Pour la santé mentale, il est grand temps d’apprendre à s’ennuyer

Pour la santé mentale, il est grand temps d’apprendre à s’ennuyer

ennui psychologie

S'ennuyer permet à l'esprit de résoudre des problèmes par lui même et d'être créatif, tout en flânant et en rêvassant. | © Unsplash / Julian Howard

Santé

Accepter de s’ennuyer (pour de vrai) aurait plus d’un effet bénéfique sur la santé, suggère une nouvelle étude.

 

On le déteste depuis qu’on est petit. On fait tout pour l’éviter ou le contourner. Certains en feraient même des cauchemars la nuit. On a nommé : l’ennui. Celui qui nous fait tourner en rond, lever les yeux au ciel et tirer la grimace. Celui que l’on associe au néant et qui tend forcément à être déplaisant.

Pourtant, une récente étude publiée dans le journal Academy of Management Discoveries démontre que s’ennuyer n’est pas si mal qu’on pourrait le penser. À condition de savoir comment s’y prendre.

L’ennui stimule la créativité

Intitulée « Pourquoi l’ennui n’est finalement pas une si mauvaise chose« , l’étude repérée par le Time suggère que le fait de s’ennuyer peut avoir des effets positifs sur la santé mentale, notamment sur la productivité personnelle et la créativité. « L’ennui est probablement l’une des émotions les plus répandues mais également les moins comprises », écrivent les auteurs de l’étude. « Il est facile de trouver des exemples de la façon dont l’ennui peut engendrer des états émotionnels négatifs (…) Mais entraîne-t-il invariablement des conséquences négatives ? »

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Pour le savoir, les scientifiques ont effectué leurs recherches sur deux groupes de personnes, l’un effectuant une tâche ennuyeuse (trier méthodiquement un bol de haricots par couleurs), l’autre soumis à une activité artisanale intéressante. Chaque groupe a ensuite été soumis à une même tâche censée stimuler l’imagination : proposer une série de bonnes excuses lorsque l’on est en retard. Résultat, les personnes ayant exécuté l’activité rébarbative du tri de haricots sont celles qui ont trouvé le plus d’excuses (et les plus originales).

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La créativité n’a pas besoin de limites. © Unsplash / The Creative Exchange

De l’importance de rêvasser

« L’ennui repose essentiellement sur la recherche non-satisfaite d’une stimulation neuronale », explique Sandi Mann, auteure de L’avantage du repos : Pourquoi l’ennui est-il une bonne chose ?. « Si on ne trouve pas cette stimulation, c’est notre esprit qui finira par la créer », poursuit-elle. Car comme l’ont déjà démontré d’autres études, s’ennuyer permet à l’esprit de résoudre des problèmes par lui même et d’être créatif, tout en flânant et en rêvassant. En résumé, si vous ne trouvez rien pour vous stimuler les neurones, laissez votre esprit le faire à votre place. Vous pourriez être surpris de ce qu’il vous réserve…

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Par ailleurs, s’autoriser l’ennui c’est aussi s’accorder du répit et s’évader d’un quotidien qui nous sollicite constamment. S’il est important de savoir « déconnecter », il l’est tout autant de le faire suffisamment longtemps afin de laisser place à l’ennui. Car avec les smartphones qui nous donnent un accès non-stop à l’info, aux emails et aux réseaux sociaux, difficile d’accorder une vraie pause à notre cerveau. « Notre dépendance culturelle à la technologie détruit paradoxalement notre capacité de nous ennuyer et nous empêche de nous divertir vraiment », explique Sandi Mann. « On swipe et on scrolle l’ennui dès qu’il arrive (…) Notre tolérance à l’ennui a complètement changé et nous le supportons de moins en moins. »

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 Pour s’ennuyer réellement et profondément, choisissez une activité qui demande peu voire aucune concentration. © Pexels

L’ennui, le vrai

Mais savons-nous comment « bien » s’ennuyer ? Pour ce faire, il convient de ne pas confondre l’ennui avec le repos ou la relaxation. Comme le précise Sandi Mann, une activité calme et paisible (comme le yoga ou la méditation) n’implique pas le véritable ennui. Pour s’ennuyer réellement et profondément, elle suggère de choisir une activité qui demande peu voire aucune concentration, comme marcher sur un chemin connu, nager ou écosser des petits pois, afin de laisser son esprit vagabonder, sans musique ni stimulation pour le guider. En faisant la queue au supermarché, retenu par une réunion interminable ou condamné à patienter de longues minutes dans la salle d’attente du médecin, résistez à l’envie de contourner l’ennui. Et laissez votre cerveau, votre humeur et votre créativité s’envoler.

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