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En pleine crise des opiacés aux États-Unis, un procès historique s’ouvre contre un laboratoire pharmaceutique

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Le laboratoire Johnson & Johnson entend démontrer qu'il n'a pas sciemment minimisé les risques de dépendance de ses médicaments opiacés. | © Pexels

Santé

Le premier procès contre les fabricants de médicaments anti-douleur, accusés d’avoir alimenté l’explosion d’overdoses d’opiacés qui ravage les États-Unis, s’est ouvert mardi dans l’Oklahoma, avec les laboratoires Johnson & Johnson seuls sur le banc des accusés.

L’industrie pharmaceutique est-elle responsable de l’explosion des overdoses qui ravagent les États-Unis pour avoir favorisé la prescription de médicaments anti-douleur ? C’est la question à laquelle devra répondre Tad Balkman, juge de l’Oklahoma, au terme d’un procès qui devrait durer deux mois environ. Des trois laboratoires accusés au départ dans cet État, Johnson & Johnson, plus connu pour sa poudre pour bébé que pour les médicaments anti-douleur vendus par sa filiale Janssen, est le seul à ne pas avoir passé un accord à l’amiable avec le procureur général de l’Oklahoma pour éviter un procès.

Les laboratoires Purdue Pharma, devenu l’ennemi numéro 1 dans la crise des opiacés pour avoir fabriqué le médicament vedette Oxycontin, avait passé un accord à l’amiable en mars avec l’Oklahoma en acceptant de payer 270 millions de dollars. Le laboratoire israélien Teva lui a emboîté le pas ce week-end, et a accepté de débourser 85 millions de dollars.

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Ce procès, souvent comparé aux actions en justice contre les fabricants de tabac qui se sont soldées par un vaste accord de plus de 200 milliards de dollars en 1998, devrait avoir valeur de test pour les autres plaintes déposées contre les fabricants de médicaments opiacés : près de 2 000 ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de l’Ohio, et des centaines au niveau des États, dont New York et le Massachusetts.

« Médicament magique »

Lors de ce procès inédit, retransmis en direct sur certains sites, le laboratoire Johnson & Johnson entend démontrer qu’il n’a pas sciemment minimisé les risques de dépendance de ses médicaments opiacés, ni poussé à une sur-prescription accusée d’avoir contribuée à la mort de quelque 400 000 personnes par overdoses aux États-Unis depuis 20 ans. Rien qu’en 2017, ces molécules de synthèse ont été à l’origine de 47 600 morts par surdose, selon le Center for Disease Control and Prevention, une agence fédérale.

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Le procureur général de l’Oklahoma à l’origine de ce dossier, Mike Hunter, accuse Johnson & Johnson d’être tout simplement à l’origine de « la pire crise de santé publique due à l’homme dans l’histoire de notre État ». Il a également accusé le laboratoire d’avoir agi par pur « appât du gain », présentant de façon « cynique et trompeuse » les opiacés comme un « médicament magique » contre la douleur. Un adjoint au procureur a estimé à 870 millions de dollars par an l’argent que devrait dépenser cet Etat du Midwest pour mettre fin à cette crise sanitaire.

Les arguments du laboratoire

L’avocat du laboratoire, Larry Ottaway, voit évidemment les choses sous un angle différent. Dès le début de sa plaidoirie d’ouverture mardi, il a affirmé que si J&J affirmait à la fin des années 1990 que les opiacés étaient « rarement addictifs », c’est parce que la Federal Drug Administration (FDA), l’agence fédérale américaine des médicaments, le disait elle aussi. Encore aujourd’hui, alors que la crise des opiacés a été érigée fin 2017 en urgence sanitaire nationale, la FDA ne condamne pas entièrement l’utilisation de ces médicaments, soulignant le besoin de « trouver un équilibre entre les risques de dépendance et la réalité des douleurs chroniques », qui peuvent mener « à la dépression et au suicide », souligne France 24.

« Combien de morts y a-t-il eu en conséquence d’un médecin licencié dans l’Oklahoma prescrivant un opiacé fabriqué par J&J ? Zéro ! » a affirmé Larry Ottaway. Pour lui, l’Oklahoma a au moins une part de responsabilité dans la crise, puisque l’État était censé contrôler les médecins prescripteurs de ces médicaments aux risques d’addiction connus et les pharmacies. « Il faut étudier les détails car les faits sont têtus », a-t-il conclu.

Médecins prescripteurs, agents commerciaux pour Johnson & Johnson, experts en dépendance, et familles ayant perdu des proches dans cette crise devraient être appelés à la barre pendant ce procès censé durer deux mois, qui se déroule sans jury et qui devrait retracer l’historique de cette crise des opiacés.

Avec Belga

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