Comment le harcèlement scolaire provoque des troubles mentaux

Comment le harcèlement scolaire provoque des troubles mentaux

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L'isolement touche de nombreux jeunes victimes de harcèlement. | © Pexels

Santé

La semaine passée, des chercheurs de trois grandes universités ont mis en évidence une nouvelle fois le lien entre le harcèlement scolaire et des effets négatifs sur la santé à long terme. D’après eux, il serait même la source de maladies mentales à l’âge adulte.

Le harcèlement scolaire est un fléau qui fait régulièrement parler de lui. Humiliés, moqués, agressés physiquement ou moralement, des ados et des enfants font quotidiennement face à un véritable enfer à l’école, cause de malaise et d’isolement que les jeunes ramènent à la maison sans toujours savoir comment le gérer ni en parler. Ils sont victimes d’insultes, de menaces, de fausses rumeurs, de bagarres, de racket, de rejet, etc. Autant d’agissements qui, subis régulièrement, peuvent avoir des effets néfastes insoupçonnés sur la santé des jeunes victimes. La semaine passée, une étude menée par les universités de Lancaster, Wollongong et Sydney, a dévoilé ses résultats lors de la conférence annuelle de la Royal Economic Society à l’université de Warwick, en Angleterre. Et il en ressort des conclusions graves pour la santé mentale des adolescents et l’impact que le harcèlement provoque sur eux et qui se répercute lors de leur vie adulte.

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Des impacts à court et long terme

Ce n’est pas la première fois qu’une étude fait le lien entre le harcèlement et le développement du cerveau chez les adolescents. Dans ce rapport, les chercheurs ont utilisé des données confidentielles de 7 000 élèves âgés entre 14 et 16 ans sur la fréquence et le type de harcèlement qu’ils subissaient. Les exemples racontés comprennent des insultes, le rejet d’un groupe, la violence et le racket, tous rapportés par les élèves eux-mêmes ou leurs parents. Les chercheurs ont suivi les jeunes de manière régulière jusqu’à 21 ans et ensuite à 25 ans. Ils ont aussi comparé les résultats obtenus avec l’expérience d’autres jeunes avec le même background ainsi que les mêmes résultats aux tests à l’école primaire, l’environnement social, démographique et que le statut des parents.

Sans surprise, les conclusions de l’étude expliquent que l’intimidation est courante dans les écoles : d’après le rapport, 50% des élèves déclarent avoir subi un type d’intimidation entre 14 et 16 ans. Cela a des effets négatifs sur les résultats scolaires et augmente le risque d’arrêter l’école après 16 ans de 10%. Mais les résultats de l’étude montrent aussi que le fait d’avoir été harcelé à l’école a des conséquences dans d’autres sphères de la vie et à plus long terme. Ainsi, une personne qui a été harcelée durant sa jeunesse aurait 30% de chances en plus d’être au chômage à 25 ans. Sans compter que les personnes qui ont été subi des formes d’intimidation pendant plus longtemps ou plus violemment subissent des conséquences encore plus négatives au cours de leur vie.

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Les élèves victimes de harcèlement s’isolent souvent. ©Francisco Gonzalez/Unsplash

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Des troubles mentaux

« L’intimidation est également une question politique importante, car elle risque non seulement d’amplifier les mauvais résultats scolaires, mais également d’avoir des répercussions négatives sur la vie des jeunes à long terme, notamment une faible estime de soi, des problèmes de santé mentale et de mauvaises perspectives d’emploi », explique Emma Gorman du département Économie de l’université de Lancaster. En effet, l’un des constats le plus troublant de l’étude concerne les conséquences sur la santé mentale. Il ressort du rapport qu’être « victime d’intimidation à l’école augmente de 40% l’étendue des problèmes liés à la santé mentale à l’âge de 25 ans ». L’isolement est généralement observé chez les victimes de harcèlement et cela a inévitablement un impact sur le développement des compétences sociales, la relation avec les autres, la collaboration avec les autres, la capacité de s’adapter ou de s’intégrer, explique Éric Morissette, expert du phénomène de l’intimidation à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, et rapporté par La Presse.

« Le lien entre harcèlement et troubles mentaux graves est fort et il y a relativement peu de choses mises en œuvre à ce sujet. L’une de nos études démontre, par exemple, que 27 % des cas de dépression sont liés au harcèlement. On trouve des résultats similaires pour l’anxiété, l’automutilation, les taux de suicide et les symptômes psychotiques. Ces recherches sont bien évidemment relativement récentes, elles ont cependant été reproduites par différents chercheurs dans plusieurs pays », explique encore Dieter Wolke de l’université de Warwick sur le site de l’ESCAP (European Society for Child and Adolescent Psychiatry).

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En Belgique, des plateformes s’emploient à aider les enfants victimes de harcèlement scolaire comme Bruxelles-J ou le réseau prévention harcèlement à l’école. Un numéro d’urgence gratuit existe également : le 103, une ligne d’écoute pour les enfants.

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