Le bio en plein boom

Le bio en plein boom

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Les ventes de bio explosent dans les grandes surfaces. | © Markus Spiske / Unsplash

Santé

A l’heure où les produits green envahissent les étages tous azimuts, le point avec Gérard Michaut, président de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique.

Paris Match. En  2017, le chiffre d’affaires du bio en France atteignait plus de 8  milliards d’euros. Quelle tendance observez-vous ?
Gérard Michaut. La progression continue. Les chiffres ne sont pas encore arrêtés, mais les 9 milliards d’euros seront largement dépassés au printemps. Si les ventes se tassent un peu dans les enseignes spécialisées, elles explosent dans les grandes surfaces.

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On y trouve des courgettes et des tomates labellisées à n’importe quelle saison. Peut-on avoir confiance ?
Parmi les adeptes du bio, 69 % affirment en consommer afin de préserver leur santé. Puis viennent les raisons environnementales et locales. Si personne ne voulait de tomates en hiver, on n’en trouverait pas sur les étals ! Dès l’instant où il y a le label AB, cela signifie que les produits ont été contrôlés et qu’ils répondent au cahier des charges européen : interdiction des engrais chimiques, des pesticides de synthèse, des OGM… Mais rien n’interdit de faire pousser des tomates sous serre, à condition que la chaleur soit naturelle, c’est-à-dire autoproduite, avec, par exemple, l’usage de fumier. Où qu’elle soit, l’agriculture biologique a un impact positif pour la planète. Après, tout dépend de votre niveau d’exigence. Certains font du bio avec peu d’éthique. La main-d’œuvre ne fait pas partie du cahier des charges. Résultat : dans certains pays, les bas coûts sont rendus possibles par l’exploitation d’ouvriers sous-payés.

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Markus Spiske / Unsplash

En 2022, 15 % de la surface agricole française devra être conduite en agriculture biologique. Où en est-on ?
Aujourd’hui, 7,5 % de la surface agricole utile est engagée. Beaucoup de jeunes s’installent, il y a aussi une vague de conversions. La France compte désormais plus de 40 000 fermes bio. Quand on est un agriculteur conventionnel, il faut faire sa révolution, passer d’abord au bio dans sa tête avant de le faire dans les champs. On doit se préparer aux problèmes que l’on savait surmonter grâce aux progrès techniques. Un exemple avec la folle avoine, qui colonise les champs de blé et pénalise les rendements. En agriculture conventionnelle, on sait la traiter avec le produit qui va bien. En bio, il faudra réfléchir aux assolements, à la succession des cultures… Céréalier dans l’Yonne, je suis moi-même passé par ce genre de difficultés avec deux autres agriculteurs, Marc et Franck Thibault, quand nous avons créé notre coopérative, il y a trente ans. Nous nous sommes fait pas mal de cheveux blancs, au départ ! Faire du bio, c’est une philosophie où il faut accepter que l’on puisse se tromper et ne pas confondre la rentabilité de l’entreprise avec l’utopie. L’une des clés, quand on est agriculteur de père en fils, c’est aussi de savoir surmonter le poids des traditions et de l’héritage familial.

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