des histoires sur les blessures et les conséquences désastreuses de la violence armée sur les patients. « Les médecins de l’hôpital ont une bien meilleure perspective sur les survivants, ceux qui souffrent de blessures abdominales dévastatrices, de lésions cérébrales, de blessures traumatiques. Ils ont survécu mais ces blessures ont des effets sur leur vie et leur source de revenu pour le reste de leur existence », explique Dr. Judy Melinek.

« Des centaines de milliers de victimes par balle entrent dans nos salles d’urgence. Des milliers de personnes meurent. Des milliers de personnes sont gravement blessées. Plusieurs milliers se trouvent dans nos salles d’opération et nos unités de soins intensifs. Des milliers de personnes ont besoin de nos services de réadaptation. Nous dépensons plusieurs millions de dollars en soins des blessures par balle« , souligne un autre membre du corps médical.

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