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Et si votre maison était responsable de votre mal-être ? (5 conseils précieux d’une home organiser)

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Deux maisons sur trois souffrent d’encombrement. Seul problème : personne n’en parle ! | © Unsplash / ian dooley

Santé

Dès que vous rentrez à la maison après une dure journée de boulot, c’est comme si une chape de plomb s’abattait sur vos épaules. Pourtant, ce devrait être le meilleur moment de la journée. Si votre stress est souvent le grand responsable, avez-vous déjà interrogé votre désordre ?

 

Élodie Wéry est home organiser, une profession qui nous vient tout droit des États-Unis et qui prône un désencombrement matériel de nos demeures pour gagner du temps au quotidien et améliorer notre bien-être.

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Derrière ce concept abstrait se cache en réalité une philosophie de vie, une thérapie. Faire le vide dans notre intérieur, c’est aussi se délester du poids des choses pour retrouver l’essentiel. C’est tout simplement y voir plus clair. Pour aider les gens à retrouver la paix intérieure, Élodie Wéry a écrit un petit guide intitulé Home Organising : ma méthode en 10 étapes.

Pour ne pas vous spoiler complètement ce livre qui vaut le détour, on se contentera ici de vous donner 5 précieux conseils fournis par Élodie :

1) Identifiez les causes de l’encombrement

Dresser les causes de l’encombrement permettra de trouver des solutions sur mesure. Nous ne sommes pas tous égaux et toutes les techniques ne conviennent pas à tout le monde. Il s’agit donc avant tout de vous connaître.

Pour ce faire, réfléchissez sans vous mentir à qui vous êtes. Premièrement, quelle est la part d’inné et d’acquis dans votre désordre ? Autrement dit : comment fonctionniez-vous quand vous étiez enfant ? Ensuite, quel exemple vos parents vous ont-ils montré et qu’en avez-vous tiré comme leçons ? Ensuite, il s’agit de vous interroger sur vos valeurs, votre conscience, vos responsabilités. Il faut aussi faire appel à votre imagination. Par exemple, si vous deviez éliminer quelque chose : les paquets de chips ou les lentilles ? Le tailleur habillé ou le combo t-shirt/jean confortable? Il n’y a pas de bonne réponse, tout dépend de votre personnalité et de votre mode de vie.

Unsplash / Ferenc Horvath

2) Déterminez les étapes du plan d’action

« Commencez au moment de la journée qui vous convient le mieux », « démarrez par un petit endroit », « triez d’abord les objets usuels » sont autant de conseils que distille Élodie pour éviter que le grand désencombrement devienne une corvée et une source de découragement.

La home organiser conseille également de choisir une méthode :

  • agir pièce par pièce : on commence par les lieux de vie (cuisine, salon,…) puis par les lieux de stockage (dressings, buanderie,…) puis les lieux intimes (chambres)
  • agir catégorie par catégories (les vêtements, le linge de maison, les jouets des enfants,…)

Un conseil particulièrement précieux ? Ne manipulez l’objet qu’une seule fois. « Cette règle est simple et vous ne devez pas l’oublier ! Lorsque vous avez un objet en main, vous devez aller jusqu’au bout du processus de réflexion avant de le redéposer. »

3) Rassemblez le matériel nécessaire

N’achetez rien mais rassemblez ce qui pourrait vous servir : des sacs-poubelles pour trier, des marqueurs, des étiquettes, un seau, un rouleau de papier collant, un appareil photo (pour immortaliser vos pièces avant de les ranger, le désordre saute alors aux yeux), tous les contenants que vous avez, etc.

Unsplash / Jo Szczepanska

4) Testez les 3 techniques de désencombrement

Quelle méthode est faite pour vous ?

Les questions-réponses : ai-je besoin de cet objet ? À quelle fréquence est-ce que je l’utilise ? On force le cerveau à avancer, à prendre une direction et à arriver à destination.

Les émotions : si l’objet vous rend heureux, conservez-le. Si un objet vous rend malheureux ou ne vous fait aucun effet, éliminez-le. C’est votre intuition qui vous guide cette fois.

Les critères : elle consiste à trouver un trio de critères de sélection pour une catégorie d’objets ciblés. Si les trois critères sont confirmés, on conserve. Autrement, on donne ou on jette. Par exemple, pour les vêtements, le trio de sélection sera : la taille, la matière et la facilité d’entretien.

5) Évitez l’effet rebond

 

Et comme on a voulu en savoir un peu plus sur le travail d’Élodie, on lui a posé quelques questions pour explorer un peu plus en profondeur les causes de notre désordre :

Vous écrivez : « on manque d’objectivité sur son intérieur », quelle est la principale difficulté que les gens rencontrent lorsqu’ils font appel à vous ?

Souvent, les gens ne voient plus leur désordre. Que fait l’appareil à raclette à côté des casseroles par exemple ? Ensuite, il y a la peur de manquer. Ce sont typiquement les objets pour lesquels on se dit « on ne sait jamais, je vais le garder ». La troisième grande raison concerne l’angoisse de perdre ses souvenirs. Il existe de moins en moins de transition entre les générations. Les fameux trousseaux, ça n’existe plus bien sûr ! Donc certains ont la sensation que leurs souvenirs leur échappent, et ce phénomène s’accentue d’ailleurs de plus en plus.

« D’après moi, il y a au moins deux maisons sur trois qui souffrent d’encombrement. Seul problème : personne n’en parle ! »

Vous parlez aussi de honte et de culpabilité, est-ce que c’est un autre obstacle qui empêche de passer le cap ?

D’après moi, il y a au moins deux maisons sur trois qui souffrent d’encombrement. Seul problème : personne n’en parle ! Il y a une véritable omerta autour du sujet de l’encombrement matériel et des souffrances que cela génère. Je crois qu’Instagram en est la cause principale. Avec ses intérieurs parfaits, les enfants sans tâches, le chien qui ne dépasse pas d’un poil. Tout ça ne représente pas la vraie vie bien sûr (ou dans des moments très rares) mais on nous le fait croire à travers des clichés parfaits.

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Tout ça est aussi lié au rôle de la femme dans la société. Elle porte encore trop souvent la responsabilité de la tenue de la maison. Avouer qu’on vit dans le désordre, c’est donner indirectement l’impression qu’on n’est pas à la hauteur. Une maison reflète fortement le caractère de ses habitants. Au lieu d’un entretien d’embauche, on devrait plutôt visiter l’endroit de vie d’un candidat. C’est beaucoup plus révélateurs (rire) !

Quel est le principal avantage à vivre dans un domicile rangé ? 

Si quelqu’un me dit que quelque chose ne va pas dans sa vie, je lui dirais en premier lieu de ranger sa maison. De plus, en rangeant, nous activons des zones de notre cerveau par le fait de mettre notre corps en mouvement. C’est la thérapie par la marche et elle provoque un impact beaucoup plus important que n’importe quelle autre thérapie.

« Se débarrasser du superflu peut aussi permettre de ne plus avoir peur de la vie ».

Je pense que se débarrasser du superflu peut aussi permettre de ne plus avoir peur de la vie. On développe la sensation qu’on vit dans un monde rempli de ce qu’il faut. On expérimente l’abondance. Quand on n’a plus rien, on récupère du temps pour faire ce qu’on est. C’est aussi vivre léger et donc voyager plus facilement. Je pense que c’est une sensation de grande liberté finalement.

Combien de temps est-ce que ça prend ?

Le temps de cette réorganisation est proportionnel à la taille du logement. Cela dépend aussi du nombre d’années que l’on a passé dans la maison, du nombre de personnes qui y vivent, etc. On dit en général que c’est un processus qui prend 1 an. Il faut absolument arrêter de faire croire aux gens que ça prend une journée. 

« Si quelqu’un me dit que quelque chose ne va pas dans sa vie, je lui dirait en premier lieu de ranger sa maison ».

Vous dites que votre chez vous n’est pas une maison catalogue ? Rangé ne veut pas dire aseptisé ?

Les cordonniers sont-ils toujours les plus mal chaussés ? J’ai organisé des journées portes ouvertes chez moi dans le cadre de ma profession, pour prouver aux gens que ce que je réalisais était tout à fait possible. Certains disaient qu’ils n’arriveraient jamais à atteindre un tel niveau de rangement, les autres disaient « Oui. Bon ! C’est pareil chez moi ». C’est d’ailleurs souvent l’argument utilisé par les gens qui n’assument pas leur désordre.

Élodie Wéry, « Home Organising »

Cette méthode révèle aussi un constat : ce sont encore les femmes qui prennent majoritairement soin de la maison…. Est-ce que le home organising reproduirait finalement ce modèle inégalitaire ?

Bien au contraire ! Le home organising met en lumière ce déséquilibre et trouve des solutions pour arranger les choses. Chez nous, c’est mon mari qui a pris son congé parental donc vous pensez bien que j’aime être représentative de ce mouvement dans mon métier.

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Mais il est vrai que 9 fois sur 10, les personnes qui font appel à un home organiser sont des femmes. Beaucoup d’entre elles se disent encore : « Je me sens coupable d’imposer ce mode de vie à mon mari et à mes enfants ». Personnellement, lorsqu’on me demande de l’aide, j’insiste pour que le mari et la femme soient présents. Ma charte est très claire, tout le monde doit participer. On trie la pièce avec la personne à qui appartient le désordre. On rend sa responsabilité à chacun et on remet la culpabilité sur les épaules de tout le monde. Je peux vraiment devenir autoritaire (rire).

 

Pour en savoir plus : « Home Organising : ma méthode en 10 étapes », Élodie Wéry, Racine, 160 p., 2019.

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