Fibromyalgie : Un mal bien réel

Fibromyalgie : Un mal bien réel

Fybromyalgie

Des facteurs peuvent la favoriser : une prédisposition génétique, une baisse des œstrogènes, une situation psychologique fragile (troubles anxieux, dépression), parfois un traumatisme. | © Maranatha Pizarras

Santé

La fibromyalgie, longtemps étiquetée maladie imaginaire, ne l’est pas. Le Pr Françoise Laroche, rhumatologue, responsable du centre de la douleur de l’hôpital Saint-Antoine, Paris XIIe. décode ce syndrome douloureux, chronique et diffus.

D’après un article de Paris Match France du Dr Philippe Gorny

Paris Match. Qu’est-ce que la fibromyalgie ?
Pr Françoise Laroche. C’est un ensemble de symptômes douloureux, touchant l’appareil locomoteur de façon diffuse, qui persiste depuis au moins trois mois, d’évolution chronique. Aucune lésion organique n’est pour autant détectable, comme dans les affections longue durée. L’imagerie et la biologie sont normales, ce qui a longtemps conduit à mettre ce syndrome sur le compte d’un mauvais état psychologique ou d’une maladie imaginaire. La fibromyalgie a été reconnue “maladie” par l’OMS en 1992, par la Haute Autorité de santé (HAS) et l’Assurance maladie en 2017.

Quelle est sa fréquence en France ?
1,6 % de la population est touchée, les femmes sept à dix fois plus que les hommes. L’âge moyen de survenue se situe entre 40 et 50 ans. Près de 30 % des formes sont sévères. Des facteurs peuvent la favoriser : une prédisposition génétique, une baisse des œstrogènes, une situation psychologique fragile (troubles anxieux, dépression), parfois un traumatisme. Des événements de vie difficiles (professionnels, de santé ou autres) ou un grand stress peuvent être des déclencheurs; la non-reconnaissance de la plainte et le surmenage sont des facteurs d’entretien.

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Fibromyalgie
© Sydney Sims / Unsplash

Quels signes la caractérisent ?
1. Les douleurs : bien réelles, elles intéressent les insertions tendineuses, les muscles et/ou leurs enveloppes (aponévroses ou fascias). Elles évoluent par poussées sur un fond quasi permanent, sont volontiers migratrices, touchent souvent les régions du cou, des lombes, des coudes et des genoux. Quand on demande au patient de montrer sur un dessin les zones douloureuses, celles-ci doivent concerner au moins 4/5 du corps et quatre à six sites. L’examen clinique vérifie l’absence de pathologies lésionnelles (gonflement d’une articulation, lésion ligamentaire, musculaire ou cutanée).
2. Les troubles du sommeil : ils sont constants avec une sensation de réveil “non reposé”.
3. La fatigue, avec perte de concentration, de mémoire, de l’attention : souvent accompagnée d’acouphènes, de céphalées de tension, de troubles digestifs et/ou urinaires fonctionnels. S’il le faut, des examens complémentaires élimineront d’autres maladies (polyarthrite rhumatoïde, lupus, hypothyroïdie…), parfois associées.

La prise en charge est pluridisciplinaire A-t-on une idée du mécanisme sous-jacent ?
Oui. Il s’agit d’anomalies de modulation de la douleur objectivables en imagerie grâce à l’IRM fonctionnelle, notamment. Les zones du cerveau qui contrôlent les aspects corporels, cognitifs et émotionnels de la douleur sont déréglées, ce qui entraîne la défaillance des voies nerveuses chargées d’inhiber la douleur. Il en résulte des seuils de tolérance à la douleur anormalement bas.

En quoi consiste la prise en charge ?
1. Annoncer le diagnostic et expliquer la maladie par des moyens écrits (brochure dédiée, visite du site reseau-lcd.org) est capital.
2. Les traitements non médicamenteux sont privilégiés, surtout les exercices physiques d’aérobie réguliers, doux, fractionnés, personnalisés (marche, vélo, natation, aquagym…) et les disciplines facilitant la gestion du stress (tai-chi, qi gong, yoga, méditation de pleine conscience).
3. Un soutien psychologique est utile en cas de dépression, de troubles anxieux et de difficultés à faire face.
4. Des médicaments sont utiles. Les antalgiques classiques type paracétamol sont peu efficaces sauf en prévention d’une douleur attendue. Certains antidépresseurs et antiépileptiques le sont sur le plan antalgique. La prise en charge est pluridisciplinaire. A moins de ne rien faire, l’évolution naturelle n’est pas l’aggravation. Si on agit, on peut espérer avoir une vie satisfaisante au prix de quelques adaptations.

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