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La tournée minérale : Peut-être « pas utile », mais nécessaire

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Les mocktails, votre allié durant un mois sans alcool. | © Pixabay

Santé

Depuis plusieurs années, pendant le mois de février, la tournée minérale invite les Belges à relever le défi de passer un mois sans boire d’alcool. Chaque année, pourtant, le concept fait un peu moins d’adeptes. Qu’on craque ou pas pendant 28 jours, les effets sont relatifs. Mais si cela permet de faire prendre conscience aux gens qu’ils boivent trop, alors c’est gagné.

Après le Dry January, ce mois de février est synonyme pour près de 50 000 Belges de « Tournée minérale ». Et l’engagement n’est pas simple. Les plus fervents ont été titillés depuis le tout début du défi par un adversaire de taille : le week-end, ses sorties prévues de longue date et ses événements divers et non moins importants à fêter impérativement. Écart ou pas, en ce début de mois sans alcool (bis), il est légitime de se demander si les nombreux effets qu’on lui concède sont avérés. Et surtout s’ils durent sur le long terme. Vous vous en doutez, les réponses sont aussi diverses que les individus qui y participent. Quand on y regarde de plus près, on se dit qu’un mois d’abstinence est moins utile à court terme que nécessaire pour faire prendre conscience que, non, boire plus d’une dizaine de verres d’alcool tous les jours du week-end dont on ne se rappelle que vaguement n’est pas tout à fait normal. Pas plus que se terminer une (ou plusieurs) bouteille de vin tous les deux jours ou de s’enfiler des bières spéciales devant chaque épisode le soir, pour « se détendre après une longue journée de travail ».

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D’ailleurs quand on demande à Vincenzo Castronovo, professeur de biologie à la faculté de médecine de l’université de Liège, responsable d’un diplôme européen en micronutrition et qui étudie l’impact de l’alimentation sur la santé depuis une bonne vingtaine d’années, si arrêter l’alcool pendant un mois est utile pour la santé, sa réponse est sans appel : « ce n’est sûrement pas utile ! » Bon… Mais il nuance : « ce qui est intéressant dans cette campagne c’est que les personnes prennent conscience de leur addiction et des difficultés qu’elles ont de se passer de l’alcool ». Si l’expérience pourrait conduire certains participants à diminuer leur consommation d’alcool pour de bon « ça vaudrait la peine d’évaluer le nombre de personnes qui reprennent de plus belle ».

Après la première édition de la Tournée minérale, l’université de Gand (UGent) avait mené une étude auprès de 15 257 personnes sur les 120 000 participants à la tournée de 2017. Six mois plus tard, il est ressorti que leur consommation d’alcool était passée de dix verres par semaine à huit. Ces chiffres signifieraient, pour l’université, que la prise de conscience par rapport à sa consommation d’alcool est durable. Plus récemment, c’est l’université de Sussex qui mesurait les effets du Dry January et qui concluait que les personnes qui ont relevé le défi en janvier buvaient tous moins en août. Bonne nouvelle donc pour les plus grands fervents de février à l’eau.

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Remplacer son verre de vin quand on sort n’est pas toujours évident. © Unsplash

L’excès nuit en tout

Mais que ceux qui préfèrent février sans supermarchés plutôt que février sans alcool se rassurent : l’alcool n’est pas mauvais en petite quantité, « surtout s’il est pris en mangeant et avec une absorption pas trop rapide », souligne le professeur Castronovo. Il nous explique : « à faible dose, il est utilisé comme nutriment et transformé en gras ou en sucre ». C’est comme pour tout, c’est quand il y en a trop que cela devient problématique. Mais donc, arrêter l’alcool pendant un mois, c’est bien ? « Cela permet au corps de se reprendre, de faire une pause, de restaurer les nutriments nécessaires aux cellules du foie. C’est une période de récupération. Mais si on reprend de plus belle ensuite, les bénéfices n’ont pas d’effet à moyen ou long terme », répond-il.

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Pourtant, les effets bénéfiques que nous vend la tournée minérale font rêver : davantage d’énergie, sommeil de qualité, perte de poids, belle peau. Mais ceux qui ont déjà fait l’expérience le savent, ces avantages ne se révèlent pas à tout le monde de la même façon. Certains n’en voient tout simplement pas les effets. C’est sans doute pour cette raison que la tournée fait, chaque année, de moins en moins d’adeptes (du moins, qui se déclarent comme tel sur leur site internet). « Il est difficile de dire combien de temps est nécessaire pour faire une vraie cure. La réponse est compliquée car très individuelle, cela dépend de quels types d’enzymes nous avons, si on a des carences, nos habitudes, etc. On ne peut pas faire de généralité ». D’après lui, il serait plus intéressant de boire régulièrement mais pas en trop grande quantité que de s’abstenir pendant un mois pour reprendre nos vieilles habitudes après. Si l’effet à long terme de cette tournée minérale permet de faire prendre conscience aux gens que leur consommation d’alcool les tue à petit feu (accessoirement, la campagne existe pour soutenir la recherche contre le cancer) et que cela les encourage à changer leurs habitudes, alors un mois sans alcool est véritablement nécessaire. Et oui, les jeunes, ça vaut aussi pour vous.

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