Paris Match Belgique

Oui, le stress donne vraiment des cheveux blancs

Oui, le stress donne vraiment des cheveux blancs

À cause du stress, les cellules-souches se transforment toutes en cellules productrices de pigments, épuisant prématurément le réservoir. | © Pexels / Pixabay

Santé

Les scientifiques ont découvert un lien entre le système nerveux et les cellules-souches qui régénèrent les pigments.

 

« Lorsque Marie-Antoinette a été capturée pendant la Révolution française, ses cheveux seraient devenus blancs en une nuit », commence l’article de l’Université d’Harvard. Des chercheurs ont voulu en savoir plus sur ce lieu commun, et découvrir si le stress avait réellement un lien avec le fait d’avoir des cheveux blancs.

Les scientifiques ont détecté que chez la souris, le type de nerf impliqué dans la réaction de lutte ou de fuite provoque des dommages permanents sur les cellules-souches régénératrices de pigments dans les poils. L’étude, publiée dans Nature, fait progresser les connaissances des scientifiques sur la façon dont le stress peut avoir un impact sur l’organisme, et constitue une première étape vers le blocage de ses effets négatifs.

Lire aussi > Le stress au travail, ce mal qui nous ronge de plus en plus

« Tout le monde a une anecdote à partager sur la façon dont le stress affecte son corps, en particulier dans sa peau et ses cheveux », a déclaré l’auteur principal de l’étude Ya-Chieh Hsu, professeur de biologie régénérative à Harvard. « Nous voulions comprendre si ce lien est vrai, et si oui, comment le stress entraîne des changements dans divers tissus. La pigmentation des cheveux est un système si accessible et si facile à maîtriser au départ – et d’ailleurs, nous étions vraiment curieux de voir si le stress conduit effectivement au grisonnement des cheveux. »

Plusieurs pistes à exploiter

Comme le stress affecte l’ensemble du corps, les chercheurs ont d’abord dû déterminer quel système corporel était responsable du lien entre le stress et la couleur des cheveux. Bien qu’ils suspectaient dans un premier temps une attaque immunitaire sur les cellules productrices de pigments, ils se sont ensuite tournés vers l’hormone cortisol. « Le stress augmente toujours les niveaux de cortisol dans l’organisme, nous avons donc pensé que le cortisol pourrait jouer un rôle », a déclaré Hsu. « Mais étonnamment, lorsque nous avons retiré la glande surrénale des souris pour qu’elles ne puissent pas produire d’hormones de type cortisol, leurs poils sont devenus gris sous l’effet du stress. »

Après avoir éliminé différentes possibilités, les chercheurs se sont tournés vers le système nerveux sympathique. Ils ont découvert que le stress pousse les nerfs sympathiques à libérer la noradrénaline, qui est absorbée par les cellules-souches voisines qui régénèrent les pigments.

Lire aussi > Le manque de sommeil augmente le niveau de stress émotionnel

Des dommages irréversibles

Dans le follicule pileux, certaines cellules-souches agissent comme un réservoir de cellules productrices de pigments. Lorsque le cheveu se régénère, certaines cellules-souches se transforment en cellules productrices de pigments qui colorent le cheveu. À cause du stress, les cellules-souches se transforment toutes en cellules productrices de pigments, épuisant prématurément le réservoir.

« Lorsque nous avons commencé à étudier cette question, je m’attendais à ce que le stress soit mauvais pour l’organisme – mais l’impact négatif du stress que nous avons découvert a dépassé ce que j’avais imaginé », a déclaré Hsu. « Après seulement quelques jours, toutes les cellules-souches régénératrices de pigments ont été perdues. Une fois qu’elles ont disparu, on ne peut plus régénérer le pigment. Les dommages sont permanents. »

Les résultats peuvent aider à mettre en lumière les effets plus larges du stress sur divers organes et tissus. Cette découverte ouvrira la voie à de nouvelles études visant à modifier ou à bloquer les effets néfastes du stress.

« En comprenant précisément comment le stress affecte les cellules-souches qui régénèrent le pigment, nous avons jeté les bases pour comprendre comment le stress affecte d’autres tissus et organes du corps », déclare un des scientifiques de l’étude. « Comprendre comment nos tissus changent sous l’effet du stress est la première étape critique vers un éventuel traitement qui peut arrêter ou inverser les effets néfastes du stress. Nous avons encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. »

CIM Internet