Le tabouret, l’accessoire insoupçonné (et indispensable) de vos toilettes

Le tabouret, l’accessoire insoupçonné (et indispensable) de vos toilettes

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La manière dont nous larguons nos déjections est inappropriée, incorrecte, erronée - choisissez le terme que vous préférerez. | © Pixabay

Santé

Raillé sur les réseaux sociaux, associé aux blagues pipi-caca de fin de soirée, le tabouret de toilettes peine à asseoir sa crédibilité. Facilitant la vidange de nos excréments, il mériterait pourtant une place de choix dans nos WCs.

 

Et si depuis tout petit, on nous avait menti sur la meilleure façon de faire la grosse commission ? À force de consultations et autres diagnostics autour du colon, certains experts de la santé ont fini par se poser la question : au fond, comment est-ce qu’on fait pour bien déféquer ?

Il était temps d’arrêter de tourner autour de pot et de révéler la vérité au grand jour. La manière dont nous larguons nos déjections est inappropriée, incorrecte, erronée – choisissez le terme que vous préférerez – et le fait de l’avoir prouvé semble ne rien changer à nos habitudes d’Occidentaux bornés. Pourtant, un accessoire discret et à la portée de tous pourrait faire toute la différence.

Réapprendre la première chose qu’on a appris

En 2015, l’entreprise Squatty Potty fut l’une des premières à présenter le tabouret comme l’accessoire qui révolutionnerait notre manière de se soulager. Dans une publicité déjantée – qui comptabilise aujourd’hui plus de 35 millions de vues sur YouTube – la marque américaine affirmait que l’on avait tout faux sur la façon de faire popo. Schémas et crèmes glacées à l’appui, on découvrait que pour faire caca « comme des rois », dixit le slogan, il fallait simplement changer l’angle de tir en relevant ses pieds à l’aide d’un tabouret. L’objectif : « redresser l’angle anorectal » pour permettre « une élimination plus rapide et plus complète ».

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On avait quand même bien ri face à de telles licorneries. Partagé et bafoué en masse sur les réseaux sociaux, le message de Squatty Potty n’avait pourtant rien de drôle : « Les toilettes modernes sont pratiques, mais présentent un défaut majeur ; ils nous obligent à nous asseoir », lisait-on sur le site officiel. Or, « être assis dans le mauvais angle peut provoquer des constipations sévères, des ballonnements et des hémorroïdes », répétait-on deux ans plus tard dans un nouveau spot publicitaire, aussi troublant que le premier.

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Capture d’écran YouTube : Squatty Potty® – This Unicorn Changed the Way I Poop

Blague à part, il s’agissait donc – pour être bien dans son colon et dans sa tête – de « réapprendre la première chose que l’on avait appris ». Car si pour la plupart d’entre nous, faire caca sur le pot ou la cuvette a toujours été la norme, ce n’est pas le cas de nos ancêtres ni de nos cousins asiatiques… qui ont tout compris en allant à la selle accroupis.

De l’importance d’être bien en selle

Pour mieux comprendre le fonctionnement du tube digestif et les bienfaits que peut lui procurer un simple tabouret, rien ne vaut Le charme discret de l’intestin savamment écrit par Giulia Enders. Dans son best-seller traduit en 18 langues, la drôle d’étudiante en médecine annonce franchement la couleur : « De tous temps, la position accroupie a été la position naturelle pour faire ses besoins ». Pour cette Allemande – âgée d’une vingtaine d’années au moment de rédiger sa thèse sur le microbiote intestinal – être bien en selle est primordial. Dès les premières pages de son ouvrage, la jeune femme décrit « l’art du bien chier en quelques leçons » et nous rappelle le b.a-ba de la défécation.

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« La sortie de secours de notre système digestif n’est pas conçue pour s’ouvrir tant que nous sommes assis ou debout », écrit-elle. En s’appuyant sur les recherches de Dov Sikirov, médecin israélien qui s’est penché sur les différentes postures de défécation possibles, Giulia Enders démontre comment la position accroupie peut faciliter le processus d’évacuation et nous éviter bien des tracas intestinaux. Lorsque l’on est assis en angle droit, « un muscle enserre notre intestin comme un lasso et le tire de manière à ce que se crée un coude (…) », poursuit-elle. Ce n’est que quand les sphincters sont relâchés que ce coude disparaît et « qu’on peut mettre les gaz » face à une route droite et dégagée. Le tout en deux minutes chrono.

Le Charme Discret de l’intestin ; Tout sur un organe mal aimé, Giulia Enders (2015). Illustration : © Jill Enders.

En résumé, la position assise prolonge la durée du spectacle, nous faisant passer de longues minutes sur le sacro-saint trône. Et si certains ont appris à faire durer le plaisir en se plongeant dans un magazine, une partie de Candy Crush ou des origamis, cette posture peut à terme nous causer bien des soucis. Constipation, hémorroïdes, diverticules, ballonnements, varices, AVC… ; des maux observés uniquement chez « nous autres Occidentaux, qui préférons pousser comme des forcenés, jusqu’à expulsion des tissus par l’anus, et faire ensuite éliminer ce qui dépasse chez le médecin – tout ça parce que trôner dignement vaut mieux que de s’accroupir bêtement », s’indigne Giulia Enders.

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Nul besoin de grimper sur la cuvette pour s’y accroupir ni même de réinstaurer les redoutables (et redoutées) toilettes à la turque – qui sont en fait grecques, chinoises ou bulgares, selon les points de vue, car on peut aussi s’accroupir tout en restant confortablement assis. « Il suffit de poser les pieds sur un petit tabouret bas et de pencher légèrement le buste en avant », spécifie l’étudiante en gastroentérologie.

C’est (même) la science qui le dit

C’était donc vrai. Les colons, intestins et rectums du monde entier seraient bien plus heureux s’ils avaient à disposition dans les WCs ce petit accessoire pratique et discret. Mais à force d’être raillé et mal assumé, le tabouret de toilettes peine à asseoir sa crédibilité. Heureusement, il peut compter sur le soutien d’une poignée de scientifiques venus lui apporter la seule chose qui lui manquait : la preuve médicale attestant de sa véritable efficacité.

Relayée par le Time en janvier dernier, une étude publiée dans le Journal of Clinical Gastroenterology confirmait (enfin) ce dont certains étaient déjà persuadés en secret : aller à la selle en mettant les pieds sur un tabouret « a une influence positive sur la durée de l’expulsion des selles, l’épreuve d’efforts et l’évacuation complète des excréments », indiquait-on dans le rapport. Après avoir mis une cinquantaine d’étudiants à l’essai, les scientifiques ont rapporté que « 90% des participants ont affirmé ne plus avoir besoin de forcer lors de la défécation et 71% ont notifié une vidange plus rapide ». Conquis, deux tiers des cobayes ont d’ailleurs continué à utiliser leur tabouret après l’expérience, précise l’étude traduite par le site Gentside. Car comme l’indiquent les auteurs de l’étude, « c’est quelque chose qui n’est pas un médicament, mais que tout le monde peut utiliser afin d’éviter ou de soigner certains symptômes intestinaux ».

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Si aujourd’hui, on s’entête à faire caca en angle droit, c’est d’abord et surtout pour une question d’hygiène. © Unsplash / Ron Mcclenny

Confort intestinal ou hygiénique

Malgré le feu vert de la communauté scientifique, rares sont ceux qui sautent le pas en recyclant le tabouret du salon en marche-pied pour WC. Chez les personnes qui souffrent du colon irritable – soit 15 à 20% de la population occidentale – la technique peut pourtant s’avérer efficace confirme le docteur De Vaere, gastroentérologue à Bruxelles. Mais parler « caca » et « tabouret » à ses patients ne semble pas toujours évident. « Quand j’évoque le sujet avec ma patientèle, la plupart demeure incrédule », nous raconte-t-il. « Soit ils n’en avaient jamais entendu parler, soit ils pensent que je raconte des inepties. Pourtant, c’est vrai et certains ont parfaitement expliqué le pourquoi du comment dans différents travaux et ouvrages. »

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Quant à savoir si déféquer les pieds relevés peut réellement être la solution à nos problèmes d’hémorroïdes ou de constipation, le spécialiste reste nuancé. « En tant que gastroentérologue, on va toujours chercher les facteurs prioritaires qui peuvent générer ces symptômes : les habitudes ou allergies alimentaires, les grossesses, etc », et d’ajouter : « Demander à la personne si elle est correctement assise sur la cuvette n’est pas la priorité mais il est clair que l’on devrait insister davantage sur cet aspect. » Si aujourd’hui, on s’entête à faire caca en angle droit, faisant passer le confort de la chiotte avant celui du microbiote, c’est d’abord et surtout pour une question d’hygiène. « On connaît tous la moue dégoûtée face au trou béant des toilettes à la turque », lance M. De Vaere. « C’est l’aspect répugnant que l’on a associé à la position accroupie qui fait que ça bloque », conclut-il. « Obligatoirement, les gens préféreront toujours le confort de la cuvette »… et la posture aberrante à laquelle elle continue de nous condamner.

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