Paris Match Belgique

« Viande-spaghetti » : pourquoi faut-il se méfier de certains blancs de poulet vendus au supermarché ?

Vous avez peut-être déjà observé d'étranges stries blanches sur vos blancs de poulet achetés en supermarché. | © Flickr

Santé

Vous avez peut-être déjà observé d’étranges stries blanches sur vos blancs de poulet achetés en supermarché. C’est ce qu’on appelle la « viande-spaghetti », un sujet qui a fait l’objet d’un reportage interpellant sur France 2

 

« Depuis une dizaine d’années, les abattoirs découvrent des anomalies dans la chair de volailles élevées de manière intensive, » c’est sous ce titre que France 2 nous présente un nouveau et étrange phénomène qui a interpellé un grand nombre de spectateurs.

À quoi ressemble une « viande-spaghetti » ?

Le phénomène en question est surnommé « viande-spaghetti » et se traduirait par une consistance particulière de nos filets de poulets tant consommés. Si vous observez bien, les blancs de poulet que nous achetons en supermarchés sont parfois parcourus de fines et longues lignes blanches dont on ne s’inquiétait pas vraiment jusqu’ici.

Lire aussi > Les matières grasses VS le sucre : Qui est vraiment le plus mauvais ?

Plus les blancs de poulet sont gros, plus ces rayures sont généralement marquées. Lors de la découpe, les filets partent en lambeaux. « On appelle ça de la viande-spaghetti car la fibre musculaire est cassée, et ça donne une texture qui ressemble aux spaghettis, » explique France 2.  

Capture d’écran France tv info

Quelles sont les causes ?

Cette texture s’explique par une atrophie du muscle, autrement dit, une diminution de son volume. Le muscle n’a tout bonnement pas eu le temps de se former car le poulet a grossi trop vite. « Les poulets grossissent tellement et tellement vite que leur corps ne fournit pas assez d’oxygène et de nutriments à la fibre musculaire. Donc, il se dégrade et devient filandreux, » explique Rachel Dreskin, membre de l’ONG Compassion World Farming (CIWF).

« Aux États-Unis, en près de soixante ans, le poids des poulets américains a été multiplié par quatre, tandis que la durée d’élevage a presque été divisée par deux. »

La cause de ce phénomène ? L’élevage industriel de plus en plus intensif, pour répondre à la demande de volaille en progression partout dans le monde. Pour proposer des blancs de poulet plus gros et plus dodus, les éleveurs créent des croisements génétiques entre les poulets, c’est-à-dire qu’ils sélectionnent les plus grosses volailles et les accouplent entre elles pour donner des animaux bien en chair.

Lire aussi > Il existe bien un lien entre dépression et alimentation

« Aux États-Unis, en près de soixante ans, le poids des poulets américains a été multiplié par quatre, tandis que la durée d’élevage a presque été divisée par deux, » explique ainsi la chaîne française.

En Belgique, selon l’association de défense des animaux Gaia, ce sont 300 millions de poulets qui sont chaque année élevés et abattus pour la consommation. Plus de 90% d’entre eux proviennent d’élevages intensifs.

©PHOTOPQR/OUEST FRANCE/David ADEMAS

Est-ce dangereux pour la santé ?

Les études montrent cependant que la viande atteinte de « spaghettisme » serait plus grasse et aurait moins de goût. Les scientifiques ne sont pas encore en mesure de dire si la consommation de cette viande aux muscles atrophiés a des effets à long terme sur notre santé.

Le Dauphiné Libéré rapporte les propos d’Elisabeth Baéza-Campone, chercheuse à l’Inra, à France TV Info : « Sur le plan sanitaire, il n’y a pas de risque pour le consommateur ». Il y a cependant un changement nutritionnel. Au-delà d’être plus gras, « il est avéré qu’on retrouve moins de protéines nobles, plus de collagène et plus de lipides, » ajoute Elisabeth Baéza-Campone. Il est également plus sec à la cuisson et donc moins savoureux.

Lire aussi > Protéines sur pattes : une enquête révèle le calvaire des poulets obèses

Si ce poulet ne rend donc pas malade, l’animal en question est quant à lui bien malade. Il souffre d’un trouble musculaire lié à son poids anormal. Le nombre de crises cardiaques chez ces poulets augmente, leur poids les empêche de se déplacer, et leurs pattes ne parviennent plus à les soulever.

Comment éviter d’en consommer ?

Le phénomène est mondial. Il y a donc de fortes chances que nous en consommions. En France, il est estimé qu’un poulet sur dix est atteint de ce symptôme.

« La majorité de la viande de volaille produite dans le monde vient de génotypes développés par une poignée d’entreprises », souligne Massimiliano Petracci, enseignant-chercheur en sciences et technologies agroalimentaires à l’université de Bologne. « On retrouve donc ces anomalies partout : en Amérique, en Asie et en Europe ».

Pour éviter d’en consommer, il faut bien sûr éviter tant que possible les poulets élevés industriellement et privilégier ceux élevés en plein air. C’est notamment le cas des produits ayant le « Label Rouge » ou issus de l’agriculture biologique. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

Unsplash / Mark DeYoung
CIM Internet